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AFRIQUE: La FIFA veut mettre fin à la traite des jeunes footballeurs

    By Fulgence Zamblé

    ABIDJAN, 20 oct (IPS) – En 2004, alors qu’il n’avait que 15 ans, Maurice Koné, un jeune Ivoirien, rêvait de devenir un grand footballeur. Adulé par les fans de Koumassi, un quartier du sud d’Abidjan, pour ses qualités techniques et son sens du but, il pensait pouvoir tenter l’expérience professionnelle à l’étranger.

    "Un soir, un aîné du quartier est venu expliquer à mes parents qu’un recruteur avait entendu parler de moi et voulait me voir pour parapher un contrat en Suisse", se souvient Koné. "Je n’étais pas seul. Selon l’intermédiaire, nous étions sept… La seule chose dont nous devrions nous acquitter : réunir la somme de 1,5 million de francs CFA (environ 3.200 dollars) dans un délai de deux semaines", raconte-t-il à IPS.

    Avec l’aide de ses parents, obligés de s’endetter, il parvient à répondre aux exigences de l’agent recruteur. "J’avais un revenu mensuel de 135.000 FCFA (environ 287 dollars). Mais le sacrifice en valait la peine. Je me suis endetté pour Maurice, espérant qu’il pourra prendre en charge à l’avenir ses sept frères et sœurs. Malheureusement…", explique, amer, Habib Koné, le père.

    A la surprise des candidats à l’aventure, plutôt que l’Europe, ils débarquent en Asie, précisément à Pattaya, en Thaïlande.

    "Un mois après notre arrivée et des tests non concluants dans des clubs de Pattaya, notre guide a disparu. Nous sommes restés dans la galère pendant quatre mois à réaliser des activités clandestines avant d’être expulsés vers la Tunisie après trois nuits à la belle étoile", affirme Koné. "Et après avoir alerté leurs parents, deux d’entre nous ont regagné Abidjan", la capitale économique ivoirienne.

    Selon Koné, deux ont rejoint l’Espagne, et trois autres ont pu se trouver des points de chute dans deux centres de formation de clubs tunisiens. Il n’a cependant plus de nouvelles de ces derniers depuis deux ans. "Je ne sais pas s’ils ont accompli leur rêve ou pas", dit-il à IPS.

    Pour son compagnon d’infortune Stéphane Kouadio, 20 ans, qui en avait 14 au moment de l’expédition, "cela reste un mauvais souvenir. Ma mère a perdu son emploi de caissière dans un supermarché de Koumassi à Abidjan. Elle n’avait pas pu rembourser tous les prêts". Aujourd’hui, Kouadio observe le football de loin et préfère se concentrer sur sa formation de frigoriste.

    Par ailleurs, Amara Dosso, 40 ans, un garagiste, a vu partir, il y a deux ans, son fils cadet de 16 ans, Adama Dosso pour l’Italie, en transitant par le Maroc. "Au début, j’étais anxieux parce que je n’avais aucune information du démarcheur", raconte-il à IPS.

    "Mais aujourd’hui, je suis en contact permanent avec l’agent et mon fils, en attente de la signature d’un contrat professionnel", affirme-t-il, sans toutefois avoir la moindre idée de l’identité du club où devrait évoluer Adama.

    Depuis une décennie, ce sont une centaine de jeunes footballeurs, tous des mineurs (plus de 3.000 depuis 2000), qui sont partis du continent africain pour tenter l’aventure en Europe et en Asie, révèle, sur son site Internet, l’Association Foot solidaire, une organisation non gouvernementale basée à Paris, qui lutte contre la traite des jeunes footballeurs africains.

    Par des canaux mafieux qui soutirent de l’argent aux parents, pour la plupart pauvres, ces jeunes Africains sont envoyés en Asie ou en Europe avec la promesse d’évoluer dans de grands clubs. Finalement, nombre d’entre eux sont abandonnés à la rue, sans la moindre assistance, affirme l’association.

    Pour mettre un terme à ces pratiques, la Fédération internationale de football association (FIFA), basée à Zurich, en Suisse, a mis en vigueur, le 1er octobre dernier, un Système de régulation des transferts connu sous son sigle anglais TMS (Transfer Matching System). La première opération du TMS a été réalisée avec le transfert d’un Camerounais Joël Perrier-Doumbé qui a quitté le Celtic Glasgow (Ecosse) pour Toulouse (France).

    Selon la FIFA, le système du TMS consiste à collecter différentes informations (30 au total) de la part des deux clubs concernés par le transfert d’un joueur. Les données saisies devraient être identiques de part et d’autre (club d’origine et club d’accueil), faute de quoi la transaction sera annulée.

    "Cela signifie que depuis l’entrée en vigueur de cette procédure, concernant les jeunes footballeurs, ils ne peuvent quitter un club pour un autre (entre des pays différents) sans que l’on ait la moindre trace", affirme Alain Malan, consultant sportif à Abidjan. "Au cas où un joueur est transféré, c’est qu’il a l’âge majeur, l’accord parental, ainsi que l’accord de l’instance nationale (la fédération)", ajoute-t-il.

    "Il n’y aura plus de vente de gré à gré. Les clubs qui recrutaient les jeunes joueurs à moindre coût pour les vendre plus chers, devront revoir leur politique", souligne Malan.

    Selon le guide pratique de la FIFA, le TMS n’autorise plus le transfert d’un jeune joueur qui n’appartient pas à un club enregistré par une fédération nationale. Et les fédérations sont désormais impliquées dans le suivi des transferts.Emmanuel Koffi, un agent démarcheur de joueurs, basé à Abidjan, déclare à IPS: "Nous sommes à la fin de la traite des jeunes footballeurs africains, au terme de l’exode sauvage des jeunes talents".

    "Il y a longtemps qu’on attendait cette disposition", renchérit Eric Kacou, chef du département communication de la Fédération ivoirienne de football. Il estime entre 10 et 15, le nombre de départs de jeunes footballeurs (de moins de 18 ans) de Côte d’Ivoire chaque année. "Nous avons procédé à la formation des clubs en ce sens et plus aucun départ d’un footballeur du pays ne pourra désormais contourner le dispositif actuel", dit-il à IPS.

    "Ce système aurait pu exister depuis longtemps. Il nous aurait évité le malheur", soutient Abib Koné. Il accuse notamment les gouvernants africains de n’avoir pas pris le problème à "bras le corps" tout en sachant que le phénomène sévissait.

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