MALAWI: Un herboriste adhère à la lutte contre la déforestation

Posted on 02 November 2010 by admin

Unsustainable use of forests is a problem across the Southern Africa region. Credit: Mantoe Phakathi/IPS.

Collins Mtika

MZUZU, Malawi, 2 nov (IPS/TerraViva) – Des décennies de culture itinérante par les agriculteurs ruraux ont menacé les forêts dans le district de Karonga, dans le nord du Malawi. La perte du couvert forestier a également menacé les moyens de subsistance de Benjamin Kalowekamo, un herboriste qui dépend des plantes locales pour préparer ses décoctions servant à guérir des maladies.

“Certains types d’arbres, sous lesquels nos ancêtres priaient, demandant au ciel de laisser tomber les pluies, ont été coupés [à des fins agricoles et pour le bois de chauffe]. La vie est menacée si les ressources naturelles ne sont pas protégées”, déclare Kalowakamo, qui vit dans le village de Mwalwanda près de Karonga, ajoutant que “la culture et l’environnement sont donc indissociables”.

Bien que les herboristes soient souvent considérés comme étant ceux qui contribuent à la perte des arbres et des arbustes indigènes, parce qu’ils s’en servent pour préparer des médicaments traditionnels, Kalowakamo a décidé d’adhérer à un programme initié par le Centre culturel et des musées de Karonga pour lutter contre la déforestation. Il aide maintenant à sensibiliser les communautés sur l’importance de préserver les plantes indigènes.

Défrichement des terres

En quête de terres fertiles, les petits fermiers du Malawi pratiquent l’agriculture itinérante, déblayant de nouveaux lopins dans les forêts tous les deux ans pour planter leurs cultures.

Il y a environ 30 ans, Kalowekamo n’allait pas loin avant de trouver les ingrédients pour ses médicaments naturels. Il a une grande base de patients puisque la plupart des gens dans les régions rurales du Malawi sollicitent l’aide des herboristes ou médecins traditionnels comme le premier port d’escale au lieu d’aller dans les cliniques ou hôpitaux.

“Mais ça c’est de l’histoire. Aujourd’hui, je dois parcourir plus de 20 kilomètres pour aller en campagne, et cela entraîne la fermeture de ma clinique pendant deux jours ou plus. C’est rendre un mauvais service à mes malades”, se plaint-il.

Heureusement, le programme de lutte contre la déforestation permettra de changer cette situation. Au cours des quatre prochaines années, le centre envisage de planter de nouveaux arbres et d’étiqueter les plantes existantes sur 27.000 hectares de terres.

Archibald Mwakasungura, l’un des fondateurs du musée et l’un des directeurs de projet, croit que le programme profitera directement à 100.000 personnes, tandis que 300.000 autres dans d’autres parties du district devraient également bénéficier indirectement du reboisement et de la protection des bassins hydrographiques.

“Le programme comprend l’étiquetage des arbres et d’autres plantes afin que les gens connaissent leur importance et, partant, le besoin de les protéger. Nous essayons également de protéger les bassins hydrographiques par le reboisement, utilisant à la fois les plantes indigènes et exotiques”, explique-t-il.

Etant donné le besoin des gens pour le bois de chauffage, le projet encourage les habitants locaux à planter des arbres exotiques à croissance rapide, qu’ils peuvent abattre sans nuire à l’environnement, sur des domaines spécifiques.

Par ailleurs, on enseigne aux communautés la manière de créer des pépinières, la gestion des espaces boisés, la conservation des ressources naturelles et la cartographie ainsi que la gestion des forêts locales.

Gagner la confiance

Pour susciter l’intérêt de la communauté locale, le centre s’est associé avec Kalowekamo, qui, en tant qu’herboriste, est un leader dans sa communauté et a une forte influence sur ses membres. Il agit comme un modèle dans son rôle, convaincant d’autres habitants à changer leurs habitudes.

“Je veux préserver ce qui m’a été transmis par mes ancêtres, afin que je puisse continuer à aider la communauté”, explique Kalowekamo son intérêt à collaborer avec le centre.

Joseph Mwalwanda, chef du village de Mwalwanda, dans le district de Karonga, reconnaît également l’impact négatif de la déforestation sur sa communauté, qui est maintenant exposée à de fortes inondations et à des périodes de sécheresse.

“La plupart des régions n’ont plus d’arbres, parce que nous les avons coupés pour créer de nouveaux champs. Les générations continuent de venir, et qu’est-ce qu’elles auront?”, demande-t-il.

Mwalwanda accuse les agriculteurs locaux, non seulement de la dégradation des sols et de la déforestation, mais aussi de l’assèchement des ruisseaux et des rivières. Parce que des arbres, des forêts denses et des arbustes sont coupés afin de défricher les champs, l’eau de pluie coule rapidement, au lieu d’être retenue dans le sol.

Mais le changement de pratiques agricoles est un processus lent. Depuis son lancement il y a quatre ans, le projet n’a pas encore montré les premiers résultats.

“En raison de la protection des bassins hydrographiques et des berges, les gens dans certaines régions espèrent que leurs ruisseaux et rivières commenceront à couler”, déclare Jando Nkhwazi, directeur de la ‘Rural Foundation for Afforestation’ (Fondation rurale pour le reboisement) à Mzuzu, une organisation à but non lucratif, également impliquée dans le projet.

Mais il espère voir des résultats tangibles seulement dans les dix prochaines années – le temps qu’il faut pour que les arbres atteignent la hauteur moyenne. (FIN/2010)

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