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AFRIQUE: Des femmes se battent pour posséder de terre

    By Miriam Gathigah

    NAIROBI, 28 juil (IPS) – Même dans le meilleur des temps, l’obtention d’un titre de propriété au ministère des Affaires foncières est un processus difficile au Kenya. Mais comme le ministre a admis que la corruption règne dans son département, la désorganisation là-bas signifie que les femmes kényanes sont encore loin de posséder de terre.

    "C’est devenu impossible de récupérer des terres illégalement acquises puisque de puissants individus sont de connivence avec des cadres de mon ministère pour acquérir des titres de propriété illégaux", a déclaré James Orengo, le ministre des Affaires foncières.

    Mais, des experts en droit disent qu’Orengo aurait pu s’attaquer à la corruption depuis longtemps et que cela ne fait que retarder l'accès des femmes à la terre."C’était très progressiste pour le ministre d’admettre (le 13 juillet) que la corruption règne dans le ministère. Mais cela a un impact négatif sur le combat pour obtenir que plus de femmes possèdent de terre. La lutte contre la corruption sera prioritaire alors que la propriété foncière pour les femmes paraîtra comme un faux problème", a indiqué Grâce Gakii, une experte en genre à Nairobi, la capitale kényane."Le ministère devrait déjà avancer en s'attaquant à d'autres questions clé, telles que les femmes et la propriété foncière. Déjà, la constitution stipule que les femmes aussi peuvent posséder de terre et même en hériter, mais à moins que le ministère apporte tout son soutien à cette clause, le nombre de femmes détenant de titres de propriété ne s'améliorera pas", a souligné une source de l'alliance non gouvernementale G10, une coalition de 10 organisations féminines qui œuvrent pour des politiques sensibles au genre, notamment à travers la décentralisation foncière.La situation est pire pour les femmes pauvres qui n'ont pas la puissance économique pour lutter pour la propriété foncière dans un contexte de lois coutumières sexistes qui continuent de les marginaliser. Par conséquent, les femmes détiennent toujours un pourcentage négligeable de titres de propriété. Au Kenya, seulement trois pour cent des femmes ont des titres de propriété, et en Tanzanie, un pour cent seulement possèdent de terre."L'économie de la plupart des pays africains dépend des femmes qui sont privées du droit de posséder de terre. Elles travaillent dur tous les jours sur des terres sur lesquelles elles ont un contrôle négligeable. Elles renforcent les régions céréalières de nombreux pays qui sont tributaires de l'agriculture, mais leur labeur est méconnu et mal rémunéré", déclare Mwanahamisi Salimu, d'Oxfam-Tanzanie.Selon Elizabeth Nzioki, qui a mené une étude sur les femmes et la terre au Kenya, "un développement majeur dans la réforme foncière au Kenya était la délivrance de titres de propriété au nom du 'chef de famille'. Le problème avec la loi est que les terres portant un titre sont en train d’être transférées presque exclusivement aux hommes".La situation devient très compliquée lorsqu’un couple marié se sépare, parce qu’au Kenya, la Loi sur le mariage et la propriété ne dit pas comment la terre doit être divisée dans ces circonstances. En cas de séparation ou de divorce, parce que les titres de propriété sont au nom de l'homme, les biens lui sont généralement attribués."En Tanzanie, la situation n'est pas du tout différente, seulement environ un pour cent des femmes ont des titres de propriété. Cela signifie que le reste de la population féminine, qui constitue la majeure partie de la main-d’œuvre dans l'agriculture, s’échine, mais n'a rien à dire sur les bénéfices issus de la ferme", souligne Salimu.Elle affirme en outre que la situation est pire parmi les tribus conservatrices telles que les Chagga, qui habitent dans la région du Kilimandjaro, en Tanzanie. Chez les Chagga, la terre est seulement attribuée exclusivement aux hommes et cela présente de graves implications culturelles."Un morceau de terre est aussi un lieu de sépulture. Si une femme meurt célibataire, elle est enterrée dans le cimetière public, ce qui signifie fondamentalement qu’elle sera 'oubliée'. (Il est) possible que la plupart des femmes chagga fassent tout pour éviter (cela), notamment le fait de se marier pour la forme et de supporter des niveaux inimaginables de maltraitance de la part de leurs maris", affirme Salimu.

    Pour les Chagga, être 'oublié' lorsque l’on meurt s’apparente à être enterré comme un animal, et les gens qui sont enterrés dans les cimetières publics sont perçus comme des bannis.Mais, même dans les pays où le nombre de femmes qui possèdent des titres de propriété est élevé, comme le Zimbabwe, la situation n'est pas idéale."Au Zimbabwe où 20 pour cent des femmes possèdent de terre, elles en profitent rarement. L’on a besoin de capital pour gagner de l'argent à partir de la terre", explique Elisabeth Mpofu, la présidente du Forum du des petits agriculteurs biologiques (SOFF) du Zimbabwe.Partout en Afrique, il existe des lois statutaires très progressistes qui permettent aux gens, y compris les femmes, de posséder et de profiter de terre. Cependant, des pratiques et lois traditionnelles les foulent aux pieds."Les lois traditionnelles dominent, notamment dans des pays comme le Malawi et la Tanzanie, où la plus grande partie des terres, 80 pour cent au Malawi, sont en copropriété", explique Maggie Banda, une avocate au 'Women's Legal Resources Centre' (Centre des ressources juridiques des femmes) au Malawi.Au Kenya, il est traditionnellement interdit aux femmes sans enfants garçons de posséder de terre, comme cela a été le cas avec Miriam Njoki."Une femme possède de terre à travers ses enfants garçons. Ayant mis au monde six filles et aucun garçon apparaissait comme une abomination parmi mes beaux-parents et je faisais l'objet d'insultes et de moqueries. Mon mari m'a quittée pour une autre femme et mes filles n'ont rien obtenu de sa [terre] de plus d'un hectare", indique Njoki.

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