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AFRIQUE DU SUD: Une justice lointaine pour les mineurs décédés

    By Siyabulela Debedu

    JOHANNESBURG, 10 sep (IPS) – Les policiers sud-africains qui ont été impliqués dans un bain de sang avec les travailleurs en grève à la mine de Marikana, dans la province du Nord-Ouest, pourraient être accusés de meurtre, ont déclaré à IPS des sources proches de l'enquête.

    Les éventuels chefs d’accusation font suite à la mort de 34 mineurs après que la police a ouvert le feu sur eux en utilisant des fusils et pistolets automatiques le 16 août.

    Selon la procédure, la Direction indépendante des enquêtes de police (IPID) a été invitée à mener des investigations sur le comportement des policiers. Cependant, des sources proches de l'enquête ont révélé à IPS que parce qu'un rapport d'autopsie a indiqué que la plupart des victimes ont été tuées dans le dos alors qu’elles fuyaient la police, les policiers impliqués sont censés être accusés de meurtre.

    "Nous avons rassemblé des preuves montrant que les mineurs ont été tués par des policiers. Nous allons terminer l'enquête et ils seront inculpés", a confié la source à IPS.

    "Le rapport indique que la majorité des mineurs fuyaient et ils ont été abattus de dos. Au moins deux des victimes ont été tuées par une balle. C'était seulement quelques-uns, qui étaient en contact direct avec la police, qui ont été abattus en face", a ajouté la source.

    Environ 3.000 mineurs, armés de machettes et de lances, manifestaient et exigeaient un salaire minimum de 1.495 dollars par mois à l’extérieur de la mine de platine, une propriété de Lonmin, lorsque la police a tenté de disperser la manifestation. L'incident était l'aboutissement de plusieurs jours de grèves violentes, qui avait vu la mort de 10 personnes, dont deux policiers.

    Il est difficile de comprendre pourquoi la police a tiré, mais les responsables de la police ont affirmé que les grévistes s'étaient précipités sur eux et ils ont répondu en légitime défense. Cela a entraîné le premier massacre du pays depuis l'avènement de la démocratie il y a 18 ans.

    Peu après, 270 mineurs ont été arrêtés pour violence publique, possession illégale d'armes dangereuses, détention illégale d'armes à feu, meurtre et tentative d’assassinat.

    Mais le 3 septembre, l'Etat a retiré les chefs d’accusation contre eux et ils comparaîtront seulement devant un tribunal en février 2013.

    Cependant, Shawn Hattingh, un chercheur et chargé de l'éducation au Groupe international de recherches et d’informations sur le travail, a déclaré à IPS que même si les policiers étaient accusés de meurtre, ceux qui sont au pouvoir, et étaient chargés de donner l'autorisation à la police d’utiliser des munitions réelles, ne seraient probablement pas traduits en justice.

    "Toute la situation a été incroyablement mal gérée ou inefficace, mais je ne pense pas que l'Etat répondra à cela. Je ne pense pas qu’il existe un intérêt pour l'Etat de poursuivre les hauts gradés dans le pays. Nous l’avons vu auparavant avec des politiciens qui sont accusés et condamnés à des peines légères ou à des peines qui ont été abandonnées".

    Il a ajouté que la priorité dans l’exploitation minière est de protéger les ressources extraites de la mine contre les mineurs et qu’il était clair que la violence serait utilisée pour la protéger.

    "La police était là pour protéger la mine, notre constitution est fondée sur la protection de la propriété privée, donc en général l'Etat va réagir de la même manière", a-t-il dit au sujet de la Commission d'enquête judiciaire mise en place par le président Jacob Zuma pour mener des investigations sur les tueries.

    "Il y a des gens qui ne vont pas répondre de cela. La direction de Lonmin ne sera pas accusée de cela. Le gars qui a tiré sera inculpé, mais il obéissait aux ordres. Il y avait des ordres pour briser la grève ce jour-là, le commissaire de police l'a dit clairement", a affirmé Hattingh.

    Il a indiqué que ce qui devait être clarifié était de savoir qui a donné l'ordre de tirer sur les mineurs.

    Le porte-parole du Congrès des syndicats sud-africains, Patrick Craven, a déclaré à IPS qu'il y avait beaucoup de questions sans réponse que la Commission d'enquête judiciaire devrait aborder.

    "Certes, le rôle de la police doit être absolument au centre de cela – nous savons déjà à partir des images télévisées qu'elle a joué un rôle dans cet incident et cela ne peut pas être écarté. Il semble encore, d'après la couverture, qu’il ne s’agissait pas de policiers pris individuellement qui perdaient la tête et tiraient", a-t-il expliqué.

    Toutefois, le porte-parole de l’IPID, Moses Dlamini, ne confirmerait pas les éventuels chefs d’accusation ou les contenus des rapports d'autopsie.

    Une fois l'enquête terminée, les conclusions seront transmises à la Direction des poursuites publiques (DPP) pour décider si quelqu'un devrait être poursuivi ou pas.

    "Si la décision de la DPP est de poursuivre, les suspects seront alors inculpés et jugés. Notre enquête n'est pas terminée et nous n'avons même pas encore discuté de l'affaire avec la DPP", a déclaré Dlamini.

    En attendant, Hattingh a affirmé que le massacre de la mine était inévitable puisqu'il y avait une histoire de conflits violents entre les mineurs et les propriétaires en Afrique du Sud.

    "L'ampleur (des violences) à Lonmin est beaucoup plus grande que ce qui s'est produit dans le passé, mais ce n'est pas la première fois que des travailleurs ont été tués. Toute l'histoire de l'exploitation minière est conflictuelle et difficile", a-t-il souligné.*Avec un reportage complémentaire de Nalisha Adams

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