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Afrique Centrale: Domestication du Gnetum

    By Arsène Séverin

    BRAZZAVILLE, 14 juin (IPS) – "Après la cuisson de ma sauce de pâte d’arachide, je vais plonger le koko (gnetum) pendant que la marmite n’est plus au feu. Cela dure une quinzaine de minutes avant d’être servi à table", explique Antoinette Djaba, une mère de famille à Brazzaville, la capitale congolaise.

    Sa recette s’appelle "Trois pièces": du poisson salé à la pâte d’arachide garnie au légume du gnetum – ou koko son nom local au Congo et dans d’autres pays d’Afrique centrale – qui est une plante herbacée ayant plusieurs vertus.

    C’est un plat très apprécié des Brazzavillois et d’autres populations d’Afrique centrale. Ainsi les plantes de koko sont ravagées dans les forêts congolaises. A Abala, un district au nord de Brazzaville, les communautés ne vivent que de ce légume sauvage riche en protéines et en sels minéraux.

    "Par jour, un véhicule pick-up plein de paquets de koko quitte Abala pour Brazzaville", déclare Jeanne Apounou, une commerçante, qui vend un paquet de 75 grammes de gnetum à environ 10 cents US. Mais à Brazzaville, ce paquet revient à 40 cents; ce qui pousse beaucoup de commerçants et de paysans à cultiver cette plante.

    Selon l’Université de Brazzaville, entre 850 et 1.000 tonnes de Koko sont cueillies chaque année dans les forêts congolaises et consommées dans le pays.

    Au Gabon, en plus de la consommation, les populations vantent les vertus médicinales du gnetum. "Quand un nourrisson est constipé, on utilise les feuilles de gnetum (kumu au Gabon) pour le soigner; de même pour cicatriser une plaie", affirme Jean-Aimé Mourima, un écologiste au Gabon.

    Avec la ruée vers le koko, la plante devient rare dans les forêts. Igor Oyami, un sexagénaire du village Itoumba, à Abala, explique à TerraViva: "Il y a des périodes où le koko se fait rare, parce que trop de cueillettes. Sa disparition est proche".

    Au Cameroun, 600 tonnes de gnetum consommées dans ce pays sont récoltées par an dans la localité d’Idenau. Ce qui représente une valeur annuelle de quelque 500.000 dollars, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

    Les autorités camerounaises attribuent aux coopératives des quotas annuels de commercialisation du gnetum (okok au Cameroun). Selon la douane camerounaise, ce pays a exporté 150 tonnes de gnetum par mois vers le Nigeria voisin en 2011.

    La domestication du gnetum est entreprise dans les pays de la sous-région grâce à la FAO. Des techniques de pépinières ont été réalisées à partir des graines et de boutures des lianes de gnetum.

    Au Cameroun, des femmes, regroupées en coopératives, vivent aujourd’hui de la vente du gnetum qu’elles ont domestiqué. Appuyée par le 'Center for International Forestery Research (CIFOR) basé en Indonésie, une coopérative de femmes à Eseka (centre du Cameroun), cultive 10 hectares. Leur revenu individuel avoisine 900 dollars par mois, selon le CIFOR.

    Au Congo, les expériences de domestication du koko sont menées sur deux sites: Madingou Kayes et Abala. Les paysans d’Etsende, d’Ikouele et d’Ekouassende, à Abala, cultivent les graines mûres et séchées du gnetum dans leurs anciens champs de manioc.

    "C’est un succès au niveau des deux sites. Les paysans peuvent récolter jusqu’à trois fois par mois le koko dans leur champ", affirme Dieudonné Koguiyagda, représentant de la FAO à Brazzaville.

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