BURKINA FASO: Concilier les biocarburants et la sécurité alimentaire

Posted on 18 November 2011 by admin

Brahima Ouédraogo

OUAGADOUGOU, 18 nov (IPS) – Les participants à une rencontre sur le potentiel en biocarburant en Afrique ont conclu qu’il fallait tenir compte des besoins en sécurité alimentaire des pays africains dans le développement de la bioénergie.

“Si on veut développer les cultures oléagineuses, il faut tenir compte des besoins des populations, de leur acceptation sociale du changement, de la gestion des ressources en eau”, résume à IPS Paul Jinies, directeur général de l’Institut internationale de l’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2IE) basé au Burkina.

“C’est une complémentarité au lieu d’une compétition. En milieu rural le manque d’énergie est le facteur limitant pour la qualité de la vie et même la conservation des aliments et partant de la sécurité alimentaire”, ajoute Jinies.

La conférence qui a pris fin jeudi dernier après trois jours de travaux a souligné la nécessité de mettre en place une législation adaptée qui fixe un cadre aux opérateurs et dans lequel seront préservés les intérêts de chacun.

Selon Julius Nyanku, membre de la Commission nationale de l’énergie du Ghana, les inquiétudes posées par la culture de biocarburants sont réelles et sont prises en compte par le gouvernement de son pays. “Notre politique de bioénergie comprend une série de mesures qui vont protéger les terres réservées aux cultures vivrières: sur toute terre consacrée à la culture du jatropha, il y aura un pourcentage pour ces cultures”, explique Nyanku à IPS.

“Le développement du biocarburant doit se faire en adéquation avec la sécurité alimentaire en y associant les petits producteurs”, renchérit Emmanuel Nonguierma, le directeur général de l’énergie du Burkina.

Il y a quelques mois, une décision des autorités de céder quelque 20.000 hectares de terres à des investisseurs pour la production de biocarburants a provoqué des violences au Sénégal.

Une conférence sur les biocarburants en 2009 à Ouagadougou avait pointé du doigt la part de responsabilité des biocarburants dans la hausse des prix des denrées de première nécessité ainsi que dans la crise alimentaire.

“L’alimentaire n’est pas oublié. Notre politique de promotion du biocarburant s’exécute en synergie avec notre politique de sécurité alimentaire et notre politique de gestion du foncier rural”, tente de rassurer Boubakar Koné, expert de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) sur les questions énergétiques.

L’UEMOA qui regroupe huit pays d’Afrique de l’ouest a signé depuis 2006 un accord d’assistance avec le Brésil, pays pionnier dans le domaine des biocarburants.

“On s’est beaucoup inspiré de l’expérience brésilienne en matière de biocarburant. On va faire une sorte de ‘zonation’ pour voir ce qu’on peut cultiver au sud, où il y a beaucoup de pluies, au sahel où il pleut moins et dans le désert où il n’y a pas de pluie”, explique Koné à IPS.

Selon Arilson Favarto, sociologue et expert brésilien en bioénergie, suite à la menace sur la forêt de l’Amazonie et l’écosystème que constituait l’expansion de biocarburants surtout la culture de soja et de canne à sucre, le gouvernement de Lula Da Silva a depuis 2003 introduit des mesures restrictives qui interdisent la culture de biocarburant aux alentours de la région. “On est en train de créer des zones de protection de l’écosystème, en délimitant des zones fertiles qu’on ne doit pas utiliser ou toucher. Chaque année, il y a une expansion des surfaces qui menace les ressources forestières”.

Favarto estime que le premier problème qui résulte de la production d’éthanol (à base de canne a sucre) est la concentration des grandes plantations de monoculture dans les régions du nord-est du Brésil ou se concentrent aussi les plus pauvres du pays, soit 60 a 70 pour cent de la pauvreté rurale. Selon la FAO la production annuelle brésilienne d’éthanol devrait atteindre 44 milliards de litres en 2016 contre 21 milliards aujourd’hui.

Le gouvernement brésilien cherche aujourd’hui à favoriser la production du biodiesel qui a l’avantage de pouvoir s’associer à certaines cultures. Cette initiative permet de lutter contre la pauvreté en associant les petits producteurs et les plus pauvres, explique Favarto. “Nous conseillons l’utilisation des terres à la frontière de l’Amazonie pour cultiver le palmier à huile mais pas en tant que monoculture pour contrer la culture du soja qui est le principal facteur de dégradation de la forêt amazonienne”.

Joël Blin chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) reconnait que la non prise en compte des besoins des populations notamment les questions de sécurité alimentaires a entraîné la baisse de l’engouement des années 2004-2005 pour les biocarburants.

“C’était la solution miracle, deux ans après c’est l’inverse. L’idée était donc de temporiser les choses, et d’expliquer que les biocarburants sont une partie de la solution à la crise d’énergie et qu’on peut améliorer les conditions de vie et la production agricole avec de l’énergie produit localement”, explique Blin à IPS.

Seydou Diakité, de l’agence nationale du Mali, qui a déjà emblavé 300 mille hectares de jatropha pour le biodiesel, sillonne régulièrement les régions du pays pour déconseiller la monoculture de biocarburant.

“Nous leur disons de ne pas abandonner les autres cultures au profit du jatropha. Car le jatropha prend trois ans pour la grande production. Or on ne peut pas attendre, donc vous êtes obligé de faire autre chose”, explique Diakité. Le Mali, précise-t-il, produit quelque 17.000 litres d’huile de jatropha qui alimente déjà des groupes électrogènes utilisés pour l’électrification rurale.

“On peut s’en sortir avec les techniques culturales qui sont expliquées aux paysans”, ajoute Diakité, espérant que l’Afrique pourra produire 40 pour cent de ses besoins en énergie grâce aux biocarburants.

“Il faut aussi imposer un régime de déclaration des surfaces”, conclut Emmanuel Nonguierma, le directeur général de l’énergie du Burkina, qui confie que son pays attend utiliser 500.000 hectares soit 5,5 pour cent des terres cultivables pour les carburants. (FIN/2011)

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