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AFRIQUE DU SUD: Travailler pour honorer l’héritage de Nelson Mandela

    By Qaanitah Hunter et Estelle Ellis

    JOHANNESBURG/PORT ELIZABETH, 9 déc (IPS) – Alors que le monde pleure le décès du premier président d'Afrique du Sud démocratiquement élu, Nelson Mandela, son ami proche et fidèle politique, Tokoyo Sexwale, déclare que beaucoup reste à faire pour honorer l’héritage de ce dernier.

    Mandela, 95 ans, est décédé le 5 décembre à 20h50 entouré de sa famille à son domicile dans la banlieue de Johannesburg.

    "Nous demandons aux gens d'honorer Madiba en respectant son héritage. Nous sommes libres aujourd'hui grâce à Mandela", a indiqué Sexwale à IPS, après le décès de Mandela, en référence à l'héritage de l'homme d’Etat pour sa lutte contre le racisme et le sexisme. Les Sud-Africains se référaient affectueusement à Mandela par son nom de clan, Madiba.

    "La mort est une chose triste. Mais il y a beaucoup de choses que nous pouvons célébrer dans la vie de Madiba. C’était 95 années bien passées", a déclaré Sexwale.

    Les dirigeants à travers le monde ont pleuré la mort du lauréat du Nobel de la Paix, le président américain Barack Obama indiquant: "Nous ne verrons probablement plus encore les choses que Nelson Mandela aimait".

    Mais c’était l’ami proche et confident de Mandela, Ahmed Kathrada, qui a fait couler les larmes à beaucoup avec son vibrant hommage.

    "Nous nous sommes connus pendant 67 ans, et je n'ai jamais imaginé que je serais témoin de la réalité incontournable et traumatisante de votre décès… à qui vais-je me tourner pour la consolation, le confort, et des conseils?", a déclaré Kathrada, un activiste et ancien conseiller politique de Mandela, dans une lettre ouverte le 6 décembre.

    Kathrada a expliqué dans une interview accordée à IPS avant la mort de Mandela qu’on se souviendrait toujours de son héritage. Il a également souligné que beaucoup de choses avaient dû être faites pour réaliser les idéaux que Mandela avait lorsqu’il a été libéré en 1990 après 27 ans de prison.

    "Il y a beaucoup de choses que l'on doit faire, parce que le message principal avec lequel Madiba est sorti de prison était celui contre le racisme. Cela signifie que vous vivez dans un pays de diverses convictions politiques", a déclaré Kathrada.

    Dans le bureau de Kathrada, il y a un portrait de lui, assis sur un canapé à côté de Mandela, son ancien commandant en chef, souriant comme s'ils se partageaient une blague intime.

    "Il est temps que vous preniez votre retraite, Madala", a rédigé Mandela en écriture cursive sur le portrait, qu'il offert à Kathrada en 2001.

    "Nous nous appelions 'madala' (vieil homme)", a expliqué Kathrada. "Le monde entier l'appelle Madiba, mais il était mon 'madala', a indiqué Kathrada.

    Ce portrait donne un aperçu du lien profond que les deux avaient, découlant des nombreuses années qu'ils ont passées ensemble durant la lutte pour une Afrique du Sud libre et démocratique. Kathrada et Mandela ont été condamnés à la réclusion à perpétuité lors du procès de Rivonia pour trahison, de 1963 à 1964 – eux et d'autres leaders du Congrès national africain avaient été accusés de tentative de sabotage du gouvernement de l'apartheid. Ils ont passé du temps ensemble sur l'île de Robben.

    Kathrada soutient environ cinq décennies plus tard qu'il partageait une relation très franche et ouverte avec Mandela dans leur lutte pour la démocratie.

    "Madiba n'était pas un saint, mais il avait des qualités très appréciables. Il n'a pas renoncé à son engagement à lutter contre l'injustice… il était un tigre".

    "Nous savions que nous gagnerions le combat. Que nous aurons la démocratie, mais je n'imaginais pas que Mandela serait un jour président", a-t-il déclaré. Mandela est devenu le premier président noir d'Afrique du Sud en 1994 et n’a fait qu’un seul mandat, se retirant en 1999.

    Mais Siraj Desai, un juge, qui a été un activiste du droit et était très impliqué dans plusieurs batailles juridiques contre le gouvernement de l'apartheid, a expliqué que pendant ce temps, Mandela, ancien avocat, a pu réformer radicalement le système juridique d'Afrique du Sud.

    "Sa contribution dans l’introduction des droits humains et d’un cadre juridique fondé sur les droits humains est énorme. Il a changé complètement la façon dont nous pratiquions le droit", a-t-il indiqué à IPS. "Son héritage est indiqué clairement dans le Projet de loi sur les droits de l'Homme".

    Desai a ajouté que les Sud-Africains ne pouvaient pas fermer les yeux sur la réalité de la pauvreté. "La prise de conscience par rapport à ces droits socio-économiques ne s'est pas encore produite, mais je pense que c'est un problème de l’échec d’une mise en œuvre politique, pas d’une réforme juridique échouée", a souligné Desai.

    Fazila Farouk, une activiste pour la justice sociale en Afrique du Sud, a déclaré que les questions que Mandela a abordées dans son discours lors du procès de Rivonia pour trahison sont encore très pertinentes aujourd'hui.

    "Mandela a parlé des gens dans les zones rurales, de la façon dont ils ont souffert à travers l'érosion du sol et les sécheresses. Il a parlé des conditions de travail déplorables des ouvriers agricoles noirs. Il a parlé de l'inégalité des revenus [dans les zones urbaines], un système éducatif bifurqué et l'impact massif que la pauvreté et la malnutrition ont sur la capacité d'apprentissage des enfants", a expliqué Farouk dans une interview accordée à IPS avant le décès de Mandela.

    "La triste réalité est que vous pouvez couper et coller des parties de son discours de 1963 et les utiliser ainsi pour faire face à la réalité à laquelle beaucoup de Sud-Africains sont confrontés aujourd'hui", a-t-elle indiqué, ajoutant qu'il était choquant que la vie de tant de Sud-Africains n'ait toujours pas changé.

    Elle a admis que l'accès à l'éducation s'est amélioré radicalement depuis que l'Afrique du Sud est devenue une démocratie en 1994.

    "Si nous regardons notre pays aujourd'hui, nous constatons que ce qui est frappant au sujet de son discours est que nous l’avons déçu à plusieurs égards".

    "L’inégalité des revenus se trouve au cœur de la plupart des échecs du gouvernement à réaliser des droits humains – si nous n’abordons pas cela, nous ne maîtriserons pas nos problèmes", a déclaré Farouk.

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