Q&R: Durban doit assurer que “les paroles deviennent réalité”

Posted on 28 November 2011 by admin

MIchelle Bachelet, directrice exécutive de l'ONU-Femmes. Credit: Sriyantha Walpola/IPS

Rousbeh Legatis s’entretient avec MICHELLE BACHELET, directrice exécutive de l’ONU-Femmes

NATIONS UNIES, 28 Nov (IPS) – Impliquer les femmes dans la prise de décisions et la gestion des ressources est une nécessité fondamentale pour toute mesure efficace visant à faire face aux conséquences multiformes, menaçant la vie, des changements climatiques, affirme la directrice exécutive de l’ONU-Femmes.Se tournant vers Durban, en Afrique du Sud, où les dirigeants du monde discuteront des politiques futures de lutte contre les changements climatiques du 28 novembre au 9 décembre, Michelle Bachelet demande aux dirigeants d’assurer que “les paroles deviennent réalité”, pour une participation totale des femmes à tous les niveaux des négociations, et une “conclusion qui répond aux besoins des femmes et fait la promotion de leur autonomisation”.

Les femmes et les filles – qui constituent la majorité des pauvres au monde – ont un accès beaucoup plus limité à l’information et aux ressources financières que les hommes; un fait qui les expose à un risque plus élevé des graves effets des changements climatiques, a souligné Bachelet.

Dans la conception et la mise en œuvre des instruments financiers comme le Fonds vert pour le climat, elle exhorte les délégués des gouvernements, les experts internationaux et les acteurs de la société civile réunis à Durban à retenir une approche sensible au genre pour améliorer le sens de la responsabilité.

“Le financement climatique devrait être équitable et répondre aux besoins pressants de tous les membres de la société, et les questions de l’égalité entre les sexes doivent être prises en compte à toutes les étapes du processus de financement”, a-t-elle déclaré à IPS.

Le risque de blessure et de décès dus aux catastrophes naturelles – telles que les inondations, les sécheresses et les glissements de terrain – est systématiquement plus élevé chez les femmes et les enfants, a-t-elle expliqué. “Dans les sociétés injustes, plus de femmes que d’hommes meurent des catastrophes”.

Spécialement les femmes et les filles des zones rurales dans des pays en développement “portent un fardeau particulièrement lourd des changements climatiques” en raison du stress environnemental et de leur responsabilité d’assurer l’eau, la nourriture et l’énergie pour la cuisine et le chauffage.

Elles passent plusieurs heures par jour à collecter et transporter de l’eau, par exemple, et cela devient beaucoup plus difficile dans les zones touchées par la sécheresse, a indiqué Bachelet. “Pour beaucoup de filles, cela signifie rater l’école et perdre une éducation”.

Entre 1980 et 2010, le nombre moyen d’événements météorologiques extrêmes a plus que doublé, soulignant le “besoin pressant d’investir dans les femmes et les filles et de promouvoir l’égalité des sexes”.

Bachelet a parlé au correspondant d’IPS à l’ONU, Rousbeh Legatis, des besoins des femmes dans le contexte des changements climatiques et de la manière de remodeler la politique mondiale sur le climat.

Voici quelques extraits de l’entretien.

Q: Quels sont les besoins des femmes, et ont-elles un rôle particulier à jouer quand il s’agit des changements climatiques et des stratégies d’adaptation?

R: Les femmes ont besoin de chances égales et de droits égaux. Cela comprend le droit de participer aux décisions relatives aux changements climatiques. Les femmes ont besoin d’être activement engagées dans les processus qui affectent leur vie – de l’urbanisme qui vise à renforcer la résistance des communautés aux chocs climatiques, en passant par la fourniture de services tels que l’eau potable et des projets d’irrigation dans une communauté rurale, au développement d’une technologie d’énergie propre qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Trop souvent, les femmes sont exclues des consultations. Elles ne sont pas à la table de prise de décisions et leur absence rend les programmes et stratégies moins sensibles et efficaces. Il existe des preuves empiriques pour montrer que l’implication des femmes dans la prise de décisions et la gestion des ressources peut produire des résultats environnementaux positifs.

Des preuves provenant de l’Inde et du Népal suggèrent que l’implication des femmes dans la prise de décisions soit associée à une meilleure gestion des ressources communautaires, telles que les forêts. Une étude menée dans 130 pays a révélé que les pays ayant une représentation plus élevée de femmes au parlement étaient plus enclins à ratifier les traités internationaux sur l’environnement.

En plus du fait d’engager les femmes dans la prise de décisions, les stratégies climatiques doivent intégrer des considérations de genre qui sont spécifiques à chaque situation. Dans des zones rurales en Afrique, par exemple, il faut tenir compte des besoins des femmes agricultrices, qui sont responsables de 60 à 80 pour cent de la production alimentaire ainsi que de la nutrition de leurs familles. Trop souvent, les femmes agricultrices n’ont pas accès aux droits à la propriété, la terre et au crédit, et cela réduit les rendements des cultures et menace la sécurité alimentaire.

L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture souligne que l’élimination de l’écart entre les hommes et les femmes dans l’accès aux ressources et aux intrants agricoles augmenterait les rendements dans les fermes des femmes de 20 à 30 pour cent et accroîtrait la production agricole dans les pays en développement de 2,5 à 4,0 pour cent, ce qui pourrait à son tour réduire le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde de 12 à 17 pour cent ou de 100 de 150 millions de personnes.

Q: Voyez-vous assez de sensibilisation sur la situation spécifique des femmes, et l’implication des perspectives et expériences des femmes lorsque les décideurs engagent des discussions sur la façon d’affronter les changements climatiques et sur comment s’adapter au changement des circonstances environnementales?

R: La sensibilisation s’est certainement intensifiée sur cette question, en particulier parmi les dirigeants et les décideurs politiques. Nous notons des changements dans les attitudes et les politiques. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a encouragé la participation égale des femmes pour relever les défis des changements climatiques en 2009; certains gouvernements parlent des dimensions relatives au genre dans les changements climatiques et l’égalité des sexes est incluse dans l’Accord de 2010 à Cancun.

La prochaine étape, c’est de s’assurer que les paroles deviennent réalité sur le terrain et que les femmes participent aux processus de prise de décisions. Si nous considérons le financement du climat, par exemple, les considérations relatives au genre ont une histoire de ne pas être systématiquement intégrées dans leur conception.

En réponse, l’ONU-Femmes travaille avec des partenaires pour s’assurer que le nouveau Fonds vert pour le climat ne répète pas cette erreur et intègre la question de genre dès le début en incluant le principe de l’égalité des sexes dans ses activités et son suivi des impacts et des résultats.

En plus du niveau de la politique internationale, les femmes doivent être pleinement engagées au niveau national, sur le ‘front intérieur’, où des stratégies nationales sont conçues et mises en œuvre, des budgets sont élaborés, et des services fournis afin d’atténuer ou de s’adapter aux changements climatiques.

Malheureusement, les femmes demeurent sous-représentées dans les parlements nationaux et spécialement dans les ministères qui sont au cœur de la prise de décisions sur les changements climatiques et leur viabilité. Globalement, les femmes occupent seulement 16 pour cent des postes ministériels et parmi celles-ci, seules 19 pour cent sont dans la finance et le commerce; sept pour cent dans l’environnement, les ressources naturelles et l’énergie, et seulement trois pour cent dans les sciences et la technologie.

L’absence des femmes dans les prises de décisions nationales entrave leur capacité à influencer les politiques et les budgets. Cela limite l’inclusion des considérations relatives au genre dans l’agenda sur la gestion environnementale, le développement durable et les changements climatiques. (FIN)

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