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ZAMBIE: Exploiter les déchets

Posted on 01 December 2009 by admin

Lewis Mwanangombe

NDOLA, Zambie, 27 nov (IPS) – Lorsque Obed Mumba était venu à Ndola, la ville minière de cuivre de Zambie, en quête de travail, elle était appelée encore respectueusement “Kalale Ku” – la terre de l’homme blanc. Dans les décennies qui ont suivi, il a vu son canton de Kabushi dépasser les rêves limités de ses urbanistes.

Agé aujourd’hui de 56 ans, on l’appelle affectueusement, dans le secteur de Kariba de la localité, “Ba-Shikulu Mumba”, grand-père Mumba. Le quartier a été construit dans les années 1940, spécialement pour accueillir des hommes célibataires comme Mumba, qui était venu de la région de Luapula, dans le nord du pays, à Ndola pour travailler dans la mine de cuivre de Bwana Mkubwa.

Kariba comprenait 130 blocs de logements de six chambres chacun qui suscitaient l’envie de beaucoup de travailleurs autochtones à l’époque. Les fortunes changeantes de la ville sont profondément ressenties ici, puisque les jeunes gens brillants d’aujourd’hui ont vite appris qu’ils avaient intérêt à suivre les fils vénérés de la ville comme Frederick Chiluba et Levy Mwanawasa (tous deux anciens présidents de la Zambie) à Lusaka, où la célébrité et l’argent sont plus facilement acquis.

Fondé dans les années 1940, le secteur de Kariba a été construit spécialement pour accueillir des gens comme Mumba qui est venu de Luapula à Ndola en tant que célibataire et a finalement trouvé du travail à Bwana Mkubwa (qui signifie “grand patron”).

Mais au cours des années, depuis que les règles empêchant les familles de mineurs de vivre avec eux ont été mises de côté, chaque chambre est devenue un quartier d’habitation pour une famille de cinq personnes ou plus. Des huttes, localement appelées “cabines”, ont été construites à toute vitesse pour abriter les filles et fils adolescents ainsi que les membres de la famille élargie.

Les premières mesures d’assainissement – huit blocs communaux d’ablution, chacun conçu pour servir 100 personnes, ont été aussitôt submergés. Vers le début des années 1980, les douches et les toilettes communales ont été complètement abandonnées.

“Nous étions obligés de creuser des latrines peu profondes à proximité de nos maisons et nos enfants qui craignaient de tomber dedans ont commencé… par déféquer en plein air. Toute la place a commencé par sentir mauvais avec des mouches partout”, se rappelle Mumba, qui dirige aujourd’hui une petite épicerie.

Parmi ceux qui avaient quitté Ndola pour faire leur carrière, figurait Bernard Phiri. Il avait évolué pour devenir directeur général la Société d’eau et d’assainissement de Kafubu, responsable de l’eau et de l’assainissement de la ville, lorsqu’en 2007, une organisation non gouvernementale d’Allemagne a établi des liens avec l’Association pour l’eau et l’assainissement de la Zambie.

‘Bremen Overseas Research and Development Association’ (Association de recherche et de développement d’outre-mer de Bremen – BORDA), travaille sur des projets de biogaz en Inde depuis la fin des années 1970, et était intéressée à mettre en place un projet-pilote en Zambie.

Le canton de Kabushi a été choisi pour piloter un système décentralisé de traitement des eaux usées, conçu comme une solution aux déchets et à l’énergie pour un quartier pauvre dépourvu d’assainissement. Le système repose sur des bio-digesteurs pour traiter les déchets humains afin qu’ils dégagent du méthane.

Un bio-digesteur est un réservoir – typiquement rond – construit à partir de briques et de mortier cuits ou du béton armé avec deux ouvertures munies de vannes. A travers une vanne, les déchets humains bruts entrent, qui sont avidement consommés par des bactéries, jusqu’à ce que de l’autre vanne, sorte une boue inodore biodégradée qui peut être utilisée sans danger comme engrais dans un jardin de légumes.

Le gaz méthane libéré par les bactéries s’amasse en haut du toit convexe de la structure, et est canalisé loin pour alimenter les fourneaux dans les maisons avoisinantes.

Au total 547 toilettes ont été construites par Kafubu à Kabushi. “Ce sont des toilettes à chasse d’eau avec une douche intégrée. L’approvisionnement en eau est mesurée et l’effluent venu de 156 ménages alimente les deux digesteurs de biogaz qui ont été déjà construits”, explique Phiri.

Chaque ménage devrait payer pour l’eau courante utilisée dans les toilettes, la cuisine et la douche – facturée à un taux de 59.200 kwacha zambien (ZMK) – un peu moins de 13 dollars – pour 38 mètres cubes d’eau.

Ba Shikulu-Mumba est l’un des 30 propriétaires de maison reconnaissants qui ont été connectés au réseau de gaz. Il dit que c’est beaucoup moins cher de cuisiner sur le gaz que sur du charbon.

“Un sac de charbon coûte environ 30.000 kwacha et si votre femme est négligente, vous pouvez vous retrouver avec une facture de plus de 150.000 ZMK (un peu plus de 30 dollars) par mois”, a-t-il observé. Un ménage typique à Kabushi se débrouille avec environ 100 dollars tous les mois.

Comme plus de digesteurs sont construits dans la région, le plan est de connecter toutes les maisons puisque les égouts bruts devraient venir des quartiers plus riches.

Le projet de Kabushi est le premier système intégré de traitement de l’eau en Zambie, et a déjà été copié par quatre des dix services d’eau du pays.

Bwalya Nondo, porte-parole du ministère de l’Environnement et des Ressources naturelles, souligne que les avantages du projet s’étendent au-delà des toilettes rénovées et du carburant bon marché pour les habitants. L’exploitation de l’énergie renouvelable à partir des déchets humains ira également loin pour protéger les forêts de la Zambie en disparition rapide.

“Actuellement, les charbonniers détruisent jusqu’à 300.000 hectares de couverture forestière chaque année”, a déclaré Nondo.

Les deux bio-digesteurs, et les tuyaux de gaz ainsi que les structures de soutien construits dans le secteur de Kabushi à Kariba ont coûté à la Société d’eau et d’assainissement de Kafubu environ 830.000 dollars. Les bio-digesteurs ont mis Kabushi et la ville de Ndola sur la route vers un nouvel ordre durable pour leur ville. (FIN/2009)

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