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AFRIQUE DU SUD: Plus de politiciennes signifie-t-il une meilleure politique?

    By Mbuyisi Mgibisa

    LE CAP, 17 mai (IPS) – Les affiches de campagne de la 'Democratic Alliance' (Alliance démocratique – DA), qui montrent le leader du parti, Helen Zille, la candidate aux municipales au Cap, Patricia de Lille et la porte-parole du parti, Lindiwe Mazibuko, ne signifient pas nécessairement qu’une voix pour le parti est une voix pour les femmes, affirment des analystes.

    Amanda Gouws, une analyste politique de l’Université Stellenbosch, estime qu’une voix pour la DA, le parti d’opposition officiel dans le pays, ne serait pas une voix féministe ou une victoire pour les femmes.

    "La DA n’est pas un parti féministe et la plupart de ses membres féminins dans le gouvernement ne le sont pas non plus. De Lille et Zille n’ont pas une rhétorique féministe – et n’oublions pas qu’elle a nommé 10 hommes dans son gouvernement [provincial]", a-t-elle expliqué. Zille a formé un gouvernement de 10 membres nommés, tous des hommes, en 2009.

    Une affiche présentant trois femmes signifie-t-elle quelque chose pour les femmes en Afrique du Sud? Leurs politiques et programmes profiteront-ils aux femmes? Mais que signifie réellement cela pour les femmes? Ces questions ont été posées récemment par Jennifer Thorpe, éditrice du blog féministe 'Feminists SA'.

    "Le fait même d’avoir une affiche présentant trois femmes est un début positif parce que cela indique clairement que les femmes ont une place sur la scène politique. Cependant, une affiche présentant trois femmes ne signifie rien, sauf si elle est soutenue par des politiques et une action politique qui profitent aux femmes.

    "Ce que cela signifie pour les femmes, c’est qu’il y a une marge de manœuvre, que la politique est une arène où les femmes peuvent réussir et qu’il est temps pour les femmes ordinaires d’Afrique du Sud d’exiger beaucoup du gouvernement", a expliqué Thorpe.

    Le secrétaire général du Parti communiste sud-africain (SACP), Blade Nzimande, a qualifié les trois leaders de la DA de "deux comparses et une madame". Thorpe a dit que ces commentaires étaient regrettables. "Je pense que les commentaires de Nzimande montrent une grande insécurité concernant le leadership féminin. Cette insécurité l’a emmené à peindre les trois leaders de la DA de la manière la moins menaçante possible pour lui-même. C’est tenter clairement de renforcer les craintes raciales de la DA qui a une femme blanche comme leader".

    Thorpe a affirmé qu’elle se demandait si Nzimande se sentirait confiant pour faire les mêmes commentaires si l’affiche montrait trois hommes candidats de groupes raciaux similaires. Thorpe a souligné qu’il n’existe actuellement aucun parti politique qui se soit présenté comme défendant les intérêts spécifiques des femmes.

    "Je ne pense pas que cette absence soit seulement spécifique à la DA, mais j’ai trouvé intéressante leur affiche de campagne avec trois femmes, étant donné le gouvernement d’Helen Zille, composé uniquement d’hommes au cours des élections générales précédentes", a-t-elle déclaré.

    Zille a soulevé la colère des féministes et des organisations militant pour l’égalité des sexes lorsqu’elle a formé un gouvernement composé seulement d’hommes après son élection comme gouverneur du Cap occidental en 2009. Le gouvernement de Zille, composé uniquement d’hommes, était considéré comme une démarche qui a confirmé le statut de minorité chronique des femmes en politique. Cela a par ailleurs confirmé la notion de longue date selon laquelle une meilleure représentation des femmes en politique ne signifie pas nécessairement une meilleure représentation des intérêts des femmes.

    Thorpe souligne que le document de discussion de la Ligue des jeunes du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir, préparé pour son congrès national électif prévu pour juin, reconnaît que, historiquement, les questions des femmes ont été reléguées au second plan au profit de la promotion économique ou de l’égalité raciale.

    Gouws affirme que c’était tragique qu’après 17 années de démocratie, les perceptions des électeurs par rapport aux femmes candidates n’aient pas changé en Afrique du Sud. "Les électeurs ont toujours un penchant pour les hommes quand il s’agit de la politique. Ils préféreront voter pour un homme que pour une femme", a-t-elle indiqué.

    Noluyolo Manyisane, une habitante de Dunoon – une installation informelle pauvre au Cap – estime que Zille et De Lille semblent être en train de réussir en politique, mais que cela lui est égal parce qu’aucune d’elles ne lui paie son salaire à la fin du mois. Manyisane travaille en tant qu’assistante de labo dans un laboratoire de pathologie.

    "Zut! Faites entrer des politiciennes si elles ont des idées nouvelles et créatives qui puissent améliorer les conditions de vie des pauvres. J’avais l’habitude de voter pour l’ANC, mais j’ai perdu l’espoir dans le processus politique", a-t-elle déclaré.

    Justin Sylvester, un analyste politique de l’Institut pour la démocratie en Afrique, a souligné qu’il y a un pourcentage plus élevé de femmes au parlement à cause de la politique progressiste de l’ANC sur l’égalité des sexes. Il a dit qu’il "n’était pas trop sûr" que l’on devrait attribuer la progressivité du rôle des leaders politiques féminins à la DA uniquement.

    Depuis les premières élections démocratiques en 1994, la représentation des femmes au parlement a grimpé, en partie grâce au principe 50/50 du parti au pouvoir, dans les sphères nationale et provinciale du gouvernement. Après les élections de 2009, la représentation des femmes dans le gouvernement est passée de 34 pour cent à 43 pour cent, une hausse de neuf pour cent, et le pays a vu l’accession de cinq femmes aux postes de gouverneur dans les neuf provinces du pays.

    Toutefois, les femmes continuent de lutter pour évoluer dans les milieux politiques puisque bon nombre sont encore profondément enterrées au bas de la hiérarchie politique de la plupart des partis politiques à cause du conservatisme intimidant de la culture politique sud-africaine et de ses institutions politiques.

    Cependant, Thorpe indique que c’était prometteur que les partis qui étaient dirigés par des femmes, comme la DA et le parti 'Independent Democrats' (Démocrates indépendants – ID), aient obtenu un nombre élevé de voix au cours de l’élection précédente. "Mais je ne suis pas sûre que cela puisse se réduire aux candidates, ou ait d’autres explications", a-t-elle affirmé.

    Bien que la participation des femmes à la politique soit un symptôme d’un échec plus grave de la politique progressiste, les féministes telles que Thorpe n’ont pas perdu espoir.

    "Je pense que la réponse à notre ancienne vice-présidente, Phumzile Mlambo-Ngcuka, était tout à fait prometteuse", a-t-elle dit. 'Gender Links', une organisation de défense de l’égalité de genre, avait salué la nomination de Mlambo-Ngcuka comme vice-présidente en 2005, comme une avancée pour l’égalité des sexes et une victoire pour la démocratie.

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