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AFRIQUE DE L’OUEST: Le bilan des inondations s’alourdit au Niger

    By Ousseini Issa

    NIAMEY, 12 sep (IPS) – Plusieurs pays d’Afrique de l’ouest sont victimes de graves inondations entre août et septembre, notamment le Niger, le Bénin et le Mali qui partagent le même cours d’eau (le fleuve Niger), mais aussi le Sénégal et la Mauritanie, provoquant des dizaines de morts et d’importants dégâts.

    Le bilan des inondations continue de s’alourdir en particulier au Niger, se chiffrant, le 12 septembre, à 527.471 personnes affectées, 75 morts, contre 68 le 3 septembre. Plus de 37.000 maisons sont effondrées et plusieurs milliers d’hectares de cultures sont détruits dans 150 des 366 communes de ce pays sahélien.«C’est la toute dernière situation dressée par le Comité interministériel de prévention et de suivi des inondations mis en place par le gouvernement, pour coordonner les actions d’assistance aux victimes du sinistre», a déclaré à IPS, Oumarou Keïta, conseiller principal en communication du Premier ministre nigérien, membre dudit comité, le mercredi, 12 septembre.

    De fortes précipitations enregistrées en août ont provoqué des inondations dans plusieurs régions du Niger, et principalement à Dosso (sud-ouest du pays), à Tillabéri (ouest) et à Niamey, la capitale, où une montée exceptionnelle des eaux du fleuve a aggravé la situation, a constaté IPS.

    Selon Koné Soungalo, expert en modélisation à l’Autorité du bassin du Niger (ABN) basée à Niamey, ces inondations aggravées dans certaines régions par la crue locale exceptionnelle du fleuve Niger sont dues à l’abondance des pluies enregistrées cette année dans la zone des bassins du cours d’eau.«Depuis l’installation de la station hydrométrique de Niamey, cette crue n’a jamais été observée; la montée des eaux a atteint la cote de 618 centimètres le 21 août 2012, ce qui n’a jamais été observé dans nos bases de données depuis 1929», explique Soungalo à IPS.

    Une cote qui correspond, selon lui, à un débit d’environ 2.480 mètres cubes par seconde. La dernière crue exceptionnelle de 2010 du fleuve a affiché un débit de 2.200 mètres cubes/seconde contre 2.113 en 1998, d’après les données de l’ABN.

    A l’origine de ce phénomène, l’expert indexe l’ensablement accéléré du lit du fleuve Niger, dû la dégradation de ses bassins versants par les actions anthropiques, le changement climatique, mais aussi le relief assez plat de la ville de Niamey à certains endroits, qui favorise ces inondations.«Cet ensablement réduit le passage de l’eau et favorise donc la montée du niveau de l’eau au-delà des rivages immédiats, à l’image de ce qui s’est produit il y a quelques jours», indique-t-il.

    Ces inondations provoquées par les pluies diluviennes et la crue exceptionnelle des eaux des fleuves de la sous-région, ont tué sept personnes dans le nord du Bénin (à Karimama et Malanville) et 13 au Sénégal où des experts ont également mis en cause l’insuffisance des ouvrages d’assainissement, notamment à Dakar et sa banlieue.

    «Les débits du Bafing, un affluent du fleuve Sénégal, ont connu une hausse très rapide à la fin de la deuxième décade d’août pour atteindre un pic de 2.563 mètres cubes/seconde à la station de Bafing Makana, puis 2.915 et 2742 mètres cubes/seconde respectivement les 16 et 17 août à la station de Daka Saïdou», indique à IPS, Issoufou Maïgari, hydrologue au Centre régional Agrhymet basé à Niamey. Il ajoute que ces débits n’ont jamais été atteints dans ces deux stations depuis 1961.«Au niveau de la station Bakel sur le Sénégal, le niveau des eaux a poursuivi sa montée pour dépasser la cote d’alerte (10 mètres à l’échelle) le 27 août et atteindre la cote de 10,61 mètres le 28, correspondant à un débit instantané de 4.171 mètres cubes/seconde. A la station de Matam aussi (nord du pays), la cote d’alerte (huit mètres) a été dépassée le 27 août», ajoute Maïgari.

    Devant l’ampleur des dégâts provoqués par les inondations au Niger, les autorités du pays ont dû reloger les sinistrés dans les écoles en attendant d’aménager des sites pour les réinstaller.

    «Depuis l’effondrement de notre maison le 21 août, je vis dans cette école avec mon mari et mes cinq enfants dans une proximité insupportable. Il y a trois familles dans la classe qu’on occupe», témoigne à IPS, Fatouma Alzouma, 47 ans, habitante de Saga, un des quartiers de Niamey – riverains du fleuve – les plus durement touchés par ces inondations.«Nous sommes assistés, mais les rations de vivres comme les autres produits qu’on nous donne sont insuffisants parce que des personnes non affectées s’inscrivent frauduleusement sur les listes», ajoute Alzouma.

    Ces inondations ont aussi détruit des cultures sur des aménagements hydro-agricoles d’une superficie de 3.050 hectares, engendrant des dégâts estimés à un peu plus de trois milliards de francs CFA (environ 5,8 millions de dollars) par le ministre nigérien de l’Agriculture, Oua Seydou.

    Selon Sambo Oumarou de la coopérative maraîchère Niyya à Niamey, 2.651 ménages maraîchers nigériens sont touchés par le sinistre, une situation qui n’est pas sans compliquer la précarité alimentaire qui affecte déjà les populations nigériennes.

    Pour gérer la situation, le Comité interministériel a chiffré les disponibilités en céréales à 1.212 tonnes, évaluant les besoins à quelque 6.000 tonnes.

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