By Michée Boko
COTONOU, 3 oct. (IPS) – La production du maïs, principal aliment de
base dans
le Sud-Bénin, est excédentaire ces trois dernières années. Les
bonnes
récoltes font suite à l'alternance de la culture du coton, produit
de rente,
avec celle du maïs destiné à la consommation locale.
Entre 1995 et 2000, la production du maïs au Bénin est passée d'un
déficit
d'environ 40.000 tonnes, à un excédent de plus de 122.000 tonnes.
L'embellie
a été notée au cours de la saison 1997-1998, lorsque l'excédent de
la
production est passé à plus de 20.000 tonnes.
Les besoins en consommation de tout le Bénin tournent autour de
500.000
tonnes de maïs par an. La production moyenne nationale est de
650.000 tonnes
par an.
Selon Gaston Dossouhoui, Directeur Technique de l'Office National
d'Appui à
la Sécurité Alimentaire (ONASA), ces résultats s'expliquent par le
développement exceptionnel du coton, principale culture de rente
du pays,
activement promue par le gouvernement.
''Le développement de la culture du coton a induit un
développement de la
culture du maïs surtout dans le Nord du pays, parce que les
paysans
utilisent les reliquats d'engrais du coton pour faire du maïs.
Entre deux
saisons de coton, beaucoup de paysans du Nord Bénin font
aujourd'hui du maïs
à la place du sorgho ou du mil, dont les productions régressent au
fil des
années'', explique Dossouhoui.
Le maïs, qui était davantage cultivé dans les régions sud du Bénin
où il
fait l'objet d'une grande consommation, a progressivement connu un
essor
dans le Nord, où il est surtout destiné à l'exportation. Les
populations du
Nord du Bénin consomment principalement de l'igname, du mil et du
sorgho.
Les paysans ont découvert que le maïs est une céréale qui répond
à l'apport
des engrais, contrairement au sorgho et au mil qu'ils cultivaient
auparavant. Conséquence, les récoltes de sorgho et de mil ne
cessent de
décroître depuis lors, alors que celles de maïs augmentent
considérablement.
La culture de coton sert de locomotive pour le maïs. Le maïs est
plant é au
nord du Bénin juste après la récolte de coton. De ce fait, les
paysans ne
mettent plus de nouveaux intrants avant de faire le maïs. Le sol
préalablement préparé pour cultiver le coton demeure suffisamment
riche
encore pour accueillir une culture de maïs.
Les intrants utilisés par la majorité des paysans pour faire la
culture du
maïs sont ceux utilisés pour traiter le coton. L'Etat béninois qui
détient
le monopole de l'importation des intrants agricoles, privilégie
surtout
l'importation des engrais destinés à la culture cotonnière. Les
intrants
spécifiques au maïs sont quasiment rares.
La faute, selon Dossouhoui, revient à l'Etat béninois, ''qui n'a
pas fait la
politique de commande des intrants spécifiques au maïs''.
Ce défaut de politique influe négativement sur les quantités de
maïs
produites par les paysans béninois. Dans le meilleur des cas,
cette
production ne dépasse pas 4,5 tonnes par hectare pour une
productivité
moyenne qui tourne autour de 1,5 tonne à l'hectare. Même avec
cette moyenne,
la production demeure excédentaire.
A l'opposé, confie Dossouhoui, au Ghana, la productivité est de 4
tonnes en
moyenne par hectare et 6 tonnes dans le meilleur des cas. ''Cela
leur donne
le droit de casser les prix sur le marché international et de
concurrencer
sérieusement les produits des pays voisins, dont le Bénin''.
Vendu à l'intérieur du pays, ''le prix du maïs varie au Bénin
selon que l'on
se trouve en début ou en fin de saison'', confie Afiavi Dognon,
vendeuse de
maïs au marché international de Dantokpa à Cotonou, la capitale
économique
du Bénin.
Le maïs coûte moins cher lorsque l'on se trouve en fin de saison.
Les
récoltes venant à peine d'avoir lieu, le produit est donc
disponible. Il
peut alors coûter environ 150 F CFA le kilogramme. En fin de
saison, le prix
peut aller jusqu'à 200 F CFA, souligne-t-elle.
Les jours où les commerçants étrangers débarquent dans le marché,
souligne
Dognon, le prix du maïs grimpe parce que ''ces gens-là ne
discutent pas
beaucoup avant d'acheter''.
Le Bénin dégage en matière de production de maïs, un excédent
commercialisable qui va vers les pays du Sahel (Niger, Mali,
Burkina Faso,
Tchad) lorsque ces pays connaissent des saisons de faible
pluviométrie.
Autrement, le commerce des produits vivriers, notamment le maïs,
est libre
au Bénin, tant pour le commerce intérieur que pour l'exportation.
Il est
organisé par les commerçants et les opérateurs économiques, sous
le contrôle
du ministère du Commerce.
Seulement, raconte Jean Hountondji, un commerçant béninois
exportateur de
maïs, il y a quatre ou cinq années, une bonne partie du maïs
produit au
Bénin était systématiquement convoyée par les commerçants vers les
pays
voisins, notamment le Gabon, où le maïs est vendu à un prix
nettement plus
élevé que celui pratiqué au Bénin.
De nombreux réseaux d'exportation du maïs s'étaient alors
rapidement mis en
place pour convoyer vers l'extérieur le maïs béninois au détriment
de la
consommation locale à tel point que le maïs, devenant rare,
coûtait de plus
en plus cher.
L'Etat béninois a dû rapidement intervenir en interdisant
l'exportation du
maïs béninois pendant quelques mois. Cette interdiction est levée
depuis
1998, lorsque la production de maïs est redevenue excédentaire.
Toutefois, le maïs béninois, comme toutes les autres cultures du
Bénin ,
souffre d'un défaut de mécanisation. Le travail se fait encore
chez la
majorité des paysans à la houe simple ou à la daba. Quelques rares
producteurs, surtout ceux du Nord du pays, pratiquent la culture
attelée,
tandis que les plus aisés d'entre eux, les coopératives notamment,
utilisent
des tracteurs.
Les producteurs béninois sont également confrontés à des difficult
és de
conservation de leurs productions, surtout dans le sud du pays où
l'humidité
est très forte, et les insectes ennemis du maïs sont nombreux.
Le développement de la culture du maïs a été longtemps freiné au
Bénin par
l'inexistence de toute subvention au profit des paysans. ''Si ce
n'est la
culture du coton, le Bénin en serait aujourd'hui à importer le
maïs'', fait
remarquer Dossouhoui.
Cette défaillance est en passe d'être corrigée avec l'inscription
d'une
ligne de crédit budgétaire pour acheter des intrants spécifiques
au maïs,
comme c'est le cas pour le coton. Toutefois, il s'agit de crédits
remboursables qui ne seront utilisés que pour acquérir des
intrants
spécifiques au maïs.








