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AFRIQUE: La Banque mondiale demande de repenser l’agriculture

    By Carey L. Biron

    WASHINGTON, 7 mars (IPS) – La Banque mondiale exhorte les gouvernements africains à revoir leurs politiques agricoles, en particulier pour inclure un accent beaucoup plus grand sur l'agro-industrie comme un moteur essentiel du développement futur.

    La banque prévoit maintenant que l'agriculture africaine pourrait tripler sa taille économique dans les années à venir, dépassant un trillion de dollars d’ici à 2030, renforcée par une augmentation massive de la demande intérieure et internationale. Selon certains, l'Afrique représentant une économie à croissance plus rapide au monde, la demande alimentaire de la classe moyenne devrait quadrupler d'ici à 2030, pour atteindre plus de 400 milliards de dollars.

    "Après des années de négligence, l'agriculture attire de nouveau l'attention des gouvernements africains, des chefs d'entreprise, des communautés et des bailleurs de fonds de développement, comme étant un puissant moteur de la croissance inexorable du continent", a écrit dans l'avant-propos du nouveau rapport, publié lundi par le siège de la banque à Washington, Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l'Afrique.

    "[Nous] ne saurions trop insister sur l'importance de l'agriculture… l'Afrique se trouve aujourd'hui à une croisée des chemins, à partir de laquelle elle peut prendre des mesures concrètes pour jouer un rôle beaucoup plus important dans les marchés régionaux et mondiaux ou continuer à perdre en compétitivité – ratant une grande occasion pour une transformation structurelle".

    Bien que les fermiers africains apportent actuellement la seule composante la plus importante à la croissance économique annuelle du continent, leur secteur a été considéré pendant des décennies comme ne parvenant pas à atteindre tout son potentiel.

    "Sur pratiquement n’importe quelle métrique – les rendements, le niveau des exportations, la contribution au produit intérieur brut (PIB) – l'agriculture africaine reste en deçà de ses performances", a déclaré à IPS, Nicholas Minot, un chercheur principal à l'Institut international de recherche sur la politique alimentaire (IFPRI), un groupe de réflexion basé à Washington.

    "C’est en grande partie parce que cette agriculture est essentiellement pratiquée par les petits fermiers qui n'ont pas d'argent pour acheter l’engrais et d’autres intrants, même là où cela est disponible".

    Comme conséquence de cette situation et des sols du continent relativement pauvres, l'Afrique exporte plusieurs produits de base clés qui poussent bien seulement sous les tropiques, notamment le café, le thé et le cacao. Mais pour la plupart des céréales et bon nombre de cultures vivrières, les pays sont soit à peine autosuffisants ou contraints d’importer.

    Selon la Banque mondiale, les rendements des cultures en Afrique ne sont que la moitié des moyennes en Asie et en Amérique latine. Pendant ce temps, note le rapport, "la croissance agricole en Afrique provient largement de l'ouverture de nouvelles terres à l'agriculture, avec des conséquences négatives pour la biodiversité, les forêts et les sols".

    Hausse et baisseMême si l'agriculture bénéficie de nouveau d’une considération tardive de la part des gouvernements africains et des donateurs, "leur attention devrait s'étendre à l'agro-industrie", exhorte le rapport. "L'attention portée sur la production agricole n'atteindra pas ses objectifs de développement sans l'agro-industrie comprenant les petites et moyennes entreprises et les multinationales".

    "L’agro-industrie" se réfère à toute la gamme du secteur conduisant à la production agricole et la suit, y compris les processus qui amènent les produits agro-alimentaires bruts dans les mains des consommateurs et l'argent aux agriculteurs. Déjà, l'agriculture et l'agro-industrie constituent ensemble près de la moitié du PIB de l'Afrique.

    "Absolument, si le continent veut devenir plus auto-suffisant, les agriculteurs ont besoin d'être reconnus comme des hommes et femmes d'affaires ainsi que des entrepreneurs ayant des approches novatrices pour la commercialisation des cultures et l’amélioration de la sécurité alimentaire", a indiqué à IPS, Danielle Nierenberg, la co-fondatrice de 'Food Tank' (Réservoir alimentaire), un groupe de réflexion basé à Washington.

    Mais Nierenberg prévient également contre le fait de focaliser trop d'attention sur la création d'emplois et de revenus grâce aux cultures destinées à l'exportation.

    "Un investissement plus grand est nécessaire pour accroître la production et la consommation des légumes, légumineuses et des cultures pérennes pour augmenter la sécurité alimentaire et les revenus", dit-elle.

    Les cultures indigènes, aussi, bien que souvent méprisées par beaucoup de consommateurs de classe moyenne, ont tendance à être à la fois riches en oligo-éléments et résistantes aux maladies, aux inondations et à la sécheresse. Comme le changement climatique a une portée plus grande sur l'Afrique, ces cultures deviendront de plus en plus importantes et économiquement valables.

    En outre, Nierenberg note que toute attention plus grande de l’Etat ou des donateurs mise sur l'agriculture et l'agro-industrie aura besoin de maintenir – ou renforcer – une priorité sur les petits fermiers, en particulier les femmes.

    "Pour que l'Afrique ou tout autre pays en développement réussisse, il faut mettre plus d'accent sur les petits agriculteurs, les fermes familiales et les femmes agricultrices", explique-t-elle. "Alors que les commerçants de produits agricoles ou les petits et moyens fournisseurs de semences et d'autres intrants se multiplient à travers le continent, peu d'entre eux sont des femmes".

    De même, souligne Minot de l'IFPRI, l'Afrique compte déjà d’importantes activités agro-industrielles, même si c’est à une très petite échelle. En ligne avec l'accent de la Banque mondiale sur la nécessité de toute une gamme de tailles de l'agro-industrie, Minot prévient contre les gouvernements africains qui se précipitent pour investir uniquement dans des capacités de traitement de masse à grande échelle.

    "Pour l'instant, c'est bien", indique-t-il. "Ces minuscules moulins sont relativement efficaces, peu coûteux et il n'y a aucune raison qu'un gouvernement soit en train de subventionner les grands moulins pour venir les remplacer".

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