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ANGOLA: Les habitants espèrent que les inondations de 2010 feront agir le gouvernement

    By Louise Redvers

    LUANDA, 11 mai (IPS) – L'eau s'est infiltrée dans la maison de Feliciana Teresa Matia par le plancher en terre cuite et lorsque son fils de 20 ans, Francisco, s’est levé pour aller au travail, il a été électrocuté en saisissant une perche métallique pour se guider dans le noir.

    Serrant la carte d'identité de son fils décédé, cette veuve de 49 ans pleurait calmement pendant qu’elle racontait comment en rentrant d’une visite à la famille, elle a été informée que son fils était à la morgue."C'est vraiment triste, je ne peux pas cesser d'y penser", se lamente-t-elle, ajoutant: "Je ne veux plus vivre ici; je veux m’installer à un autre endroit mais je n'ai nulle part où aller".Feliciana vit dans une petite maison en briques qu'elle a construite avec sa famille dans le quartier de Boavista, près du port de Luanda.Leur maison – trois chambres obscures autour d'une petite cour centrale – se situe à côté d'une canalisation à ciel ouvert qui est remplie d'eau stagnante verte et d’ordures en putréfaction.A quelques centaines de mètres, des dirigeants américains et européens de sociétés pétrolières, élégamment vêtus, sortent des véhicules de sport surdimensionnés en arrivant à SONILS, la principale plaque tournante des opérations pour l'industrie pétrolière de l'Angola estimée à un milliard de dollars.L’Angola pompe près de deux millions de barils de pétrole par jour et le Fonds monétaire international a prévu une croissance de 7,1 pour cent pour 2010.Pourtant, malgré leur économie en plein essor, la majorité des Angolais vivent comme Feliciana dans des conditions semblables à celles des bidonvilles, et chaque année, quand les pluies arrivent, c’est le chaos.Les pluies de cette saison ont fait 54 morts, laissé plus de 65.000 personnes sans abri et détruit des écoles, des ponts et des entreprises.Bien que les provinces dans le sud et le nord du pays aient connu le plus de précipitations, Luanda, la capitale surpeuplée, a été le plus touchée par les dégâts.Des pluies torrentielles au cours des mois de février, mars et avril ont laissé de vastes quartiers de la ville sous l'eau, les routes nouvellement construites se sont effondrées, les canalisations se sont remplies et ont débordé, des maisons ont été emportées et des écoles et centres de santé inondés."Ce sont des quartiers qui sont densément peuplés avec des maisons construites de façon désordonnée et des dispositions précaires pour l'assainissement", a expliqué Cupi Baptista, directeur de l'eau et de l'assainissement à 'Development Workshop' (Atelier pour le développement – DW), une organisation non gouvernementale."Il y a beaucoup de difficultés ici", a-t-il ajouté. "La construction n'est pas de bonne qualité; bon nombre de familles n'ont pas de latrines et défèquent à l'air libre. Alors, quand il pleut, vous pouvez imaginer à quel point la situation s'aggrave".Le chaos provoqué par les pluies dans la capitale a déclenché une "campagne de solidarité" au cours de laquelle des militants à la base du parti au pouvoir, le Mouvement populaire pour la libération de l'Angola (MPLA), ont retroussé leurs manches et ont aidé à dégager les ordures et les eaux stagnantes des parties les plus touchées de la ville.Au cours d'une rare conférence de presse tenue au palais présidentiel, le ministre d’Etat et secrétaire général du président, Carlos Feijó, a déclaré qu’un projet a été déjà élaboré pour redéfinir les limites de la ville, réorganiser et améliorer l'administration.Une nouvelle unité a été créée pour superviser l'assainissement de base dans la capitale, et le fonds en provenance du Brésil sert à financer l'achèvement de la réhabilitation des routes de Luanda."Pour que les nouveaux travaux de drainage et les autres ouvrages dans la ville puissent être utiles et exécutés à temps, nous avons besoin d'avoir un programme de réinstallation en vue du déménagement", a-t-il expliqué.Mais Luisete Araújo, secrétaire politique des Partis de l’opposition civile (POC), est sceptique quant à la forte médiatisation de la réponse du gouvernement aux inondations.Elle a déclaré: "Ces discours sont juste faits pour la radio et la télévision, pour distraire les gens des vrais problèmes et du manque d'action; rien ne changera, nous sommes ici depuis"."Et le travail qui a été fait est d’une si mauvaise qualité qu’il ne dure pas; il crée simplement plus de problèmes, c'est ce qui s'est passé avec les pluies de cette année", a-t-elle ajouté. "La guerre est terminée ici depuis huit ans maintenant, quelque chose doit commencer à se produire; il y a eu trop de promesses non tenues".Bien qu'il y ait un nouveau langage venant de l’intérieur du gouvernement au sujet de la résolution de manière proactive des problèmes à Luanda périurbain, afin d'améliorer les conditions et de réduire les niveaux de pauvreté, les autorités ont également demandé aux familles de ne pas construire dans des zones à haut risque ou le long des lignes d'eau.Le ministre d'Etat, Feijó, a déclaré que la réinstallation de la population se ferait en collaboration avec un plan de logement social, mais il a donné peu de détails au cours de la conférence de presse.Mais Araújo a affirmé qu'il était temps que le gouvernement cesse de blâmer les Angolais pour le problème."Cela se passe chaque année lorsque les pluies arrivent et cela prouve que le gouvernement n'est pas prêt", a-t-elle dit. "Ils devraient prendre des mesures préventives pendant la saison sèche, et non attendre que les pluies viennent. Ce n'est pas la faute aux habitants d’avoir construit leurs maisons à ces endroits; ils n’ont nulle part où aller".Baptista, de DW, a reconnu qu'il y avait quelques projets au cours de l'année pour améliorer le drainage et les fournitures d'eau à Luanda, mais qu'ils n'avaient pas toujours été achevés à cause de ce qu'il a appelé "contraintes logistiques".Mais il a déclaré que "l'idée d'une approche plus intégrée est la bienvenue parce que nous voyons des choses se produire au coup par coup depuis trop longtemps."Nous espérons que cette idée sera mise en pratique et que nous verrons plus de solutions conjointes parce que c'est ce dont nous avons besoin".

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