ENVIRONNEMENT: Sauver les forêts avec les connaissances autochtones

Posted on 14 December 2011 by admin

Isaiah Esipisu*

 

DURBAN, Afrique du Sud, 13 déc (IPS) – Pour la communauté des Laibon, une sous-tribu du groupe ethnique des Masaï au Kenya, les 33.000 hectares de la forêt de Loita, dans la province de la Vallée du Rift, c’est plus qu’une simple forêt. C’est un temple.

 

“C’est notre temple. Nos Dieux y vivent. Nous cueillons des herbes de cet endroit. Nous l’utilisons pour l’apiculture. Cela fait donc partie de nos moyens de subsistance”, a déclaré Olonana Ole Pulei, qui était à Durban, en Afrique du Sud, pour représenter sa communauté à la 17ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

 

Selon Nigel Crawhall, directeur du secrétariat du ‘Indigenous Peoples of Africa Co-ordinating Committee’ (Comité de coordination des peuples autochtones d’Afrique – IPACC), différentes communautés africaines ont d’importantes connaissances autochtones qu’ils utilisent dans la conservation des forêts et de la biodiversité en général, et cela devrait être pris en compte lors des négociations à Durban.

 

“Différentes communautés ont de différentes pratiques qu’ils utilisent dans la conservation des forêts”, a-t-il dit.

 

Crawhall a donné l’exemple de la façon dont les communautés pygmées, les Bambuti et les Batwa, en République démocratique du Congo, ont conservé la forêt en utilisant des méthodes traditionnelles. Ces deux communautés dépendent de la biodiversité de la vie animale dans les forêts équatoriales pour leur survie.

 

“Habituellement, ils savent comment identifier des arbres typiques qui peuvent être coupés dans le but de créer une ouverture unique sur la canopée, ce qui éclaire les forêts touffues du Congo. Cet éclairage attire alors les animaux, les oiseaux et les insectes, leur donnant ainsi l’opportunité de chasser”, a déclaré Crawhall à IPS.

 

Cela permet de conserver aussi bien la biodiversité que les forêts, parce que cette méthode ne peut fonctionner que si la forêt canopée est intacte.

 

Au Kenya, la culture maasai interdit à tous les membres de la communauté d’abattre un arbre, soit pour le bois de chauffage ou pour tout autre but. Il a été également interdit aux gens de toucher aux racines principales ou de retirer entièrement l’écorce d’un arbre pour l’extraction des plantes.

 

Selon leurs croyances culturelles, seules les branches des arbres peuvent être utilisées pour le bois de chauffage, et leurs racines fibreuses pour les herbes. Si l’écorce d’un arbre a une valeur thérapeutique, alors on peut juste enlever une petite portion en créant un “V” dans l’écorce. La blessure est ensuite fermée à l’aide de sol humide.

 

“Nous croyons que le sol aide à la guérison de la blessure sur un arbre. Ceci fait partie de la culture, et nous croyons tous que c’est une abomination de blesser un arbre, et ne pas l’aider à guérir”, a indiqué Ole Pulei.

 

C’est une pratique qui a été transmise de génération en génération chez les membres de la communauté maasai. C’est cette connaissance indigène qui a contribué à la conservation de la forêt de Loita dans la communauté des Laibon.

 

“Toutes les activités d’exploitation forestière observées sur la terre maasai, y compris la destruction de la forêt de Mau, sont faites par des étrangers parce que la culture massaï n’autorise pas de telles activités. C’est la connaissance autochtone qui aide à la conservation des forêts”, a déclaré Ole Pulci à IPS.

 

De telles croyances font des forêts une partie de la communauté dans laquelle ses membres ont un attachement pour les arbres, et où la destruction d’un arbre pourrait être considéré comme une offense aux Dieux et leur culture.

 

“Nous avons plusieurs autres communautés sur tout le continent, qui coexistent avec les forêts. Nous pouvons citer, entre autres, la communauté des Touareg en Algérie, la communauté des Yiaku dans la région Laikipia du Kenya, la communauté des Ogiek toujours au Kenya, la communauté des Kung au Botswana”, a indiqué Crawhall.

 

Selon Crawhall, tous les Africains sont des autochtones, bien qu’il existe certains groupes qui vivent de chasse et des cueillette, tandis que d’autres groupes pratiquent le pastoralisme, et d’autres l’agriculture de terre ferme.

 

Malgré le fait qu’il n’y ait aucune définition standard pour les peuples autochtones, la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des peuples autochtones en 2007, reconnaît que certaines communautés, en raison des circonstances historiques et environnementales, se sont retrouvées hors du système étatique et sont sous-représentées dans la gouvernance.

  

“Les Bushmen de la région d’Afrique australe, ou la communauté des Ogiek du Kenya, qui vivent dans les forêts, constituent un exemple typique de groupements classés comme autochtones”, a expliqué Crawhall.

 

Il souligne que l’Afrique compte plus de 40 groupements dans les différents pays qui vivent entièrement de chasse et de cueillette. Toutefois, l’IPACC travaille en étroite collaboration avec 155 communautés provenant de 22 pays africains qui sont reconnues comme autochtones du fait de leur contexte historique et environnemental.

 

En conséquence, les représentants de ces communautés avaient rejoint le reste du monde à Durban pour se faire entendre, de sorte que leur contribution à la conservation des forêts soit reconnue comme faisant partie des efforts pour l’adaptation et l’atténuation du changement climatique.

 

“Nous croyons que la connaissance écologique traditionnelle africaine est le fondement pour des politiques nationales d’adaptation efficaces et appropriées”, a ajouté Crawhall.

 

Par le biais du secrétariat de l’IPACC, les 155 organisations des communautés à la base en Afrique avaent rédigé leur position pour la plateforme de négociation de Durban. Elles voulaient que les négociateurs trouvent une position qui soit représentative des parties d’Afrique, des organisations des peuples autochtones africains, des institutions traditionnelles, des autorités traditionnelles et des systèmes de valeur.

 

* Cet article fait partie d’une série soutenue par le Réseau de connaissance du climat et du développement.

(FIN/11)

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