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AFRIQUE: Le Nobel Tutu s’oppose au retrait du continent de la CPI

    By Thalif Deen

    NATIONS UNIES, 11 oct (IPS) – Desmond Tutu d’Afrique du Sud, le lauréat du Prix Nobel de la Paix en 1984, a lancé une campagne mondiale visant à empêcher les pays africains d'abandonner la Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye, au Pays-Bas.

    Le Soudan et le Kenya, dont les dirigeants politiques sont accusés de crimes de guerre et de génocide, mènent le mouvement contre la CPI et ont déjà menacé de se retirer du tribunal.

    Tutu, l’archevêque émérite du Cap et l'un des activistes des droits humains les plus réputés au monde, a lancé un appel aux dirigeants d'Afrique du Sud et du Nigeria, deux des pays les plus puissants en Afrique, "d’empêcher le Soudan et le Kenya de tenter de retirer l'Afrique de la CPI".

    Cette campagne a été lancée en collaboration avec Avaaz, une organisation civique mondiale, présentée comme l'un des plus vastes réseaux d'activistes en ligne.

    L'Union africaine (UA), composée de 54 membres, qui a exigé que la CPI laisse tomber l’affaire contre le leadership du Kenya, se réunira à Addis-Abeba au cours du week-end pour discuter, entre autres, du rôle de l'Afrique dans la CPI.

    Plusieurs pays africains, y compris l'Ouganda, le Rwanda et l'Ethiopie, ont critiqué et se sont opposés aux prochains procès du président kényan Uhuru Kenyatta et son vice-président William Ruto, pour des accusations de crimes contre l'humanité dans les violences postélectorales de 2007-2008 qui auraient fait plus d'un millier de morts.

    Dans un courriel adressé à plus de 26 millions de membres d'Avaaz, et répondant aux accusations selon lesquelles la CPI est une chasse aux sorcières de l'Occident parce que la plupart de ses enquêtes ont eu lieu en Afrique, Tutu a déclaré: "Je ne suis pas d'avis que la CPI ait une partialité anti-africaine. Non".

    Les dirigeants africains qui abusent du pouvoir, a-t-il indiqué, doivent être tenus responsables de leurs victimes.

    "Et je déclare publiquement qu'il y a certains anciens dirigeants de l’Occident, parmi d'autres, qui devraient les rejoindre", a-t-il ajouté.

    Le plus grand groupe de membres de la CPI (31 sur 122) vient de l'Afrique et la majorité des affaires en cours d'investigation sont en Afrique, notamment le Soudan, l'Ouganda, la Libye, le Kenya, la Côte d'Ivoire, la République centrafricaine et la République démocratique du Congo.

    Elise Keppler, directrice associée du Programme international pour la justice à 'Human Rights Watch' (HRW), a déclaré à IPS que Tutu est en train d’envoyer un message essentiel sur l'importance, pour les gouvernements africains, de soutenir la CPI comme une cour cruciale de dernier recours.

    Il s’agit d’un message que des activistes, à travers l'Afrique, envoient à leurs gouvernements cette semaine – tel que représenté par une lettre adressée aux ministres des Affaires étrangères, signée par plus de 150 groupes provenant de plus de 35 pays africains et envoyée avant le sommet de l'UA, a-t-elle souligné.

    William R. Pace, président de la Coalition pour la Cour pénale internationale (CCPI), a indiqué à IPS que Tutu et Avaaz sensibilisent sur le fait que certains dirigeants africains sont en train de "promouvoir une grande injustice au nom de la justice".

    "Il y a un petit danger que ces dirigeants anti-CPI puissent tuer la CPI, mais ils pourraient causer de graves dommages à la cour, et notamment à leur propre réputation, à la vérité que la CPI est une grande réalisation de l'Afrique. Et le plus malheureux, ils peuvent causer des dommages aux espoirs et à la vie des millions de victimes africaines des crimes contre l'humanité", a-t-il ajouté.

    Le déluge de soutien à la justice internationale et à la CPI par la société civile et par des leaders africains comme Tutu et l'ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, "est une histoire plus grande qu’un vieux conte rebattu selon lequel des chefs de gouvernement soutiennent l’impunité par rapport à la responsabilité", a déclaré Pace, un membre du comité de pilotage de la Coalition internationale pour la responsabilité de protéger (ICRtoP).

    Alice Jay, directrice de campagne d'Avaaz, a souligné: "La campagne de l'archevêque est un avertissement sévère contre le choix de l'impunité par l'Afrique par rapport à la justice".

    Elle a affirmé qu'au Congo, au Libéria et en Côte d'Ivoire, la CPI a apporté de l'espoir à des milliers de personnes persécutées par des armées, des milices et des fous.

    "Des centaines de milliers de personnes demandent désormais à l'Afrique du Sud et au Nigeria de diriger le continent afin de sauver la CPI", a-t-elle ajouté.

    Loin d'être anti-africaine, a indiqué Tutu, la procureure générale, le vice-président de la CPI et cinq de ses juges sont des Africains et ses interventions ont sauvé d'innombrables vies en Afrique.

    "Ceux qui craignent d'être poursuivis par la CPI ne devraient pas être autorisés à diriger l'Afrique par le bout du nez", a-t-il ajouté.

    Interrogée au sujet des accusations de partialité anti-africaine, Keppler de HRW a déclaré à IPS que les allégations selon lesquelles la CPI cible l’Afrique ne sont pas tout simplement fondées sur des faits. Elle a indiqué que la majorité des enquêtes de la cour ont été menées parce que des gouvernements africains ont demandé l’implication de la CPI. Deux autres ont été demandées par le Conseil de sécurité, a-t-elle expliqué.

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