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AFRIQUE DU SUD: Le changement climatique affecte la subsistance des femmes pêcheuses

    By Lee Middleton

    OCEAN VIEW, Afrique du Sud, 22 déc (IPS) – Ayant observé des changements dans la mer et des cycles de vie des homards dont dépendent leurs subsistances, un groupe de femmes pêcheuses de la province du Cap occidental en Afrique du Sud demandent au gouvernement d'ajuster les saisons de pêche pour les adapter à ce qu'elles prétendent être des altérations liées au changement climatique.

    A environ 40 kilomètres au sud du Cap, la communauté de pêche de Ocean View est principalement composée des familles de «couleur» expulsées de force des villages pittoresques de la péninsule du Cap, situés au bord de la mer, sous le régime d'apartheid dans les années 1960. La plupart ont continué à survivre grâce à la pêche, et jusqu'à un passé récent, presque tous les pêcheurs ici étaient des hommes.Sahra Luyt est une exception. Avec son mari, elle avait commencé par pratiquer, Il y a à peu près 20 ans, la pêche du homard de la Côte ouest (localement appelé "écrevisses") pour une entreprise. Finalement, Luyt a choisi son propre chemin."Je sentais que les femmes se laissaient dicter ce qu’il fallait faire dans la pêche, alors j'ai créé l'association et les femmes m’ont rejointe", a déclaré Luyt rappelant sa décision de 1999 de fonder l'Association sud-africaine des femmes pêcheuses (SAFWA).La SAFWA compte aujourd'hui environ 70 membres, la plupart originaires des townships les plus pauvres de la péninsule, et beaucoup d'entre elles affirment avoir rencontré des difficultés avec des hommes qui ont du ressentiment face à la présence des femmes sur la mer.

    "C’était très difficile avant, mais maintenant, ce n'est pas si mal – nous avons fait nos preuves", a indiqué Luyt.Avec leur propre et unique bateau doté d’un moteur hors-bord et des filets à anneaux, les femmes participent à la pêche du homard près des côtes commerciales, apportant environ 600 à 800 kilogrammes de homard à chaque saison, normalement de novembre à juin. Un homard vivant peut rapporter entre 14 à 20 dollars/kg. Bien que la dynamique de l’égalité des sexes se soit améliorée, les femmes sont confrontées maintenant à d'autres problèmes."Nous ne trouvons plus assez de poissons aux endroits où nous avons en trouvions suffisamment autrefois. Aussi ces jours-ci, quand vous allez en mer en une journée normale et agréable, le temps change subitement et vous êtes obligés de retourner vite à la maison", a affirmé Luyt à propos des changements qu'elle a observés.Les femmes pêcheuses ont mentionné également le changement au niveau des températures de l'eau, des marées plus sévères, et des changements dans le cycle de vie des homards."Au cours des dernières années, la qualité des écrevisses a changé à partir de novembre où elle était souvent bonne. Maintenant, nous constatons qu'elles sont toujours en train de muer, ou d’adoucir leurs coquilles pour leur croissance, et elles sont aussi en baie. Ce qui signifie que la femelle porte toujours des œufs", a expliqué Luyt. "Je dirais que ces choses sont liées aux changements climatiques".La SAFWA a appelé la Gestion des ressources marines d'Afrique du Sud (MRM) à ajuster la saison des pêches pour les faire correspondre aux changements qu'elle dit avoir observés, et de les allonger si possible en raison des conditions imprévisibles qui selon elle, sont des conséquences du changement climatique.Mais des scientifiques spécialisés dans la pêche répondent que les saisons et les politiques se basent sur des données scientifiques fondées, et jusqu'ici, les liens entre les stocks halieutiques et le changement climatique ne sont pas suffisamment clairs. La SAFWA peut faire appel de la décision, mais ne l’a pas encore fait.

    "Il y a clairement eu des changements écologiques qui ont conduit aux différences que nous observons, et elles peuvent être liées au changement climatique, mais nous ne pouvons pas le prouver", a déclaré le directeur général du MRM, Dr Johann Augustyn.Bien que des rapports comme l’étude internationale de 2009 dirigée par Edward Allison, aient fait d'importants progrès liant les impacts du changement climatique sur la pêche dans le monde – et aient par conséquent fourni des orientations pour la gestion prévisionnelle des changements dans ces lieux – les données manquent cruellement sur l'Afrique.Tabeth Chiuta, directrice régionale du Centre mondial de la pêche, une organisation non gouvernementale pour la recherche, est d’accord que la science n'est tout simplement pas encore à ce niveau."En Afrique, nous n'avons pas assez de données scientifiques à apporter pour des changements concrets. La plupart des réactions que nous observons en Afrique sont basées sur ces évaluations mondiales, qui ne se sont pas penchées sur des lieux spécifiques comme celui de ces petites entreprises de femmes pêcheuses. Est-ce cela le changement qu’elles pensent être lié au changement climatique? Cela pourrait être dû à la surpêche. Pour l'Afrique, la science n'est pas ce niveau, et cela doit être réalisé", a déclaré Chiuta.Mais les femmes pêcheuses, comme beaucoup d'Africains dont la survie dépend de la pêche, n'ont pas le temps pour que la science rattrape ce retard. Selon Chiuta, 10 millions de familles africaines sont impliquées dans de petites entreprises de pêche et pratiquent la pêche pour survivre, et 15 pour cent de la population active du continent est employée dans les pêcheries.Le chef de la recherche du MRM, Kim Prochazka, a reconnu l'urgence de la situation. "Face à cette grande incertitude, il n'y a aucune intervention spécifique orientée vers les petites entreprises que vous pouvez faire. Mais il nous faudra beaucoup trop longtemps pour arriver à cette compréhension. Nous devons agir maintenant. Donc, vous devez prendre une approche pragmatique qui vous mettra dans une meilleure position pour faire face à tout changement qui peut survenir", a souligné Prochazka.Selon Prochazka, cela signifie adopter une approche proactive pour le renforcement des stocks halieutiques à des niveaux plus résistants, la gestion des pêches sur une large échelle de l'écosystème plutôt que des stocks halieutiques isolés, et pour le développement de la technologie de l'aquaculture afin d'éviter une catastrophe sur la sécurité alimentaire.Chiuta est d’accord que ces interventions sont les meilleures options pour la gestion des pêches face à cette incertitude. Elle a ajouté que le renforcement de base de la connaissance, l’amélioration du suivi, le développement des capacités pour la mise en œuvre de l’adaptation et les stratégies d’atténuation, ainsi que l’exercice des réformes politiques et institutionnelles sont également tous critiques partout sur le continent.

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