C’était un vendredi matin ensoleillé en février 2014. Une jeune femme était assise à  l’extérieur de l’Hôpital général de référence de Bukavu,  la tête tournée vers le ciel, l’air triste et confuse. Elle attire mon attention du fait que deux heures après mon entrée a l’hôpital – je faisais une recherche sur l’accès aux anti-rétroviraux en République démocratique du Congo (RDC) – je l’ai retrouvée à la sortie au même endroit, dans la même posture presque.

La législation congolaise fixe l’âge minimum de mariage à 15 ans pour les filles et à 18 ans pour les garçons. Mais l’autorisation du mariage à 15 ans est en contradiction avec les normes internationales sur les droits des enfants.

La législation congolaise fixe l’âge minimum de mariage à 15 ans pour les filles et à 18 ans pour les garçons. Mais l’autorisation du mariage à 15 ans est en contradiction avec les normes internationales sur les droits des enfants.

Je me suis approchée d’elle. Elle m’a regardée avec de gros jolis yeux. Avant même qu’elle ne dise un mot, sa souffrance était tellement visible que cela m’avais beaucoup touchée. Je me suis assise et j’ai débuté  la conversation.

Elle était venue à l’hôpital pour sa visite prénatale. Lors de la première visite prénatale, elle a été déclarée séropositive. Cette grossesse,  au lieu d’être un moment de bonheur,  a amené  dans sa vie plein d’amertume.

En 2013, alors âgée de 15 ans, ses parents l’ont forcée,  pour des raisons familiales financières,  à épouser un homme vieux de 20 ans qu’elle.  Maintenant, son mari l’accuse d’avoir amené le VIH dans leur foyer et l’a rejetée. Pire, sa propre famille ne veut plus d’elle.

“J’étais vierge jusqu’à mon mariage,  je n’avais pas une connaissance réelle de la sexualité”, a-t-elle déclaré. “Comme parler de rapport sexuels avec les parents est tabou, le seul moment où j’ai participé à une discussion sur les relations sexuelles était lors de la leçon de l’éducation à la vie à l’école, et ce cours était focalisé plus sur les organes génitaux”.

Tout en essuyant ses larmes, elle poursuit : “Mon mari, qui m’a initiée  à la vie sexuelle, m’a traité de prostituée infectée et m’a jetée à la rue”.

Elle est pratiquement sans abri et n’a appris aucun métier. Avant d’être mariée, elle était élève en classe de 3ème et n’as pas pu finir ses études. Elle rêvait de faire les études de droit à l’université mais son rêve tourne à un cauchemar.

Barrières au droit à la santé

La situation de cette jeune femme  reflète l’une des barrières au droit à la santé sexuelle et reproductive des adolescents dans l’est de la RDC: le mariage précoce.

La tradition et la culture, ainsi que la religion, constituent des barrières. Les organisations catholiques, par exemple, ne peuvent pas faire la promotion du condom parce que cela n’est apprécié par le Vatican.

La législation congolaise fixe l’âge minimum de mariage à 15 ans pour les filles et à 18 ans pour les garçons (Code de la famille, article 289). Mais l’autorisation du mariage à 15 ans est en contradiction avec les normes internationales sur les droits des enfants.

Les lois congolaises ignorent le harcèlement sexuel auquel les filles et les femmes sont confrontées et la récupération scolaire des filles-mères qui perdent leur éducation pendant que le garçon-père poursuit tranquillement ses études.

Selon Kate Gilmore,  directeur exécutif adjoint du Fonds des Nations Unies pour la population “Nous n’avons pas réussi à protéger nos filles contre le mariage précoce, les violences basées sur le genre et les grossesses précoces. Les gouvernements doivent se rendre compte que si nous ne changeons pas la trajectoire des adolescentes sur leur chemin à l’âge adulte il n’y aura pas un développement plus durable, inclusif et résilient”.

 

Viviane Furaha. Courtesy of the author.

Viviane Kalumire Furaha est une femme séropositive, fière, mère d’une fille, pharmacienne, chercheure, défenseuse des droits de la femme et de la santé pour tous  en  République Démocratique du Congo.

 

 

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