AFRIQUE: Nourriture contre biocarburants: le débat se poursuit

Posted on 07 December 2010 by admin

Jatropha berries. Credit: John Bwakali/IPS

Jatropha berries. Credit: John Bwakali/IPS

Par Mantoe Phakathi

MBABANE, 7 déc (IPS/TerraViva) – “Nous allons à Cancún pas mieux lotis que nous l’étions à Copenhague”, a déclaré Thuli Makama, la directrice des Amis de la terre – Swaziland, pendant qu’elle se préparait à se rendre aux négociations sur le climat au Mexique.

Makama s’inquiète d’une proposition particulière pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre: les biocarburants. Elle estime que les pays industrialisés sont en train de promouvoir la production et l’utilisation des biocarburants afin de répondre à leurs besoins énergétiques, mais cela laissera davantage de personnes dans le monde en développement sans nourriture.

“Nous sommes en face du danger de produire des aliments pour les machines plutôt que pour nos estomacs”, a confié Makama à IPS. Le Swaziland connaît de graves pénuries alimentaires, avec 170.000 personnes sur sa population valide d’environ un million d’habitants dans le besoin d’aide alimentaire cette année.

Makama et les Amis de la terre ont durement fait campagne contre un projet visant à mettre en place la production de biocarburants à partir du jatropha au Swaziland.

Une société britannique appelée ‘D1 Oils’ a signé des contrats avec les agriculteurs afin qu’ils lui cultivent le jatropha. Un premier accord avec le gouvernement envisageait d’affecter 20.000 hectares à la production de biocarburants, ce qui pourrait devenir 50.000. Le site Internet de l’entreprise indique qu’il y a des millions d’hectares de terres marginales dans les pays en développement qui ne peuvent pas être utilisées efficacement pour produire des vivres.

“Une grande partie de ces terres est adaptée à la production des cultures énergétiques telles que le jatropha”, déclare l’entreprise, qui a envisagé d’installer ces activités dans les zones du Swaziland touchées par la sécheresse.

‘Les Amis de la terre’ a parlé à beaucoup d’agriculteurs impliqués dans le projet. L’un d’entre eux, Sam Dube, a déclaré au groupe de campagne sur l’environnement qu’il avait consacré ses trois champs, sur lesquels il produisait auparavant des cultures vivrières sur deux de ses parcelles, et du coton comme culture de rente sur le troisième, à cette culture énergétique.

Il a dû attendre trois ans, le temps que son jatropha arrive à maturité, avant de pouvoir commencer à en tirer des bénéfices.

Il pourrait être en difficulté. D1 Oils a sorti le projet avant qu’il ne démarre correctement parce que, selon le président directeur général de l’entreprise au Swaziland, Gaetan Ning, le gouvernement du Swaziland n’était pas disposé à soutenir le projet avec la législation requise.

“Ils voulaient que nous définissions une stratégie nationale sur les biocarburants, pourtant ce n’était pas à nous de faire cela mais au gouvernement”, a indiqué Ning. Après avoir dépensé plus de huit millions de dollars sur cinq ans dans la culture de cette plante sur des fermes privées, l’entreprise en a mis un terme.

“Nous avions embauché 500 personnes pour travailler sur ces fermes et nous étions obligés de les licencier”, a expliqué Ning.

Gcina Dladla, porte-parole de l’Autorité de protection de l’environnement du Swaziland, a déclaré que c’était dommage que D1 Oils ait abandonné le projet après qu’on lui a demandé de faire l’Evaluation environnementale stratégique.

“Nous voulions vérifier par des faits, l’impact du jatropha sur la sécurité alimentaire et la qualité des sols en réponse au tollé des organisations de la société civile”, a affirmé Dladla.

Prudent, le consultant en environnement, Rex Brown, qui travaillait avec D1 Oils sur le projet de jatropha, estime que l’insécurité alimentaire ne peut être imputée aux biocarburants. Les raisons pour lesquelles les gens au Swaziland et ailleurs souffrent de la faim peuvent inclure des politiques alimentaires inadéquates, la disponibilité des aliments, les forces du marché, la distribution et la logistique ainsi que les climats appropriés.

“Ce qui est souvent critique, c’est la capacité d’une personne à s’acheter ses vivres”, a déclaré Brown. Cultiver du jatropha sur des terres marginales dans les zones arides du Swaziland, estime-t-il, pourrait offrir un revenu stable aux populations rurales, soit en termes de main-d’œuvre agricole ou de producteurs indépendants.

Brown affirme que le projet de biocarburants à base de jatropha que D1 Oils a proposé présente l’avantage supplémentaire de capter et de stocker le carbone atmosphérique.

“Le rôle de l’agriculture, et de l’arboriculture en particulier, dans l’atténuation des changements climatiques tourne autour de la capacité de la plante à stocker le carbone pendant longtemps”, a expliqué Brown.

Défendant les biocarburants contre des accusations selon lesquelles la culture à grande échelle déplacera les agriculteurs et les cultures vivrières, Brown a déclaré que c’était partir d’un seul cas pour critiquer tous les autres cas.

“Le caoutchouc, le coton, le cacao, le sisal, par exemple, sont cultivés sur de grandes plantations au niveau mondial”, a dit Brown. “Utilisant l’argument avancé par les opposants aux biocarburants, nous devrions également mettre en cause la sécurité alimentaire de ces cultures”.

Sans doute Elfrieda Pschorn-Strauss, de GRAIN, une organisation non gouvernementale internationale qui soutient la biodiversité, les systèmes alimentaires communautaires, remettrait en cause le rôle joué par l’agriculture de plantation de toute sorte d’arbre.

Pschorn-Strauss dit que les biocarburants – que GRAIN préfère appeler les agrocarburants – ont déjà déplacé des fermiers de leurs terres, négativement affecté la production vivrière et causé la destruction des forêts.

“Alors, de nombreuses promesses d’agrocarburants comme le jatropha n’ont pas été concrétisées”, a-t-elle déclaré.

Elle ne veut pas voir les biocarburants mieux acceptés dans le cadre d’une stratégie d’atténuation négociée à Cancún.

“[L'industrie] a réussi à développer des mécanismes et des accords qui lui permettront d’exploiter légitimement l’environnement et les gens pour un gain financier”, a déclaré Pschorn-Strauss.

La réponse peut se situer quelque part entre les positions antagonistes. Le chercheur David Tilman, de l’Université du Minnesota, aux Etats-Unis, était l’auteur principal d’un document qui présentait les bases potentielles d’une production durable et responsable de biocarburants.

Pour obtenir le maximum de réductions des émissions de carbone par rapport aux combustibles fossiles tout en conservant le couvert forestier et la biodiversité, la production de biocarburants devrait provenir de déchets municipaux et industriels, des résidus de cultures et de bois récoltés de façon durable ainsi que de plantes vivaces cultivées sur des terres dégradées – déjà abandonnées sur le plan agricole.

(FIN/2010)

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