LIBERIA: Les femmes trouvent leur voix

Posted on 20 October 2010 by admin

Naomi Saydee, host of the radio station's Access to Justice programme, interviews a guest. Credit: Barrie Sander.

Tamasin Ford

MONROVIA, 20 oct (IPS/TerraViva) – “La Voix des sans voix”, c’est le slogan qui orne les murs de la première station de radio pour les femmes au Libéria et la deuxième en Afrique.

Située sur une piste cahoteuse en terre battue à la périphérie de Monrovia, la capitale, la “Liberia Women Democracy Radio” (Radio pour la démocratie des femmes au Libéria – LWDR) prétend qu’elle veut faire la promotion des femmes et du changement.

Dans un pays qui tente de se reconstruire après 14 années de guerre civile dans laquelle les femmes ont le plus souffert des violences, elles restent le groupe le plus vulnérable dans la société.

“Avant la station de radio, nous ne pouvions pas nous faire entendre. Les grandes personnes ne prenaient pas au sérieux nos problèmes”, déclare Deborah Reeves, une mère de quatre enfants à Monrovia. “Maintenant, elles les entendent à maintes reprises”.

Cette femme de 30 ans vit sur l’île de Pagos, une étendue de terre entourée par des marécages, complètement coupée du reste de la ville. Sur une île sans électricité, sans écoles publiques, sans poste de police et sans un centre de santé, les quatre mille habitants se battent même pour gagner leur vie.

“J’ai vu des choses sur cette île qui ne sont pas correctes dans un monde civilisé”, s’exclame Reeves, pendant qu’elle s’abrite dans l’église de la communauté avec une quarantaine d’autres femmes.

“Nous sommes une communauté oubliée, qui se débrouille. Personne ne nous voit. C’est comme si nous ne sommes même pas ici”.

Reeves a réuni les gens de la communauté pour parler de la façon dont elles, en tant que femmes, peuvent utiliser la station de radio pour raconter leurs histoires afin d’amener les autorités à agir. Pendant qu’elles sont assises dans la chaleur étouffante, certaines avec leurs bébés au dos, d’autres avec un petit enfant sur le genou, lentement, une à une, elles ont le courage de se lever pour raconter leur histoire.

Une intervenante, plus une adolescente qu’une femme, raconte comment elle a commencé à marcher pour se rendre au centre de santé le plus proche lorsqu’elle a senti sa première contraction. C’était la nuit, elle était seule et devrait marcher pendant deux ou trois heures. Elle a fini par accoucher sur le chemin.

Pendant qu’elle est debout devant les femmes, avec la passion et la tristesse dans les yeux, elle explique comment elle a essayé d’amener le bébé à pousser son premier souffle. Elle n’avait aucune idée de la façon de procéder, alors elle s’est couchée sur la route, le bébé étant mort dans ses bras.

“Je ne veux pas parler aujourd’hui”, déclare-t-elle. “Mais cela ne fait que déshonorer les femmes”.

Ce n’est qu’une histoire parmi des milliers.

“Dans les zones rurales, les femmes ne sont pas entendues”, souligne Lady Mai Hunter, pendant qu’elle jette un coup d’œil sur son microphone dans le studio de production à la LWDR. Ce sont les groupes difficiles à atteindre que la station veut couvrir. Financée par le Fonds des Nations Unies pour la démocratie (UNDEF) et facilitée par le Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), la LWDR couvre huit comtés sur les 15 que compte le Libéria. Son but est d’augmenter sa puissance d’émission et d’atteindre les femmes dans tout le pays.

A 22 ans, et déjà une jeune mère elle-même, Hunter connaît bien aussi les luttes auxquelles les femmes au Libéria sont toujours confrontées. “Nous avons une femme présidente et à l’extérieur du Libéria les gens pensent que tout va bien pour les femmes ici, mais ce n’est pas le cas. L’exploitation sexuelle, le viol et le fait de battre les femmes sont tous de gros problèmes ici”.

En 2006, le Libéria a élu la première femme présidente en Afrique, Ellen Johnson-Sirleaf. Bien que cela soit en soi une grande source d’inspiration pour les femmes dans tout le pays, les voix des femmes sont toujours rares dans les discussions de haut niveau sur la paix et la sécurité. Pour la présidente Sirleaf, la LWDR est un moyen pour que ces voix souvent oubliées se fassent entendre.

“Je suis extrêmement heureuse et je comprends que nous sommes la deuxième station de radio pour les femmes sur le continent et cela nous fait plaisir encore en ce sens que nous avons innové à cet égard”, déclare Sirleaf.

Toutefois, la présidente est consciente des défis auxquels les femmes libériennes sont confrontées. “Nous avons encore quelques problèmes graves au Libéria; de graves problèmes concernant le viol et le maintien des filles à l’école. J’espère qu’à travers cette station, ils seront en mesure de se concentrer sur ces problèmes”.

Le viol est le premier des crimes signalés au Libéria et les enfants en sont souvent les victimes. Une enquête récente sur les victimes de viol à Monrovia a constaté que trois enfants sur huit étaient âgés de moins de 12 ans, tandis qu’un enfant sur 10 avait moins de cinq ans. Mais des questions comme le viol, la grossesse des adolescentes, les mutilations génitales féminines et la prostitution sont rarement abordées, si jamais elles le sont, sur d’autres stations à travers le pays.

Les médias, dirigés presque exclusivement par les hommes, abordent rarement ces sujets, préférant pontifier sur la politique et les prises de décisions. Avec les prochaines élections prévues en octobre 2011, la LWDR invite les femmes à commencer à jouer un rôle crucial dans la construction de l’avenir de leur pays.

Et jusqu’à présent, la LWDR offre une lueur d’espoir pour des femmes comme Deborah Reeves. “La LWDR est une révélation pour nous. Pour être honnête, les femmes sont confrontées à ces conditions affreuses dans ce pays et leurs voix ne sont jamais entendues. Maintenant, si on me fait mal, je peux utiliser la radio pour raconter mon histoire et atteindre les autorités qui peuvent nous aider”. (FIN/2010)

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