Elles font la politique autrement

Posted on 08 January 2011 by editor

Rezistans ek Alternativ logo.

Nasseem Ackbarally

PORT-LOUIS, 7 jan (IPS TerraViva) – “Je fais la politique tous les jours, mais la politique partisane? Non, merci”, déclare Jane Ragoo, syndicaliste de longue date et travailleuse sociale. Elle croit au travail permettant d’apporter le changement dans la société et d’améliorer la vie de la population; mais elle n’a aucun intérêt à grimper dans un camion pour mener une campagne afin de se faire élire.

Ragoo, défenseuse des droits des travailleurs à la confédération des travailleurs du secteur privé, une organisation syndicale, trouve que la politique est un business à l’Ile Maurice. Elle se focalise sur des profits au détriment du bien-être de la population, déclare-t-elle.

Dans une certaine mesure, Ragoo accuse les électeurs. “Ils votent pour des gens moins compétents, moins intelligents et moins honnêtes”, déclare-t-elle. “On affaiblit le rôle des quelques femmes élues, leurs voix sont supprimées et les hommes, qui sont majoritaires, n’écoutent même pas ce que les femmes ont à dire”.

Le protocole de la Communauté de développement d’Afrique australe sur le genre engage les Etats membres à atteindre la parité au niveau des postes de prise de décision. Jusqu’à présent, l’Ile Maurice n’a pas encore ratifié le protocole, affirmant que la constitution de l’île n’autorise pas “la discrimination positive” nécessaire pour atteindre une représentation égale entre les hommes et les femmes.

Il n’y a pas beaucoup de femmes au niveau des conseils municipaux, dans les régions rurales et urbaines à la fois. Il y a seulement 16 femmes conseillères urbaines sur un total de 126 conseillers. S’agissant des conseils ruraux, ce nombre est même pire. Six pour cent seulement sont des femmes, soit 87 conseillères rurales sur 1476.

L’une de ces conseillères rurales, Dulari Jugnarain, originaire du village de Goodlands au nord de l’Ile Maurice, pense que la présence de plus de femmes au niveau des conseils municipaux aurait pu éviter que les problèmes sociaux s’emparent furtivement des villes et des villages.

Des casinos et autres maisons de jeux ont proliféré au cours des cinq dernières années dans les villes et les villages, là où elle aurait préféré voir des bibliothèques, des terrains de jeux et des jardins de loisirs. “Les femmes sont plus sensibles à de pareilles questions et, comme tel, elles sont mieux placées pour lutter contre ces maux sociaux”, déclare-t-elle.

Mais les conseillers ne peuvent arrêter le développement des maisons de jeux dans leurs régions que si on leur donne le pouvoir d’agir. Le pouvoir limité qu’exerce le gouvernement local décourage les citoyens actifs comme la syndicaliste Ragoo ou Kashmira Banee, consultante en environnement et membre de ‘Rezistans ek Alternativ’, un mouvement sociopolitique qui travaille pour un changement dans les politiques économiques de l’île.

Banee pense que cela ne vaut pas la peine de participer aux élections municipales à moins qu’on donne aux conseils le pouvoir de s’occuper directement des problèmes comme la pauvreté, la gestion des déchets, la pollution, le bruit et la vente à la sauvette – des questions qui préoccupent le public.

“Je serais entrée en politique si le gouvernement central avait autorisé les conseillers municipaux à s’occuper de pareilles questions. Cela m’empêche de contribuer davantage au bien-être de la société”, déclare Banee.

Le gouvernement local n’est pas très efficace concernant les changements que Banee aimerait voir puisque les principaux projets abordant les infrastructures publiques, l’éducation, la santé, le logement et le bien-être social, sont tous initiés au niveau national.

Les conseillers municipaux contrôlent un budget de quelques centaines de dollars US seulement, juste assez pour organiser de modestes fêtes de fin d’année pour les enfants et les personnes âgées, mais rien de plus.

Banee déclare que le progrès réalisé à l’Ile Maurice sur de telles questions provient du travail accompli par les ONG (Organisations non gouvernementales) et les mouvements politiques en dehors du parlement, qui ont exprimé leurs préoccupations à travers des manifestations publiques, des pétitions et des campagnes de sensibilisation.

‘Rezistans ek Alternativ’ réflète elle-même l’absence des femmes dans les postes de direction; trois seulement sur les 12 membres du comité central national sont des femmes. Il y a cependant de nombreuses femmes actives dans les démembrements locaux de ce mouvement bénévole.

Ragoo croit que les partis politiques divisent le pays – elle préfère les unir. Elle pense qu’il est mieux de travailler avec les enfants, en les éduquant sur les valeurs humaines et la protection de l’environnement, que d’être dans la vie politique.

Peu de femmes à l’Ile Maurice peuvent trouver du temps pour s’engager, soit dans une politique électorale, soit dans un activisme social, en raison de la lourde charge que supportent les femmes pour prendre soin de la famille. En plus de la décision des femmes comme Banee et Ragoo de décliner des postes électifs, il y a encore un long chemin à parcourir pour accroître la représentation des femmes au niveau des postes électifs.

Mais Lalita Chummun, présidente du conseil de Triolet, un village prospère au nord de l’Ile Maurice, est satisfaite du système du gouvernement local. “Bien que ce soit difficile, les conseillers sont en train de faire un bon travail, avec l’aide du gouvernement central qui finance”, soutient-elle.

Chummun, la seule femme du conseil de 12 membres de Triolet, admet qu’il est difficile pour les femmes d’émerger parmi les hommes en politique. “Je suis surtout impliquée dans l’éducation des adolescents, mais je n’ai pas le soutien de la communauté. Cela rend mon travail difficile. Je ne peux pas obliger les gens [à m’aider], mais quand les problèmes sociaux surgissent, on accuse les conseillers”.

D’autres femmes trouvent très peu de temps pour s’engager en politique – même pour le type de travail dans lequel Ragoo est impliquée – parce que, soutiennent-elles, “nous sommes surchargées par de nombreuses autres responsabilités consistant à prendre soin de la famille et de la société, sans oublier notre rôle en matière de reproduction”. (FIN/2011)

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