Comme l’a bien dit Paulo Freire, dans son livre intitulé ‘Pédagogie de l’autonomie’, les pauvres et les exploités peuvent et doivent analyser leur réalité et leurs problèmes, fixer leurs propres objectifs, et faire le
suivi de leurs réalisations.

Ainsi, nous, membres fondateurs de l’organisation non gouvernementale IMARA-Women Empowerment Foundation (IWEF), nous avons décidé, avant toute planification, de consulter la population cible, les femmes vulnérables vivant avec le VIH, victimes de violences sexuelles, pauvres et handicapées à Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo – ma ville natale.

Cette étude nous a permis d’évaluer les besoins communautaires et d’améliorer la compréhension des interactions entre la pauvreté, le VIH, le développement et l’autonomie des femmes.

Cette étude a surtout amené la communauté à prendre conscience de sa propre capacité à résoudre ses problèmes quotidiens et à prendre plus de contrôle sur leur vie afin de s’assurer une vie meilleure.

Les femmes qui ont participé à la consultation d’IWEF ont identifié les problèmes suivants:

·         Difficultéd’accès aux soins de santé, due soit à la pauvreté ou à la situation d’insécurité, ce qui amène à l’automédication et au recours effréné à la médecine traditionnelle. Ou les frais médicaux exigent que les malades empruntent de l’argent ou vendent des actifs, les poussant davantage dans la misère.

·         Pénurie alimentaire: avoir un seul repas par jour et souvent incomplet a été souligné par toutes les participantes comme un défi quotidien majeur.  Celles vivant avec le VIH viennent en mon esprit parce que le manque d’une alimentation adéquate constitue un obstacle à une bonne adhérence au traitement.

·         La dépendance économique
des femmes du revenu de leur mari, qui est à la base des violences conjugales. Le manque de revenu pousse les filles et les femmes dans la prostitution afin de survivre, ce qui crée la vulnérabilité au VIH.

·         Rejet par la famille
 pour beaucoup de femmes victimes de violences sexuelles ou séropositives, qui se retrouvent ainsi dans la rue, où elles continuent d’être victime de violences sexuelles et physiques. Voilà un cercle vicieux de violences qui conduisent au risque de transmission du VIH parce que les agresseurs n’utilisent pas de préservatifs.

·         Stigmatisation, silence et déshonneur pour les femmes victimes de violences sexuelles et vivant avec le VIH, ce qui les amène à vivre dans le silence. Franchement, ayant vécu moi-même le déni et le silence, cela est un obstacle majeur pour l’accès aux soins médicaux, à la justice, et constitue également un risque de maladies psychologiques liées au stress et au traumatisme.

Malgré tous ces défis, la plupart des femmes qui ont participé à la consultation d’IWEF ne se considèrent plus comme victimes, mais plutôt comme survivantes.

Pour moi, ces femmes ne sont plus que des victimes, elles sont des vainqueurs: au lieu de s’embourber dans le pessimisme, elles regardent vers l’avenir de manière positive et constructive.

Elles sont déterminées à protéger leurs enfants, à trouver de la nourriture, de l’eau potable ou un abri, à se protéger contre la violence, en particulier les violences sexuelles et les violences basées sur le genre.

Viviane Furaha. Courtesy of the author.

Viviane Furaha. 

Viviane Kalumire Furaha est une femme séropositive, fière, mère d’une fille, pharmacienne, chercheure, défenseuse des droits de la femme et de la santé pour tous  en  République Démocratique du Congo.