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AFRIQUE DU SUD: Les camionneurs perdent malgré l’accord salarial

    By Fatima Asmal-Motala

    DURBAN, Afrique du Sud, 15 oct (IPS) – La signature d'un accord salarial entre les syndicats des transporteurs et les employeurs le 12 octobre a peut-être mis fin à trois semaines de grève des camionneurs, mais des analystes estiment que les effets sont nombreux et continueront d'avoir un impact sur l'économie sud-africaine.

    "Mes estimations indiquent que la grève a coûté à l'économie 15 milliards de rands (environ 1,7 milliard de dollars)", a déclaré Loane Sharp, un économiste du travail. "Cela ne peut pas être compensé à la fin d’une grève parce qu’il se rapporte à des contrats d'approvisionnement annulés".

    Sharp a indiqué à IPS que les secteurs du commerce de détail et de gros de l'économie sud-africaine étaient susceptibles d’avoir ressenti plus gravement les effets, ensemble avec le secteur de la logistique et de la transformation.

    Les négociations salariales entre les syndicats des transporteurs et l’organisation des employeurs, l'Association du transport routier, ont commencé en juin au Conseil national de la négociation pour le transport routier et l’industrie de la logistique et se sont poursuivies jusqu'au début de septembre lorsque le premier a déclaré une impasse officielle, et a annoncé une grève illimitée qui a entraîné des rayons vides dans les supermarchés à travers l'Afrique du Sud.

    Les stations-service dans les petites villes ont aussi manqué de carburant en raison des retards dans les livraisons et il a été signalé que certains guichets automatiques à travers le pays ont été aussi en rupture de liquidité.

    Cette grève a été marquée par des violences qui ont fait plusieurs blessés et un mort parmi les camionneurs, ainsi qu’un certain nombre de camions endommagés ou détruits.

    Mais le 12 octobre, l'Association des employeurs du transport routier a annoncé qu'elle avait conclu un accord salarial de trois ans avec les syndicats des camionneurs. Cet accord a été étalé sur trois ans et entraîne une augmentation salariale de 10 pour cent dans la première année, huit dans la deuxième, et neuf dans la troisième.

    Gavin Brown, un analyste indépendant du travail a dit à IPS que le consommateur moyen aurait également un prix à payer.

    "La grève des transporteurs a évidemment nui à l'économie en ce qu'elle a retardé la croissance économique pour l'année à travers une gamme de secteurs, ce qui signifie moins de création de richesses et moins de recettes fiscales", a-t-il expliqué.

    "Mais, plus important encore, ensemble avec la violence post-Marikana – elle a encouragé une mini-fuite des capitaux du pays pour laquelle nous devrons tous payer à travers l'inflation et des importations plus coûteuses, en particulier l’essence, dans les mois à venir", a déclaré Brown.

    La grève de la mine de platine de Marikana, dans la province sud-africaine du Nord-Ouest, a fait les manchettes à travers le monde après que 34 mineurs ont été abattus par la police lorsque les manifestations sont devenues violentes le 16 août. Le nombre de morts a plus tard grimpé à 46.

    Sharp a ajouté que ces grèves pourraient également avoir un effet négatif sur le taux d'emploi du pays. "Ce que signifient ces grèves, c'est qu’il y aura moins d'emplois – pour chaque demande d'un pour cent de salaire supplémentaire, (le taux) d'emploi diminue de 0,7 pour cent".

    Même les grévistes eux-mêmes seraient touchés, a-t-il souligné.

    "Les grèves sont irrationnelles parce qu’il faut aux travailleurs trois à cinq ans pour compenser les gains qu'ils ont perdus".

    Le président de l'Association des employeurs du transport routier, Penwell Lunga, a déclaré aux journalistes le 12 octobre que les travailleurs avaient perdu des millions de dollars de salaire du fait de la grève. "Les travailleurs ont perdu 271 millions de rands de salaires tandis que les employeurs ont subi une perte de 1,2 milliard de rands par semaine", a-t-il indiqué.

    Sharp a affirmé que les grèves n’étaient pas quelque chose de nouveau dans le contexte sud-africain.

    "Cela se produit tous les ans – chaque année, nous avons une grève et tous les ans, les travailleurs exigent des salaires plus élevés que la productivité du travail ne peut justifier".

    Sharp a déclaré que les salaires devraient être liés à la productivité. "En Afrique du Sud, les salaires sont liés à des chiffres que les syndicats donnent au hasard, ce qui rend notre main-d’œuvre internationalement non compétitive".

    Il a indiqué que les travailleurs devraient conclure des accords avec les employeurs, qui lient leurs salaires à la productivité. "Puis, les employeurs seront heureux de les payer potentiellement plus que ce qu'ils demandent".

    Michael Singh*, un membre supérieur du personnel de 'Time Freight', la principale entreprise nationale de distribution de courriers dans le pays, s’est réjoui de la nouvelle. "La grève nous a vraiment touchés sérieusement. Nous n’avons pas eu de chauffeurs ou d’assistants – je ne suis pas un conducteur, mais j'étais en réalité moi-même sur la route pendant une semaine", a-t-il déclaré à IPS.

    Il a ajouté que les pertes économiques pour la société avaient été importantes. "Je ne connais pas les chiffres exacts, mais nous avons perdu beaucoup d'affaires. Trois de nos bureaux n'avaient pas de personnel; les autres étaient à peine dotés de personnel".*Le nom a été changé.

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