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AFRIQUE DU SUD: Les fuites d’eau et la dette accablent des citadins

    By Brendon Bosworth

    LE CAP, 30 mai (IPS) – Nokuzola Bulana a un problème avec les fuites. L'eau qui coule des tuyaux des toilettes devant son domicile à Khayelitsha, un grand township semi-informel à la périphérie du Cap, en Afrique du Sud, est perdue et fait grimper sa facture d'eau.

    Bulana, une activiste pour l'eau, déclare qu’elle a réparé les fuites en janvier mais que l'eau qu’il y a par terre au pied des toilettes – qui sont à l'intérieur d'une cabine peinte avec des bandes roses, jaunes et violettes – a formé une mare sur le sol devant la cabine. Ce qui montre que les fuites persistent.

    En mars, sa maison de huit personnes a utilisé plus de sept fois la quantité d'eau que la ville du Cap donne aux ménages indigents gratuitement dans un mois. Bulana impute cela aux fuites.

    "Nous ne sommes pas gênés de payer l'eau que nous buvons ou avec laquelle nous faisons la cuisine, mais maintenant l'eau va vers la canalisation", indique Bulana à IPS lors d'une interview dans son domicile. "J'aime l'environnement. Je veux surveiller l'eau".

    Bulana est l'un des nombreux Sud-Africains dont l'eau gaspillée contribue à la perte annuelle, pour le pays, de plus d'un tiers de ses eaux – un manque causé principalement par des fuites, selon un rapport publié en 2012 par la Commission sud-africaine de recherche sur l'eau. Ces pertes coûtent aux municipalités plus de 731 millions de dollars annuellement et conduisent les citoyens pauvres dans une dette qu’ils sont souvent incapables de payer.

    L'Afrique du Sud est également le 30ème pays le plus aride au monde et pourrait connaître des pénuries d'eau dès 2025. Elle peut à peine se permettre de gaspiller cette ressource.

    Des dispositifs économiseurs d’eau dénoncésVers 16 heures un samedi après-midi, il n'y avait pas d'eau provenant du robinet devant la maison de Lusi Daniso, 60 ans, à Khayelitsha. C'est une situation régulière, indique Daniso à IPS.

    Elle affirme qu'elle obtient seulement 20 litres d'eau par jour – insuffisante pour les huit personnes vivant dans sa maison – et est obligée de demander de l'eau à ses voisins.

    La maison de Daniso est l'une des quelque 84.000 domiciles au Cap où la ville a installé des dispositifs de gestion des eaux (WMD, son sigle anglais). Posés dans des boîtes ovales avec des couvercles bleus, ces dispositifs sont réglés pour fournir aux habitants indigents (ceux ayant un revenu ménager mensuel total de 313 dollars ou moins, ou une valeur de propriété de 20.890 dollars ou moins) 10,5 kilolitres d'eau gratuitement par mois. Cette allocation se décompose en une attribution quotidienne de 350 litres.

    Les dispositifs coupent la fourniture d'eau une fois la limite journalière atteinte, et la ramène le lendemain.

    Les WMD jouent un rôle important dans la stratégie de gestion de l'eau de la ville et sont présentés comme un moyen de faire face aux 9,2 millions de dollars que les ménages indigents doivent à la ville. Si des habitants indigents choisissent d'obtenir qu’un dispositif leur soit installé, la ville répare les fuites, installe le dispositif et annule leur dette impayée pour l'eau.

    Mais comme IPS l’a rapporté précédemment, des leaders communautaires et des organisations de la société civile ont dénoncé les WMD.

    Les dispositifs vont dans les ménages avec une infrastructure de plomberie de qualité inférieure, indique à IPS, Taryn Pereira, une chercheuse au Groupe de surveillance de l'environnement, une organisation à but non lucratif, basée au Cap. Les fuites provenant des robinets, citernes et des tuyaux souterrains font que les habitants ne reçoivent pas leurs 350 litres quotidiens, souligne-t-elle.

    Les techniciens réparent les fuites lors de l'installation des dispositifs, mais les réparations ne durent pas souvent et les habitants des communautés pauvres n'ont pas l'argent pour payer les plombiers, explique Pereira.

    La recherche de Pereira indique que les habitants ne sont pas bien consultés au sujet des dispositifs, les coupures dues aux fuites et aux problèmes techniques sont fréquentes, et les gens ont du mal à obtenir de l'aide auprès de la ville lorsque les compteurs tombent en panne.

    "Dans cette ville, cette ville soi-disant de classe mondiale, un grand nombre de nos concitoyens, même une fois qu'ils parviennent à avoir une maison qu'ils attendent depuis longtemps sur une liste de logements, sont en réalité, en termes d'eau, dans une situation pire que lorsqu’ils vivaient dans des cabanes", affirme-t-elle.

    Un compromis fragileA cause des problèmes avec les WMD, Bulana et d’autres habitants de Makhaza, une sous-section de Khayelitsha, ont rencontré les responsables de la ville en 2012 et ont demandé un programme-pilote de six mois dans la sous-section, par lequel la ville réparera les fuites et gèlera la dette des habitants sans installer les dispositifs.

    "Nous pouvons gérer notre eau parce que nous sommes ceux qui l'utilisent", déclare Bulana.

    Au cours de ces derniers mois, la ville évalue les fuites et mène la sensibilisation à Makhaza en vue de la réparation des fuites, indique à IPS, Ernest Sonnenberg, un conseiller et membre du comité municipal de la ville pour les services publics, dans une réponse envoyée par courriel.

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