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BURKINA FASO: Deux agents de santé condamnés pour la mort d’une femme enceinte

    By Brahima Ouédraogo

    OUAGADOUGOU, 27 oct (IPS) – La récente condamnation de deux femmes agents de santé impliquées dans le décès d’une femme enceinte dans une maternité de Bobo-Dioulasso, dans l’ouest du Burkina Faso, relance la question du climat de travail dans les centres de santé en général et les maternités en particulier.

    Les deux femmes ont été condamnées par la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso le 21 octobre à six mois de prison ferme pour l’une qui est une accoucheuse auxiliaire, et à six mois avec sursis pour l’autre qui est un agent itinérant de santé. Elles ont été reconnues coupables de négligence dans la mort d’une patiente enceinte en septembre dernier dans cette ville. Elles doivent en outre payer chacune trois millions de francs CFA (environ 6.000 dollars) de dommages et intérêts.Les populations en colère avaient incendié la maternité après le décès de la femme dans cette deuxième ville du pays. Le drame a suscité un tollé qui avait poussé le gouvernement à radier immédiatement de la fonction publique les deux agents pour négligence manifeste et pour n’avoir pas apporté l’assistance requise à la patiente; et les avait jetés en prison."J’ai été choquée parce qu’une femme enceinte dans une maternité appelle à une grande surveillance car on a au moins deux vies en main", déclare Kadidia Diallo, sage-femme et responsable de la clinique de l’Association burkinabè pour le bien-être familial (ABBEF).

    "La femme enceinte souffre énormément et c’est le rôle des accoucheuses de lui faire comprendre que ces douleurs sont inévitables, avec des mots doux qui rassurent et calment", ajoute Diallo qui exerce la profession depuis 1985.Diallo a confié à IPS que depuis cet incident, elle a remarqué que beaucoup de femmes qu’elle reçoit insistent afin qu’elle les accompagne le jour de leur accouchement. "Quand on leur demande où elles veulent accoucher, elles répondent qu’elles ne veulent pas accoucher dans telle ou telle maternité car on insulte les patientes ou on vous déchire", explique-t-elle à IPS."Il y a une réelle psychose et on a l’impression qu’elles n’ont jamais entendu parler d’une seule maternité où l’accueil est acceptable", affirme Diallo qui reçoit au moins 80 femmes par jour."Ces événements viennent nous rappeler les devoirs des uns et des autres. Un agent de santé intègre dans son métier l’éducation personnelle et la formation; et nous faisons des efforts afin qu’elle soit de qualité", explique à IPS, Adama Traoré, le ministre de la Santé, après avoir rencontré les agents de santé de plusieurs localités suite à l’incident de Bobo-Dioulasso.Dans une interview accordée à la radio nationale, une femme de Bobo-dioulasso ayant requis l’anonymat, a affirmé avoir perdu son bébé de sept mois dans la même maternité l’année dernière par suite de négligence.

    Pour sa part, Adama Traoré (coïncidence de nom avec le ministre), le mari de la victime déclare: "Toute ma vie est ruinée par ce que ma femme a vécu dans cette maternité avant de mourir d’une mort qui n’est pas divine, mais provoquée par des humains".Selon Traoré, les accoucheuses, qui proféraient déjà des injures à son épouse, l’avaient quand même rassuré, au moment de repartir à la maison, en promettant de bien s’occuper d’elle. Mais au petit matin, il a été réveillé par un appel téléphonique lui annonçant le décès de sa femme.

    L’incident de Bobo-Dioulasso coïncide avec la publication d’une étude, en septembre 2011, qui dévoile les tares des services de santé du Burkina Faso, notamment dans la prévention de la mortalité maternelle.

    Les ressources humaines ne sont pas toujours qualifiées et leur répartition n’est pas bien faite, indique l’étude qui ajoute qu’en milieu urbain, on trouve plus de personnel qualifié qu’en zone rurale.

    "En ce qui concerne les soins obstétricaux et néonataux d’urgence, on a constaté qu’on n’a pas toujours le personnel qualifié pour offrir tout le paquet de service, et même quand on a du personnel, souvent il n’est pas en poste" pour plusieurs raisons, souligne Dr Seyni Kouanda qui a publié le rapport de l’étude.

    "On a une bonne organisation, mais il existe encore beaucoup de problèmes dans la mise en œuvre des interventions pour faire face à la mortalité néonatale et maternelle…", reconnaît Kouanda.Pour réduire la mortalité maternelle qui reste l’une des plus élevées de la sous-région avec 307 décès pour 100.000 naissances vivantes (soit 2.000 décès par an), le gouvernement burkinabè a accordé, depuis 2000, environ 80 pour cent de subventions pour les soins obstétricaux et néonataux, selon le ministère de la Santé.

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