Les prostituées se sont invitées pour la circonstance

Posted on 10 February 2011 by admin

Par Koffigan E. Adigbli

DAKAR, 10 fév (IPS) – Si le Forum social mondial (FSM) de Dakar est d’abord l’affaire des altermondialistes qui réfléchissent aux différentes questions de développement des pays pauvres, il y a également des prostituées de la capitale sénégalaise qui se sont programmées pour y participer à leur manière afin de se faire de l’argent.

«Les étrangers aiment les Sénégalaises, on le sait. C’est pourquoi chaque soir, je vais dans les lieux où ils sont logés pour m’exhiber. Dimanche dernier, j’ai couché avec un Malgache qui m’a remis 20.000 francs CFA (environ 43 dollars). Un autre dans un hôtel de la place, un Nigérien, m’a donné 30.000 FCFA (64 dollars). Je profite bien de ce FSM», déclare, toute joyeuse, Absa, (nom d’emprunt), 23 ans, étudiante à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), qui exerce le plus vieux métier du monde.

Selon Absa, tout les soirs, à partir de 20 heures, après avoir mis ses produits de beauté dans son sac à main, elle se rend à l’UCAD ou dans un des hôtels dans un quartier chic de la capitale sénégalaise.

«Lorsque je finis de sillonner les grands hôtels, je retourne aux environs de 2 heures du matin à l’UCAD où certains jeunes m’attendent aussi. Je ne vais pas le cacher, je gagne bien ces temps-ci. Pour vous dire, je suis rentrée à la maison lundi avec 120.000 FCFA (environ 258 dollars)», explique-t-elle, ajoutant toutefois qu’elle se fait discrète pour ne pas être repérée par ses camarades étudiants.

Absa est l’une des milliers de jeunes travailleuses sexuelles qui arpentent les escaliers des hôtels, les rues, les bars et les night-clubs de Dakar en cette période du FSM. Elles avouent être entrées dans ce travail de prostitution à cause de la pauvreté et du chômage, mais aussi pour n’avoir pas trouvé des opportunités de réussir dans la vie.

En fait, la prostitution n’est plus un mot tabou à Dakar. Les coins de rencontre des prostituées sont connus du grand public et les prix de passe varient du client sénégalais à l’étranger qui paie toujours un prix plus élevé. La majorité des ces jeunes filles ont leur carte d’adhésion à ce vieux métier.

Nkiéna, une Nigériane de 27 ans, affirme qu’elle est arrivée dans la capitale sénégalaise pour chercher de l’argent à travers la prostitution. «Ici, j’ai beaucoup plus de chances qu’au Nigeria. Les hommes s’intéressent aux prostituées et en général, ils payent ce que vous demandez», dit-elle. «Depuis le début de ce forum, j’ai fait un peu de sous. Les gens, pour 15 ou 30 minutes au plus, vous donnent sur le champ 50.000 à 60.000 FCFA (environ 107 à 129 dollars). Les étrangers qui sont venus à ce forum ne sont pas avares», ajoute-t-elle.

Pourtant, Nkiéna trouve que les étrangers venus des pays d’Afrique de l’ouest sont pingres. «J’ai rencontré mardi un Béninois qui, après m’avoir longtemps gardée dans sa chambre, m’a remis seulement 10.000 FCFA (environ 21 dollars). J’étais énervée. Le lendemain matin, je l’ai vu et il a fait semblant de ne pas me connaître; mais moi je l’ai reconnu», explique-t-elle.

Nkiéna souligne qu’elle passe toutes ses nuits à l’UCAD. «Je participe des fois aux débats, pas pour apprendre quelque chose, mais pour trouver un client potentiel. Je me faufile entre les gens et lorsqu’il y a un déjeuner, je le prends aussi comme une participante au forum».

En fait, la prostitution est légale et réglée depuis trois décennies au Sénégal. Selon des responsables de santé, cette légalisation permet de suivre les prostituées sur le plan sanitaire, et un grand nombre se fait régulièrement contrôler dans les centres de santé publics. Mais certains pensent que cette légalisation est un moyen d’attirer les touristes au Sénégal à la recherche de relations sexuelles exotiques.

L’article 233 du texte juridique sénégalais stipule à son alinéa 2 : « Peut devenir prostituée, toute femme ayant 21 ans ou plus, à condition toutefois d’être enregistrée en tant que telle par la police, de se faire régulièrement contrôler dans des centres de santé officiels, de faire preuve de discrétion et d’avoir une carte sanitaire valide montrant des tests négatifs concernant les maladies sexuellement transmissibles».

Edwige, une autre prostituée rencontrée à l’UCAD, n’a pas caché son amertume, car le FSM ne lui a pas fait gagner grand-chose. «Je viens ici, mais je ne trouve pas de client friqué. Je couche avec les étrangers, mais ils ne payent pas assez. Peut être parce que je suis intransigeante. Si un homme veut coucher avec moi sans préservatif, je refuse», explique-t-elle.

Selon Alima Diagne, une infirmière d’Etat distribuant des capotes à l’UCAD, il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre actuel de travailleuses sexuelles au Sénégal. Mais citant certains rapports, elle indique que Dakar est l’une des capitales de l’industrie du sexe en Afrique, avec des travailleuses sexuelles provenant de l’Afrique subsaharienne, mais aussi de l’Afrique du nord et du Moyen-Orient.

«Nous sommes conscients de la situation, c’est pourquoi nous faisons tout pour distribuer des capotes à tous les participants au FSM», ajoute Diagne.

(FIN/2011)

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1 Comments For This Post

  1. martin dufresne Says:

    Les femmes n’ont pas grand chose à attendre des mecs soi-disant progressistes du FSM si non seulement ceux-ci exploitent sexuellement les femmes mais en plus tentent d’éviter les mesures de protection. Nihil nove sub sole.

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