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ASIE-POLITIQUE: Influence limitée de la Chine dans la région du Mékong

    BANGKOK, 06 février (IPS) – Les six pays riverains du fleuve Mékong sont plongés dans une guerre de développement territorial et dénoncent des initiatives des États-Unis et de ses alliés asiatiques (le Japon et la Corée du Sud) pour contenir l’influence croissante de la Chine dans la région.

    L’inquiétude règne alors que la Banque asiatique de développement (AsDB) célèbre le 20e anniversaire de son programme phare de développement, le Programme de coopération économique de la sous-région du Grand Mékong (GMS), qui a attiré près de 14 milliards de dollars d’investissements depuis son lancement en 1992.

    Au sein de cette institution financière internationale, dont le siège se trouve à Manille, on espère que le nouveau « Plan stratégique pour 2012-2022 » du GMS augmentera les avantages des pays de la sous-région : la Birmanie ou Myanmar, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, le Vietnam, la province chinoise du Yunnan et la région autonome de Guangxi.

    « Le gouvernement chinois est en faveur du GMS. Il représente en effet un autre moyen pour le gouvernement central de renforcer son engagement multilatéral dans la région » a déclaré Yushu Feng, économiste pour la coopération régionale de l’AsDB lors d'un nouvel atelier des médias pour les journalistes de la région.

    « La Chine accueillera la réunion ministérielle du GMS cette année ». On retrouve le même enthousiasme dans le journal anglophone « China Daily » qui qualifie d’« âge d’or du développement » les vingt premières années du GMS. En effet, c’est précisément durant cette période que plus de 220 projets dans les secteurs des transports, de l’énergie, des télécommunications, de l’environnement, de l’agriculture et du tourisme ont été lancés sur un territoire autrefois déchiré par les guerres.

    « Ces initiatives ont offert de réels avantages aux habitants de la région et ont contribué significativement à la croissance économique locale, à la diminution de la pauvreté, jetant ainsi les bases d’une sous-région prospère, intégrée et harmonieuse », soulignait-on dans le journal alors que l’AsDB prépare un nouveau projet décennal de développement.

    Les négociations axées sur le fleuve Mékong ont été cruciales pour la Chine. Elles lui ont en effet permis de resserrer les liens avec le bloc régional le plus important sur les plans politique et économique : l’Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) qui comprend le Brunei, l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et Singapour en plus des pays du GMS.

    Cependant, d’autres acteurs internationaux jouent un rôle considérable au sein de ce bloc. On distingue notamment l’Initiative du gouvernement américain pour le bas Mékong (LMI), le Programme de partenariat Japon-Mékong et le développement de la coopération Corée du Sud-Mékong.

    Les experts qui étudient les progrès de la région du Mékong estiment que ces nouvelles initiatives font bien plus que défier le monopole de l’AsDB et de son GMS : elles ont des implications géopolitiques depuis que la Chine a été exclue de la table des négociations.

    « Le rôle prépondérant du Japon dans le développement de la région du Mékong depuis 2007 était une initiative indépendante du ministère des Affaires étrangères japonais », a déclaré Toshiyuki Doi, conseiller au Mekong Watch, une ONG japonaise. « Ils avaient concentré toute leur attention sur la Chine afin de l’exclure ».

    « Le ministère des Affaires étrangères s’inquiétait de voir la Chine prendre de plus en plus d’ampleur dans la région », a-t-il expliqué à l’agence IPS. « Ils devaient mettre au point une stratégie qui leur permette de contrôler l’influence grandissante de la Chine ».

    Alors que le Japon s’engageait à investir près de 6,5 milliards de dollars dans l’aide au développement entre 2009 et 2012 pour renforcer le commerce et l’infrastructure de l’est à l’ouest de la région, la Corée du Sud qui a fait son entrée à l’ASEAN en octobre 2011 a lancé un projet de développement destiné à raviver le transport ferroviaire dans la région.

    Le fait d’avoir resserré les liens avec Washington a valu au Myanmar (Birmanie) son adhésion au LMI. En décembre, durant sa visite de l’association des Nations de l’Asie du Sud-Est, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a invité le Myanmar à rejoindre le LMI qui entend traiter les thèmes de l’environnement, de la santé, de l’éducation et du développement de l’infrastructure par le biais d’une aide annuelle de plus de 220 millions de dollars.

    La compétition est telle dans la région du Mékong que cela a soulevé des inquiétudes concernant un inévitable conflit d’intérêts. « Nous sommes témoins d’un véritable jeu de pouvoir et cela représente un risque de chevauchement des programmes », a déclaré Ruth Banmonyong, directrice du Centre de recherches logistiques de l’Université Thammasat de Bangkok. « L’intérêt des pays du Mékong devrait être une priorité afin de contrebalancer la Chine ».

    « Toutes ces initiatives sont une bonne chose, mais il faut qu’elles soient coordonnées », a confié la spécialiste. « Nous ne voulons pas de doublons ».

    Les membres du gouvernement eux-mêmes préfèrent la coopération à la compétition. « Nous pensons que des partenariats entre les pays de la sous-région du Mékong et des pays plus importants seraient nécessaires », a déclaré à l’agence IPS le ministre thaïlandais des Affaires étrangères, Surapong Tovichakchaikul. « Je ne pense pas qu’il doive y avoir de la compétition… la sous-région a besoin d’aide ».

    On estime à 60 millions le nombre de personnes qui bénéficieraient de cette coopération. Toutes résident dans le bassin versant du Mékong qui débute son parcours long de 4.660 kilomètres par le plateau tibétain pour ensuite serpenter jusqu’à la province du Yunnan et la Birmanie avant d’atteindre le Laos, la Thaïlande et le Cambodge pour enfin se déverser dans la mer de Chine méridionale et finir sa course dans le sud du Vietnam.

    La coopération économique induite par le programme GMS a vu le produit intérieur brut de la sous-région atteindre une moyenne annuelle de près de 8 %, « et le revenu par habitant a triplé entre 1993 et 2010 », indique la Banque régionale.

    « L’AsDB est perçue comme un courtier honnête et son programme est celui des pays du GMS », souligne Yushu, l’économiste de la Banque. « Mais lorsque le Japon fera son entrée, c’est avec son programme qu’il faut compter et on assiste au même schéma lorsqu’il s’agit des États-Unis ».

    (FIN/IPS/2012)

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