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BENIN: Une ferme qui sert de modèle agricole

    By Ulrich Vital Ahotondji

    COTONOU, 20 avr (IPS) – La ferme école appelée Solidarités agricoles intégrées (SAIN) s’étend sur 14 hectares à Kakanitchoé, un petit village de la vallée de l’Ouémé, dans le sud-est du Bénin. Le promoteur, Pascal Gbénou, 41 ans, y produit, entre autres, des bananes plantains et du poisson.

    «J’aime les bananes plantains de Pascal parce qu’ils sont biologiques et d’un embonpoint exceptionnel», affirme à IPS, Vodoungbé Ayetondé, une consommatrice des produits de la ferme SAIN, située à 72 kilomètres de Cotonou, la capitale économique béninoise.La culture des bananes plantains, sur un sol à la fois argileux et sablonneux de Kakanitchoé, n’était pas gagnée d’avance, selon Gbénou, le promoteur. «Pendant longtemps, je n’arrivais pas à produire le bananier plantain du côté-est de ma ferme. Un jour, j’ai rencontré un vieux paysan qui m’a donné la recette des feuilles d’acacia», indique-t-il à IPS.

    «De retour à la ferme, j’ai mis en terre les crottes de lapins avec les feuilles d’acacia, et le sol difficile a produit des miracles. Aujourd’hui, nous vendons jusqu’à deux millions de bananes plantains par an», ajoute-t-il.Bernardin Lokossou, agrochimiste chercheur à l’Institut national des recherches agricoles (INRAB) du Bénin, explique à IPS: «Les feuilles d'acacia et les crottes de lapins sont des matières organiques qui se décomposent dans le sol et libèrent des éléments nutritifs comme l’azote, le phosphore, le potassium, directement assimilables par la plante pour assurer sa nutrition. C’est pourquoi, nous avons ce résultat».La ferme SAIN développe les trois pôles de production: animale (lapins, pintades, cailles, apiculture…), végétale (maraîchage, riz, oranger, cocotier), et piscicole (carpes et silures).«Nous accordons une attention particulière au silure que nous produisons par insémination artificielle dans les étangs piscicoles parce qu’il se reproduit généralement en eau profonde», explique Gbénou à IPS.Selon Prospère Sènouvo, ingénieur chercheur en écologie marine à l’INRAB, les silures (clarias) se mangent facilement entre eux; en pisciculture, il faut donc y mettre du soin. «Beaucoup de pisciculteurs de l'Ouémé-Plateau sont formés à sa reproduction en captivité par des encadreurs techniciens du ministère de l’Agriculture, du Centre Songhaï (centre de formation agricole à Porto-Novo, la capitale politique du Bénin)», souligne-t-il.Dans la ferme, la pisciculture du silure est méthodique. «Il faut affamer pendant quelques heures les poissons sélectionnés, prendre un ratio de huit femelles pour quatre mâles; tenir avec une serviette mouillée la tête des poissons devant subir les injections pour l’insémination artificielle et s’assurer que le poids des poissons dont l’hypophyse devra être utilisée dépasse d’au moins 0,2 kilogramme celui des femelles», indique Gbénou.

    «Ainsi, nous produisons et vendons de poissons jusqu’à cinq ou six millions de francs CFA (entre 10.000 et 12.000 dollars environ) par an», ajoute-t-il.Selon Gbénou, les productions végétales de la ferme avoisinent les 150 tonnes par an. Les produits maraîchers donnent environ 85 tonnes, les oranges, environ 15 tonnes, le riz en production normale donne 50 tonnes. Avec le système de riziculture intensive, le promoteur obtient le même résultat, mais avec moins d’eau et un tiers de la superficie normale.

    Depuis 2003, la ferme SAIN est devenue une école qui accueille des jeunes, candidats à l’exode rural, issus de familles en difficultés, pour une formation de 18 mois. Ancien stagiaire du Centre Songhaï, Gbénou s’emploie à transmettre le savoir-faire qu’il a acquis aux jeunes en les encourageant à aller vers l’agriculture.Prospère Zannou, 26 ans, élève à la ferme SAIN, qui apprend la pisciculture et l’élevage du lapin, déclare à IPS: «J’ai choisi la ferme après mon baccalauréat parce que mes parents sont cultivateurs. De plus, les longues études ne mènent à rien. Nos frères sont au chômage malgré leurs grands diplômes. Avec la terre, c’est plus sûr».Abordant la question de la terre, Gbénou affirme que le foncier reste un luxe au Bénin. «Les levés topographiques coûtent une fortune et du coup, le retour des jeunes à la terre tant chanté par nos gouvernements semble bien loin de la réalité», dit-il.Gbénou affirme avoir acheté les terres progressivement auprès des propriétaires terriens du village Kakanitchoé. Les 12 premiers hectares lui ont coûté 2,4 millions FCFA (4.800 dollars), et les deux derniers, 700.000 FCFA (1.400 dollars).

    Toutefois, l’Assemblée nationale a voté une loi en octobre 2007 sur le Régime foncier rural. «Une disposition de cette loi permet notamment aux jeunes d’exploiter les terres laissées en friche pendant plus de cinq ans», a indiqué à IPS, Omoulara Adjadi, la directrice de la promotion et de la législation rurale au ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche.

    Adjadi travaille avec une équipe pour une large vulgarisation de cette loi qui devrait, selon elle, permettre de booster le développement local par l’agriculture.Si les terres sont plus ou moins accessibles, le crédit agricole, par contre, ne l’est pas. Il est difficile avec un taux d’intérêt exorbitant, selon Gbénou. «En 2009, j’ai fait la pénible expérience de la Caisse locale de crédit agricole mutuel qui me prenait un taux d’intérêt de 24 pour cent», a-t-il expliqué à IPS.Mais, le directeur de la Banque régionale de solidarité (BRS), Roger Kokou, exprime une autre opinion: «Les Béninois n’aiment pas rembourser les prêts. Néanmoins, à la BRS, nous accompagnons les projets agricoles dans les limites de nos possibilités».Gbénou a été décoré de la médaille de chevalier du mérite agricole en 2007 par le président béninois, Boni Yayi.

    Il existe au Bénin d’autres agriculteurs méritants comme Gbénou, indique le directeur de la Société nationale de promotion agricole, Idrissou Bako. C’est le cas des agriculteurs d’ananas dont les productions sont exportées à l’extérieur, notamment vers l’Europe et les Etats-Unis.

    Selon Bako, le Bénin a déjà atteint la sécurité alimentaire pour les céréales comme le maïs dont il vend l’excédent au Programme alimentaire mondial. «Ce qui reste à couvrir aujourd’hui, c’est le riz», dit-il. «Nous avons une production nationale d’environ 200.000 tonnes alors que la demande avoisine les 300.000 tonnes».

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