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BURKINA FASO: Mettre fin à la stigmatisation et aux assassinats des albinos

    By Brahima Ouédraogo

    OUAGADOUGOU, 14 nov (IPS) – Judith Traoré est albinos. Inscrite sur titre à l’Institut des sciences et techniques de l’information et de la communication (ISTIC) qui forme les journalistes du Burkina, elle espère une intégration à la fonction publique ou un recrutement par une structure privée.

    "Je me pose des questions à savoir si j’aurai un emploi après la formation", explique à IPS Traoré, angoissée malgré un stage en septembre dernier dans un média où elle dit "sincèrement n’avoir rencontré aucun problème"."Au sein de votre famille, à l’école, vous n’êtes pas compris. Même au cinéma, ou dans les cars de transport, on vous interpelle et on vous demande de laisser passer les autres comme si nous n’étions pas des hommes", raconte Traoré.Traoré et d’autres albinos du Mali et de la Côte d’Ivoire se sont retrouvés dans le cadre d’un forum du 10 au 13 novembre à Ouagadougou pour appeler les autorités à prendre des textes qui vont mettre fin à leur stigmatisation et aux préjugés qui menacent leur vie et les empêchent d’accéder aux emplois."Nous devons travailler en permanence sur le plaidoyer, c’est important car même s’il y a une personne handicapée dans le monde, on doit s’en occuper", insiste, en parlant à IPS, Rosalie Bassolet, présidente de la Fédération Burkinabé des associations des personnes handicapées (FEBAH).Alors qu’il participait au forum de Ouagadougou, le président de la Fédération malienne des personnes handicapées (FEMAH), Moctar Ba, a reçu un coup de fil lui demandant une liste de 70 handicapées à intégrer à la fonction publique.Il y a trois à cinq personnes albinos parmi ces personnes, confie à IPS Ba."C’est grâce au combat de plaidoyer et à la volonté politique", explique Ba, "ça n’a pas été facile avec le regard de la communauté, mais avec des personnalités aux différents postes, il y un changement dans la perception des albinos".Au Mali, le chanteur Salif Keita, avec la fondation qui porte son nom, et le directeur de la Pyramide du Souvenir du Mali, Thierno Diallo, constituent selon Ba des icones de "marketing social" pour mieux intégrer les albinos dans la société."La stigmatisation est atténuée car les gens commencent à comprendre. Les poches de résistance se retrouvent en milieu rural surtout parmi les populations analphabètes", ajoute Ba."La tradition est dynamique, elle voyage chaque fois avec les hommes et c’est à eux de se demander chaque fois ce qu’elle vaut et ce qu’elle apporte aux citoyens", explique à IPS le Larle Naba Tigre, l’un des ministres du chef des Mossé, le Mogho Naba. Sa première fille, albinos, fait des études supérieures hors du pays.Le forum de Ouagadougou a demandé aux organisations sous régionales de la société civile d’intégrer dans leurs campagnes et activités de plaidoyer les droits de personnes handicapées en général et ceux des albinos en particulier.L’albinisme est considéré comme un handicap et dans un rapport publié en juin dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) révèle qu’un cinquième du nombre estimatif total des personnes handicapées, soit de 110 à 190 millions, se heurtent à des difficultés importantes.Les obstacles qui vont de l’ostracisme et de la discrimination au manque de services de santé et de réadaptation, en passant par un manque d’accès aux moyens de transport, aux bâtiments et aux technologies de l’information et de la communication, indique l’OMS. Les personnes handicapées, estime l’OMS, sont en moins bonne santé, réussissent moins bien leurs études, ont moins de possibilités d’emploi et connaissent des taux de pauvreté plus élevés que les personnes valides."Les textes protègent les personnes handicapées en général mais on attend du gouvernement des décisions pour l’application des textes qui vont spécifier les avantages des personnes albinos", explique à IPS Fabre Sanou, président de l’Association nationale pour l’intégration des albinos du Burkina (ANIPA)."Nous souhaitons que les gouvernements fassent davantage pour l’intégration de cette catégorie de personnes. C’est important pour leur vécu quotidien", lance Bassolet. Selon elle, ils sont environ 500 albinos au Burkina la plupart vivant dans l’est du pays où s’est tenu le forum.Depuis 2008, des dizaines d’albinos ont été assassinés au Burundi et en Tanzanie et les parties de leurs corps utilisées à des fins mystiques. "Ce forum nous apporte beaucoup car c’est la première fois que nous participons à une telle rencontre", explique Alain Coulibaly, président de la Fédération des albinos de Côte d’Ivoire créée en 2009. C’est l’assassinat d’un albinos en 2008 à Abidjan qui a suscité la mise en place de la structure, selon lui.Coulibaly espère que les partenaires rencontrés à Ouagadougou vont permettre la classification de l’albinisme parmi les handicaps dans son pays. "On a des problèmes de sacrifices humains, d’intégration et d’éducation car les albinos sont inscrits à l’institut des aveugles à cause de leurs problèmes de vue".L’albinisme selon l’OMS, est une maladie héréditaire liée à la réduction ou à l'absence de synthèse de mélanine. La mélanine est une substance noire qui colore l'œil, les cheveux et la peau. La réduction ou l'absence de la mélanine au niveau de la peau, de l'œil et des cheveux expose non seulement ces différentes parties, mais altère aussi leur fonction.Le forum a également insisté sur l’association des personnalités politiques et administratives aux campagnes de sensibilisation sur la situation des albinos afin qu’elles participent à la prise de décision en faveur de ces derniers."Il faut accélérer leur intégration car ils sont très stigmatisés. On n’a pas encore d’assassinat d’albinos au Burkina mais [dans] l’imagination populaire, on pense qu’ils ont des dons qui peuvent aider à régler certaines problèmes", avance Bassolet qui se bat pour un quota de 30 pour cent de handicapés dans la fonction publique.

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