L’ÉDUCATION-MALI: Les jeunes veulent enseigner, mais pas dans les villages

Posted on 28 October 2010 by admin

Credit: Eskinder Debebe/UN Photo.

Soumaila T. Diarra

BAMAKO, 28 oct (IPS/TerraViva) – De nombreux jeunes en quête d’emploi se bousculent pour les concours d’entrée dans les Instituts de formation des maîtres (IFM) – des écoles créées pour former des enseignants de qualité. Si les diplômés de ces instituts échappent au chômage, ils boudent les villages.

«J’ai fait le concours d’entrée à l’IFM, mais malheureusement ça n’a pas marché pour moi. C’est sûrement dû au fait qu’il y avait beaucoup de candidats», déclare à IPS, Fatim Sangaré, étudiante en 2ème année d’anglais à l’Université de Bamako, la capitale malienne.

Cette jeune dame de 21 ans, debout dans la cour de la division de l’enseignement normal du ministère de l’Education nationale, au milieu d’une foule, promène son regard. Elle regarde l’immense tableau d’affichage portant les résultats du concours d’entrée dans ces instituts de formation appelés écoles normales. Ils sont 4.920 admis cette année sur 48.000 candidats.

Le Mali, qui veut atteindre l’Objectif du millénaire pour le développement, relatif à l’éducation universelle d’ici à 2015, accorde beaucoup d’importance à ces écoles normales. «Il existe actuellement 14 Instituts de formation des maîtres et un Institut de formation des éducateurs préscolaires», indique à IPS, Bakary Samaké, chef de la division de l’enseignement normal. «En plus de cela, deux autres IFM s’ouvrent cette année (2010-2011) à Nioro (nord-ouest du pays) et à Ségou (au centre)», ajoute-t-il.

Pendant plusieurs décennies, le nombre des écoles de formation des maîtres ne dépassait pas trois au Mali, malgré l’augmentation des classes et des effectifs des élèves.

«Les écoles gérées par les collectivités territoriales (mairies et Assemblées régionales) se sont multipliées depuis l’avènement de la décentralisation en 1999, alors qu’il y avait peu d’enseignants formés. Il fallait donc créer des écoles pour assurer la formation des enfants», explique à IPS, Moussa Dembelé, conseiller municipal à Bamako.

Aujourd’hui, entrer dans un IFM est un désir que partagent beaucoup d’étudiants de l’Université de Bamako. «A mon avis, si les IFM attirent tant d’étudiants, c’est parce qu’il n’y a pas de travail. Ceux qui sortent de l’université ne trouvent pas de travail facilement», déclare à IPS, Mohamed Diarra, étudiant à la Faculté des lettres, langues, arts et sciences humaines de l’université.

La rigueur dans les études attire également les étudiants dans ces écoles professionnelles. «Les nombreuses grèves, que connaissent les autres établissements d’enseignement, n’existent pas dans les IFM où il y a un suivi rigoureux des élèves. Chaque matin, il y a des appels en classe, et trois absences non justifiées peuvent conduire un étudiant à perdre sa bourse», souligne Diarra.

Mieux, des avantages qu’on ne trouve pas à l’université, sont accordés aux étudiants admis dans les instituts. «Les élèves enseignants bénéficient tous d’une bourse d’étude, c’est pourquoi la majeure partie des étudiants de l’université, qui vivent dans des conditions difficiles, sans bourse, veulent y aller juste pour la bourse», affirme Sangaré.

En outre, lors des concours de recrutement d’enseignants pour les écoles des collectivités, les diplômes des écoles professionnelles sont prioritaires. «Je voudrais être recruté au compte de la collectivité de Bamako pour enseigner dans une école fondamentale (primaire). Mais, je n’ai pas d’espoir puisque l’Etat demande seulement des diplômés sortis des IFM, et moi, j’ai une maîtrise en sociologie», indique à IPS, Mamadou Fofana, un jeune diplômé sans emploi.

Pourtant, le nombre des diplômés sortis des IFM n’arrive pas à satisfaire les besoins du pays. «Pour la rentrée qui vient de commencer (2010-2011), nous allons recruter 4.354 enseignants dans la fonction publique des collectivités territoriales. Les jeunes qui ne sont pas sortis des écoles de formation des maîtres, et qui enseignent depuis des années comme contractuels dans les villages, seront aussi recrutés dans la fonction publique des collectivités», a déclaré aux journalistes, Salikou Sanogo, ministre de l’Education nationale.

Toutefois, une partie du problème d’enseignants au Mali est due à la mauvaise répartition des diplômés sur le territoire, beaucoup préférant rester à Bamako.

Sékou Coulibaly, étudiant à l’Ecole normale supérieure et membre de l’Association des élèves et étudiants du Mali, se souvient: «Dans le village de Kangaba où j’ai fait l’IFM (2008), le maire voulait recruter cinq enseignants. Malheureusement, tous ceux qui venaient de finir ont refusé cette offre d’emploi parce qu’ils ne voulaient pas enseigner en milieu rural. Le maire a été obligé de recruter des gens qui n’avaient pas été formés pour être enseignants».

Le refus des jeunes enseignants d’aller travailler en milieu rural affecte particulièrement les régions difficiles d’accès comme les zones arides et désertiques dans le nord du pays. «Une étude faite par le gouvernement (en 2007) sur ce problème a fait des propositions de solution comme l’octroi de primes de zone et la construction de logements pour les enseignants qui acceptent d’aller dans ces zones difficiles», souligne Samaké. Mais l’étude n’a pas été validée.

Toutefois, affirme Hassimi Adama Touré, directeur des examens et concours, le recrutement de novembre prochain résoudra le problème. «Ceux qui seront recrutés vont être repartis à travers le territoire national par le ministère de l’Administration territoriale auquel les collectivités communiquent désormais le nombre d’enseignants dont elles ont besoin. Les diplômés ne vont plus négocier eux-mêmes leurs contrats». (FIN/2010)

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