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BURKINA FASO: Des leaders pour faire accepter les latrines

    By Brahima Ouédraogo

    OUAGADOUGOU, 22 août (IPS) – Pour accélérer la construction de latrines au Burkina Faso et leur acceptation par les populations du pays, le gouvernement lance une nouvelle approche baptisée "L’assainissement porté par des leaders".

    «C’est une initiative qui est fondée sur la solidarité entre les individus et les communautés afin d’accélérer des latrines et mettre fin à la défécation en plein air qui est une pratique assez répandue dans le pays, et de freiner les maladies liées au péril fécal», explique Halidou Koanda, représentant de l’organisation non gouvernementale 'WaterAid' au Burkina Faso.'WaterAid' et le ministère burkinabé de l’Agriculture et de l’Hydraulique se sont fondés sur une enquête réalisée en 2011 dans les villages de 70 personnalités provenant de tous les secteurs d’activités, parmi lesquels des ministres, des anciens présidents, des députés, des sportifs, et des opérateurs économiques pour justifier l’initiative.«Lorsque nous avons fait le tour dans le village de chacun, tous les villages présentaient un visage assez uniforme: le taux de défécation en plein air est à peu près de 95 pour cent», déclare Koanda à IPS, ajoutant que le rapport de l’enquête a été adressé au gouvernement.«En milieu rural, il n’est pas rare de voir certaines autorités qui, à l’occasion d’une circonstance heureuse ou malheureuse, reçoivent des invités dans leur propre village et qui ont des problèmes pour trouver un cadre adéquat pour se soulager», explique Koanda.Une enquête réalisée en 2010 par l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD), a montré que l’utilisation de la nature comme lieu d’aisance est une pratique répandue au Burkina Faso et touche six ménages sur 10.

    En milieu rural, huit ménages sur 10 n’utilisent pas de latrines, indique l’enquête. Elle ajoute que 80 pour cent de la population défèquent à l’air libre en milieu rural, alors que le taux est de 62 pour cent au niveau national.Selon l’INSD, le taux d’accès à l’assainissement familial est de 3,1 pour cent au niveau national. Ce taux, inférieur aux estimations faites jusqu’à présent, masque une importante disparité selon le milieu d’habitation avec près de 10 pour cent de ménages vivant en milieu urbain et moins d’un pour cent de ménages résidant en milieu rural qui ont accès a l’assainissement, souligne l’INSD.

    «Bien que l’Etat et ses partenaires mettent de l’argent dans l’assainissement, le nombre d’ouvrages réalisés annuellement ne nous ne permettra pas d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en 2015», affirme Marie Denis Sondo, directrice générale des eaux usées et excréta au ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique.

    Selon le ministère, le gouvernement investit chaque année, depuis 2010, quelque 1,4 milliard FCFA (environ 2,6 millions de dollars) dans l’assainissement dans ce pays sahélien d’Afrique de l’ouest.«Donc les leaders doivent apporter un appui financier propre pour construire des latrines et utiliser leur temps pour sensibiliser et mobiliser les populations afin que les questions d’hygiène et d’assainissement soient prioritaires», déclare Sondo à IPS.Face au retard constaté dans le domaine de l’assainissement et de l’hygiène, le gouvernement burkinabé et ses partenaires avaient lancé, en 2010, une campagne nationale de plaidoyer et de mobilisation de ressources pour l’accès à un assainissement adéquat.

    A l’issue de la campagne, ce sont 617.000 latrines familiales et 13.200 blocs de latrines publiques que l’Etat et ses partenaires devraient réaliser, à travers tout le pays, pour être au rendez-vous des OMD de 2015, pour un besoin de financement global évalué à quelque 64 milliards de francs CFA (environ 120,7 millions de dollars).

    Mais, les ressources mobilisées par l’Etat chaque année et celles des bailleurs de fonds ne permettront pas d’avoir assez de latrines pour atteindre les OMD en 2015, estime Koanda, de 'WaterAid'.«Le gouvernement a décidé en février dernier que chacun offre à son village ou à son quartier des latrines. C’est pour ça que j’en construis une trentaine dans mon village en espérant que ce geste va entraîner d’autres personnes après moi», déclare le Premier ministre burkinabé, Luc Adolphe Tiao.

    En août, Tiao est allé construire une trentaine de latrines dans son village de Pouni situé à une centaine de kilomètres, au sud de la capitale. «La question de l’assainissement est devenue un véritable problème dans notre pays, or c’est un indice important du développement», ajoute-t-il.Selon 'WaterAid', si chaque année, on peut mobiliser l’ensemble des leaders pour intensifier la construction de latrines, on pourrait atteindre les OMD et aller au-delà.Pour mobiliser des fonds supplémentaires, le gouvernement et ses partenaires ont organisé en juillet 2012 une opération 'sanithon' à la radio et télévision nationales, qui a permis de recueillir près de 90 millions de FCFA (environ 170.000 dollars).«C’est une première mais une réussite, maintenant le gouvernement a souhaité que l’initiative soit organisée dans chaque région afin que les fils de chaque localité se retrouvent autour des autorités politiques et administratives pour faire en sorte que la question des latrines ne soit plus une question du gouvernement», souligne Koanda.

    Certaines personnalités commencent à réagir positivement à l’appel de 'WaterAid' et du gouvernement.Arthur Kafando, ministre du Commerce, déclare que son village de Rayongo, dans la banlieue de Ouagadougou, est dans une zone nouvellement lotie et qu’il n’y a pas assez de latrines. «Je dois réaliser une dizaine de latrines; nous voulons amener les populations à comprendre l’importance de ces questions pour leur bien-être. Donc nous allons faire appel à plusieurs personnes pour nous aider».Pour sa part, Dominique Ido, qui est le maire de Pouni, au sud de la capitale, indique à IPS: «Les latrines familiales sont rares au village. Le taux est de deux pour cent… Il y a des latrines communautaires dans les écoles et autres lieux publics, mais la nuit, les gens ne les utilisent pas. Donc nous espérons réunir autour de l’initiative tous les cadres qui vont faire augmenter le nombre de latrines d’ici à 2015».

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