Les mouvements paysans africains opposés aux pesticides

Posted on 11 February 2011 by admin

Par Koffigan E. Adigbli

DAKAR, 11 fév (IPS) – Les mouvements paysans africains préfèrent le modèle traditionnel de production agricole, sans pesticides, ainsi que le système de petites exploitations familiales.

«Je préfère les méthodes ancestrales, c’est-à-dire l’utilisation des engrais naturels qui permettent de pérenniser les cultures.»

Ils pensent également que le concept de sécurité alimentaire doit aller de pair avec celui de la souveraineté alimentaire ou de l’autosuffisance alimentaire. Ils l’ont exprimé au Forum social mondial de Dakar où des questions de l’agriculture et de hausse des prix des denrées de première nécessité sont débattues.

Selon Diakéba Kaba, membre de l’Association guinéenne pour l’allègement des charges féminines, il y a une corrélation entre sécurité alimentaire et autosuffisance alimentaire, parce qu’une fois qu’une population produit suffisamment ses aliments, elle ne payera plus d’autres denrées de l’extérieur.

Kaba n’accepte pas qu’on introduise au niveau des petites exploitations paysannes l’utilisation de pesticides, mais c’est ce que soutient plutôt l’Alliance pour une révolution verte en Afrique dirigée par l’ancien secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Koffi Anan.

«L’introduction des pesticides dans les petites exploitations paysannes appauvrit davantage les sols. Le pauvre paysan va utiliser son argent pour payer les pesticides, or il suffisait pour lui de retourner le sol pour composer le composte pour ses plantes. Sur le plan environnemental, l’utilisation de pesticide dégrade le sol», soutient-elle.

Mais, Kaba constate qu’au nom de la sécurité alimentaire et de la lutte contre la pauvreté, des pesticides sont fournis à outrance aux paysans. «Ces produits détruisent les terres», affirme-t-elle, dénonçant, par ailleurs, les «semences à base d’organismes génétiquement modifiés qui sont carrément des poisons».

«La sécurité alimentaire est un bourratif qui risque de nous pousser à manger tout ce qui nous tombe sur la main, tandis qu’avec la souveraineté alimentaire, nous mangeons ce que nous voulons et nous avons la responsabilité de ce que nous produisons et de ce que nous consommons», ajoute-t-elle.

Kaba invite à cet effet les gouvernements africains à suivre l’exemple de la Thaïlande où les petits paysans bénéficient d’un fort soutien de leur gouvernement. « La Thaïlande est un des plus grands exportateurs de riz vers l’Afrique, pourtant son sol n’est pas du tout favorable à l’agriculture comme chez nous en Afrique», déclare-t-elle.

Des centaines de mouvements sociaux regroupant des écologistes, des paysans, des syndicats, des enseignants et des migrants ont, cours de ce débat, souhaité que les paysans africains soient plus soutenus par les autorités et qu’une réelle politique agricole soit leur priorité.

Pour y parvenir, Les Etats africains «doivent financer le secteur agricole, investir dans la recherche pour trouver les solutions techniques les mieux adaptées à la situation africaine, en assurant notamment la maîtrise de l’eau», estime Meissa Faye, un agriculteur sénégalais de la région de Thiès.

«Nos Etats doivent définir les marges réelles du développement de l’agriculture. Cela va de l’intérêt de tous. Il faut un budget conséquent et bien géré pour le développement de ce secteur, car la majeure partie de nos populations reste rurale», souligne également Hervé Mounvunba, un délégué agricole venu du Gabon.

Faye pense que l’avenir est aujourd’hui incertain et qu’avec l’utilisation des pesticides, on est en train de tuer les petits producteurs au profit des grands industriels, sans oublier la pression foncière causée par l’urbanisation.

Selon Faye, l’Afrique aurait pu atteindre la sécurité alimentaire depuis longtemps dans la mesure où l’écrasante majorité des populations évolue dans le secteur agricole. En France, par exemple, deux pour cent seulement de la population sont des agriculteurs et nourrissent tout ce pays.

«L’autosuffisance alimentaire passe par une vraie politique d’encouragement de l’agriculture familiale et non pas par ces grands industriels qui, en terme de production, privilégient les consommateurs des pays du Nord», soutient-il.

Bouna Sako, producteur malien de riz à Kayes, s’érige contre l’utilisation des engrais et l’accaparement des terres arables par des industriels.

«Je préfère les méthodes ancestrales, c’est-à-dire l’utilisation des engrais naturels qui permettent de pérenniser les cultures. Les paysans de mon pays sont confrontés aux problèmes de manque criant de pluie et à la pauvreté des sols, mais l’Etat ne prend pas de mesures d’accompagnement pour faire face au déficit de pluviométrie», affirme Sako.

(FIN/2011)

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1 Comments For This Post

  1. environnement afrique Says:

    Article intéressant qui attire l’attention sur le fait que nous ne sommes pas suffisamment informé sur des cultures agricoles de qualités.

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