‘Nous avons besoin d’un plan d’adaptation et non d’argent’

Posted on 16 December 2009 by editor

Edouard Yao: "Après Copenhague, c’est une bataille qui débutera, un défi qu’il faudra relever." Credit: Fulgence Zamblé/IPS

Edouard Yao: "Après Copenhague, c’est une bataille qui débutera, un défi qu’il faudra relever." Credit: Fulgence Zamblé/IPS

Fulgence Zamblé s’entretient avec EDOUARD YAO, coordinateur de Côte d’Ivoire

ABIDJAN (IPS/TerraViva) - En dépit d’une marche de mobilisation contre les changements climatiques avortée dans la capitale économique ivoirienne, Abidjan, pour des raisons d’organisation, Edouard Yao, coordinateur Côte d’Ivoire de l’organisation non gouvernementale LEAD Africa, ne démord pas.

Pour lui, les populations africaines ont besoin d’être largement informées sur la question climatique. Ce pourquoi, depuis l’ouverture des négociations de Copenhague, au Danemark, l’organisation dont il est le coordinateur organise dans cinq villes africaines des séances de visualisation en direct de Copenhague, suivies d’exposés et de débats en ligne et hors ligne.

Ainsi des populations suivent en direct les négociations sur les changements climatiques. Cependant, ce qui l’intrigue, c’est le fait que les pays africains n’aient pas suffisamment préparé le rendez-vous du Danemark. Selon Yao, l’Afrique manque d’arguments (aucun chiffre, aucun plan d’action, aucune stratégie d’adaptation) à Copenhague, et elle ne devrait pas récolter grand-chose.

Dans cet entretien accordé à IPS/TerraViva, Edouard Yao explique la politique qui aurait pu sortir le continent africain grandi des discussions du COP 15.

Q: Quel intérêt à proposer les négociations de Copenhague en vision conférence aux populations?

R: Sachez que tout le monde n’est pas informé de ce qui se discute actuellement au Danemark. Même certains intellectuels n’en savent rien. Chez le citoyen lambda, tout ce qui lui arrive avec la forte chaleur, les pluies diluviennes, le cycle cultural bouleversé et autres ont d’autres sens. Mais ils n’ont pas l’information scientifique.

Aujourd’hui que nous avons les discussions de Copenhague en direct, ils sont médusés, hyper satisfaits.

Q: Sentez-vous déjà une prise de conscience de leur part?

R: Bien entendu. Et nous leur faisons comprendre que les autorités ne peuvent pas tout faire pour lutter contre le réchauffement climatique.

Nous devons responsabiliser la société civile. Après Copenhague, c’est une bataille qui débutera, un défi qu’il faudra relever. Car, en fonction des résultats des négociations, il faudra sensibiliser tout le monde. Nous devons le faire ensemble.

Q: Approuvez-vous les principales requêtes du continent africain et des autres pays émergents aux négociations?

R: Notre souhait et qui est celui des populations, est que les négociations aboutissent à la réduction des gaz à effet de serre à un taux ambitieux et raisonnable. Ce sera l’apport important des pays développés.

Pour ce qui de l’Afrique, elle a déjà manqué le départ des négociations. Aujourd’hui, nous avons besoin d’un plan d’adaptation en bonne forme et non pas d’argent. Dans les pays africains, il n’existe pas de statistiques fiables pour chaque Etat. Tout est global. Il aurait fallu effectuer une recherche sur des données avant de se présenter au Danemark.

Car, même si  l’enveloppe de 200 milliards de dollars était accordée, sur quel base cela serait reparti et quel serait le mécanisme de gestion quand on sait qu’il existe des problèmes de gouvernance dans certains pays. Encore qu’il n’est pas certain que cette somme résolve définitivement le mal qui menace le continent. Alors cet argent ne servira à rien.

Q: Pour vous, qu’est-ce qui devait être proposé par le G77?

R: En prenant singulièrement l’Afrique, nous aurions pu mettre en avant l’énergie verte dont nous disposons avec le soleil et l’énergie éolienne que nous pouvons développer sur le continent, concevoir des plans dans ce sens.

Il y a ce potentiel qui existe sur le continent et que nous pouvons exploiter pour le revendre aux pays développés. Il faut des mesures pour contrôler les feux de brousses, les importations de véhicules d’occasion…

La politique de la main tendue n’est pas celle-là qui va nous tirer d’affaire. Car en même temps que le continent exige la réduction des gaz à effet de serre, il demande des moyens financiers. C’est paradoxal en ce sens que les moyens qui seront dégagés par les pays développés proviennent en grande partie de l’usage des gaz à effets de serre. A eux seuls, ils ne peuvent pas consentir un double sacrifice.

Q: A vous entendre, l’Afrique n’était pas prête pour ce rendez-vous?

R: Elle n’a pas cherché à être prête. Avant le sommet de Copenhague, l’Europe était à Barcelone pour trouver des solutions. Pendant ce temps, l’Afrique ne songeait qu’à une position commune sur la réduction du gaz à effet de serre et le montant qui doit lui être alloué.

Sortir des négociations comme nos représentants l’ont fait lundi dernier n’était que du bluff. Ils voulaient juste fixer la barre un peu haute et indiquer qu’ils étaient sur le qui-vive. Sinon, le continent africain n’a véritablement pas anticipé sur la question des changements climatiques au point où l’Europe va créer son énergie verte pour s’en sortir et nous convoyer ces véhicules à carburant qui vont encore polluer l’air.

(FIN/2009)

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