Débutons une conversation sur les condition de vie des millions de femmes vivant avec le VIH et qui sont aussi les survivantes des violences sexuelles en République démocratique du Congo (RDC).

La violence sexuelle à l’égard des femmes et filles dans la RDC est largement rapportée dans la presse, les rapports gouvernementaux, onusiens, et  académiques. 

Viviane Furaha. Courtesy of the author.

Viviane Furaha. Courtesy of the author.

Cependant, beaucoup de ces publications focalisent sur le nombre de cas et la description des faits. Ainsi, les victimes de violence sont réduites à une statistique, aux rapports des institutions, à un article à la une.

Mais que deviennent ces femmes après avoir vécu ses violences?  Comment gèrent-elles les problèmes de santé psychologique et les difficultés sociales et économiques qui résultent de ces atrocités?

Je vis dans une société où  violer sexuellement  les femmes est devenu une norme, où ces atrocités sont devenues quotidiennes.

Dans la RDC de l’est, 48 femmes sont violées chaque heure, conclut l’American Journal of Public Health  en 2011. De plus, la violence sexuelle a contribué à la propagation du VIH dans les zones de conflit. Au viol, il faut ajouter le risque de tomber enceinte ou être infectée avec le VIH.

En outre, les femmes survivantes des violences sexuelles sont exposées au blâme, à l’humiliation, et le rejet par leur propre famille. Le silence et la honte deviennent leur portion quotidienne.

Beaucoup de femmes ne signalent jamais les viols, soit en raison de la peur de la stigmatisation ou par manque de confiance dans le système judiciaire.

En gardant le silence sur le viol,  beaucoup de femmes ne vont pas recevoir les soins médicaux appropriés, ou vont à l’hôpital quand elles sont déjà très malades.

Les violences sexuelles engendrent un traumatisme. Les victimes se sentent rabaissées et le monde leur apparaît hostile et invivable. Elles font  face à de nombreux problèmes d’ordre physique, psychologique, social et économique.

Instrumentalisation du corps des femmes

Différentes structures se sont impliquées à assister les victimes de violences sexuelles en RDC. Toutefois, les interventions  menées demeurent insuffisantes, mal coordonnées, pas transparentes, et inégalement reparties entre les zones rurales et urbaines.

Les milieux ruraux – où sont perpétrés le plus grand nombre de viols – sont peu ou pas du tout couverts par la prise en charge.

Fondamentalement,  les voix des  femmes vivant avec le VIH et/ou victimes des violences sexuelles doivent être écoutées dès le début de la planification des interventions jusqu’à la mise en action.

Ainsi, les femmes vont cesser d’être instrumentalisées, à travers leur corps, pour des fins politiques et économiques. D’abord, leur corps est utilisé comme arme de guerre. Ensuite, leur vulnérabilité, face à  la façon malhonnête dont les fonds des bailleurs destinés à leur aide, sont utilisés.

Ces femmes en RDC survivent difficilement aux conséquences d’être nées  femmes,  d’avoir été violées, et de vivre avec le VIH dans un pays où les normes patriarcales prédominent,  l’impunité est monnaie courante, et la justice est banalisée.

*Viviane Kalumire Furaha est une femme séropositive, fière, mère d’une fille, pharmacienne, chercheure, défenseuse des droits de la femme et de la santé pour tous  en  République Démocratique du Congo.

 

 
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