Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

BURKINA FASO: Des questions après l’usage la force contre la dernière mutinerie

    By Brahima Ouédraogo

    OUAGADOUGOU, 6 juin (IPS) – Malgré la fermeté affichée du gouvernement du Burkina Faso de restaurer l’autorité de l’Etat en utilisant la force pour mater cette énième mutinerie de militaires, des questions demeurent par rapport au règlement définitif de la crise qui secoue ce pays depuis plusieurs mois.

    Après trois nuits consécutives de violences, de pillages et de coups de feu en l’air à Bobo-Dioulasso, la capitale économique burkinabé, les autorités ont envoyé d’autres militaires mater la dernière mutinerie qui a touché, pour la première fois, le camp Ouezzin Coulibaly de cette ville du sud-ouest du pays dans la nuit du 31 mai."Je suis inquiet parce que tout le monde se demande ce qui se passe au Burkina. Nous avons perdu tout le capital crédit que nous avions par rapport à la communauté internationale car nous étions perçus comme un pays de paix, un pays de stabilité", déclare à IPS, Ablassé Ouédraogo, ancien ministre des Affaires étrangères du Burkina et consultant."Je pense qu’il faut des solutions structurelles aux problèmes du pays qui sont structurels. Les solutions conjoncturelles ne règleront pas définitivement cette question. Il faut que les Burkinabé se parlent, il leur appartient de faire autrement que ce qu’on a fait jusque-là", ajoute Ouédraogo.Selon des chiffres encore provisoires, cette dernière mutinerie a fait sept morts dont six mutins et une fillette de 14 ans tuée par une balle perdue. Des dizaines de personnes ont été blessées et près de 60 mutins ont été appréhendés, selon les autorités militaires qui annoncent qu’ils seront poursuivis pour "rébellion et vol".Depuis mars 2011, plusieurs mutineries ont gagné différents camps militaires dans le pays. Le 14 avril dernier, le régiment chargé de la sécurité présidentielle était aussi entré dans la danse, poussant le chef de l’Etat à démettre les principaux chefs militaires, et changer de Premier ministre. Et il cumule désormais le portefeuille de ministre de la Défense.Etienne Traoré, député du parti d’opposition 'Faso Metba' (qui signifie bâtisseurs en langue moré), affirme que les différentes manifestations de militaires sur fond de revendications sociales, sont en fait une expression du ras-le-bol et d’un profond malaise au sein des populations du pays."C’est le résultat d’une certaine gouvernance faite d’exclusion sociale, d’oppression, d’aliénation, et cela a créé des frustrations au niveau des populations", dit-il à IPS."Il y a une certaine méfiance et l’une des raisons de la méfiance, c’est que les gens ont marre du système et veulent le changement. Que le président dise qu’il ne veut plus se représenter, ensuite on peut faire des corrections au niveau de la constitution et satisfaire les doléances des militaires et des civils", ajoute Traoré.Plusieurs partis d’opposition soupçonnent le président Blaise Compaoré, dont le dernier mandat expire en 2015, de vouloir amender l’article 37 de la constitution qui limite les mandats pour se représenter à la prochaine élection présidentielle."Ce qui préoccupe tout le monde aujourd’hui, c’est l’article 37. Que ceux qui ne sont pas concernés par une modification de l’article 37 le disent clairement, et cela permettra d’alléger tout le poids de la suspicion", lance Ouédraogo qui appelle cependant à ne pas s’accrocher sur cette question.Ouédraogo fait allusion au fait que l'opposition s'y oppose, alors que certains députés proches du Congrès pour la démocratie et le progrès, le parti au pouvoir, préconisaient cette modification de la constitution.

    "Quand on fait n’analyse en profondeur de la situation nationale aujourd’hui, l’article 37 n’est pas d’actualité…, on devrait s’occuper des problèmes de développement, car au Burkina, nous avons trois défis majeurs à ce niveau", souligne l’ancien ministre.Selon Ouédraogo, les défis du pays sont la cherté de la vie et la lutte contre la pauvreté, "surtout l’équité dans le partage des richesses et la justice. "Il n’y a pas de justice au Burkina, et la population n’a pas confiance en son système judiciaire, il faut une justice équitable", martèle Ouédraogo.Les mutineries des soldats ont été précédées par des manifestations violentes d’élèves qui réclament justice après la mort, en février 2011, d’un élève de troisième, Justin Zongo, à Koudougou, dans le centre-ouest du pays. Les autorités avaient attribué son décès à une crise de méningite avant de se rétracter suite a la pression de la rue. Depuis lors, cinq policiers ont été inculpés pour coups et blessures dans cette affaire.Le représentant de l’Union européenne au Burkina, Amos Tincani, a regretté récemment l’insuffisance des réformes de la justice, avant de quitter le pays, la semaine dernière. Il estime que du succès de ces réformes, dépendront toutes les réformes à entreprendre dans ce pays d’Afrique de l’ouest.Selon Tincani, un projet de 10 milliards de francs CFA (plus de 22 millions de dollars), qui devait consister à réformer la justice, n’a jamais vu le jour faute de volonté politique."Dans la crise qui secoue le Burkina…, il y a des problèmes de fond qui remontent loin dans le temps, mais la justice est la principales préoccupation de toutes les catégories sociales du Burkina", a-t-il déclaré.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa