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AFRIQUE DE L’OUEST: La réponse des scientifiques au changement climatique

    By Vadim Quirin

    COTONOU, 25 oct (IPS) – L’Afrique de l’ouest n’est pas à l’abri des effets du changement climatique: cyclones, inondations, sécheresses sévères et fréquentes, augmentation des gaz à effet de serre… Elle est même citée comme la région ayant enregistré le plus grand déficit pluviométrique au monde, ces dernières décennies.

    Dès lors, la problématique des interactions entre environnement, climat et sociétés se pose aux scientifiques et autres chercheurs de cette partie du monde. Pour relever le défi, ils ont décidé de fédérer les intelligences afin d’évaluer les impacts du changement climatique et les possibilités d’adaptation des populations au phénomène. Ils viennent d’organiser un atelier du 18 au 21 octobre à Cotonou, la capitale économique du Bénin.

    Le changement climatique est la modification des tendances généralement observées en termes de climat. Elle est faite sur une période de 30 ans où l’on peut constater soit une baisse, soit une augmentation en moyenne de la température.

    Au niveau mondial, selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié en 2007, «la majeure partie du réchauffement global observé depuis 50 ans est très probablement due à l’augmentation des gaz à effet de serre».

    Plus spécifiquement en Afrique de l’ouest, une étude du même GIEC, sur différentes simulations climatiques, évoque une zone très asséchée, puis assez humide.

    Ce contraste climatologique a été aussi relevé, mais cette fois-ci, en termes d’impact sur la population, par le réseau des scientifiques et chercheurs ouest-africains.

    Ainsi, si rien n’est fait d’ici à 2050, les impacts directs sur la population s’aggraveront. «Les statistiques sur le nombre d’enfants malnutris augmenteront de 20 pour cent et les besoins supplémentaires en aliments atteindront le seuil de 60 à 70 pour cent», explique à IPS, Dr Robert Zougmoré, coordonnateur régional de la zone ouest-africaine du programme «Changement climatique, agriculture et sécurité alimentaire».

    Son collègue Souleymane Konaté, coordonnateur adjoint du programme «Aires protégées, Afrique centrale et occidentale», partage les mêmes observations.

    Evoquant l’étude qu’il a réalisée sur l’impact du changement climatique sur la biodiversité, Konaté tire la sonnette d’alarme, soulignant que face à la famine et à la résurgence de certaines maladies, «l’homme est en train d’exercer une forte pression sur la biodiversité». Conséquence: plusieurs espèces sont en disparition et des forêts décimées, dit-il à IPS.

    Au niveau agricole, le constat n’est pas non plus reluisant, estime Zougmoré qui, dans la projection de 2050, affirme que «près de 50 espèces de cultures verront leur environnement de production changé avec, pour corollaire, des cultures qui ne pourront plus être cultivées».

    Par exemple, si le Bénin, explique-t-il à IPS, vient à ne plus cultiver le manioc, un aliment de base de sa population, «ce sera une catastrophe en matière de sécurité alimentaire, non seulement pour les producteurs, la population en générale, mais aussi pour les décideurs politiques».

    La note d’espoir se trouve dans la compréhension de ces interactions entre l’homme et le climat. C’est la vision du ministère français des Affaires étrangères et européennes, qui à initié, de 2007 à 2010, un programme de Recherches interdisciplinaires et participatives sur les interactions entre les écosystèmes, le climat et les sociétés en Afrique de l’ouest (RIPIECSA).

    Le programme RIPIECSA est financé à hauteur de 3,5 millions d’euros pour appuyer 23 projets dans 12 pays africains: Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d’Ivoire, Ghana, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal et Togo.

    Ce soutien a permis aux chercheurs de travailler sur la capacité d’adaptation des populations ouest-africaines aux effets néfastes du changement climatique.

    Au Bénin, Euloge Agbossou, directeur du Laboratoire d’hydraulique et de maîtrise de l’eau, a déclaré que «face aux évolutions climatiques, les producteurs ont trouvé les réponses suivantes: nouvelles pratiques culturales et nouvelles cultures (promotion de la culture du riz); extension de la surface cultivée et mise en place de nouvelles activités».

    Au Sénégal comme au Burkina Faso, souligne Ibrahima Diedhiou, professeur à l’Université de Thiès au Sénégal, c’est la culture intensive du 'Jatropha curca L.' qui est promue «pour accroître et stabiliser les revenus des paysans».

    Au Mali, Cheick Hamala Diakité, coordonnateur du projet Système de prévision de l’inondation du Delta central du fleuve Niger au Mali et développement régional, «forme les paysans installés dans les rayons de 30.000 km2 du fleuve à Mopti, à mesurer et à connaître le niveau de l’eau afin de planifier leurs activités de pêche, d’élevage et d’agriculture», indique Mamy Soumaré, géographe chargé de l’interaction entre la dynamique des ressources et les usagers.Ces expériences partagées par les scientifiques et chercheurs en au cours de leur atelier de Cotonou, ne sont pas encore connues des décideurs. Ce qui soulève la problématique de l’utilisation, par les politiques, des différents résultats des recherches scientifiques.

    Roland Moreau, un expert français présent à la rencontre, estime que «les scientifiques doivent traduire les problèmes en questionnement afin de mettre leurs connaissances à la disposition des politiques».

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