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BURKINA FASO: Semences améliorées pour produire plus en un cycle plus court

    By Tiego Tiemtoré

    OUAGADOUGOU, 21 août (IPS) – Issaka Kaboré parcourt les abords de son champ de maïs, en compagnie de ses quatre ouvriers. Depuis 2010, il s’est lancé dans la culture des semences améliorées sur ce périmètre de six hectares à Loumbila, à 12 kilomètres à l’est de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.

    Kaboré, 34 ans, qui est rentré de Côte d’Ivoire, s’est installé sur ce périmètre qu’il a loué au prix annuel de 500.000 francs CFA (environ 943 dollars).Comme lui, Mathieu Kabré s’est engagé dans la culture de semences améliorées au même moment. Installé dans son village à Nagréongo, au centre du pays, il bénéficie de l’aide de ses cousins pour exploiter ses 10 hectares.La variété de maïs qu’ils cultivent est appelée «Bondofa» (signifie remplir le grenier en langue dioula). "J’ai choisi cette variété sur les conseils des encadreurs alors que j’étais parti pour cultiver les anciennes variétés traditionnelles", explique Kabré à IPS."Bondofa peut atteindre 12 tonnes par hectare au lieu de cinq à sept tonnes comme avec les variétés traditionnelles", soutient Inoussa Balboné, un technicien supérieur agricole."En 2010, j’ai récolté 50 tonnes et 57 tonnes en 2011. Cette année, je table sur 60 tonnes", affirme à IPS Kaboré dont la première récolte de maïs en 2009, n’avait guère dépassé cinq tonnes par hectare, avec la semence traditionnelle."En plus, les semences traditionnelles ont un cycle de plus de 90 jours alors que les semences améliorées ont un cycle de 70 jours en moyenne", ajoute Balboné à IPS.Quand Kaboré et Kabré ne tarissent pas d’éloges sur leur nouvelle option, encouragés par les sessions de formation de l’Union nationale des producteurs semenciers du Burkina Faso (UNPSB), dont ils sont devenus membres en 2010.Créée en 2006, l’UNPSB qui compte environ 4.000 membres, coordonne les activités de production, de commercialisation et joue l’interface entre l’Etat et les producteurs."En plus de nous former aux innovations technologiques, le gouvernement nous achète la tonne de maïs à 170.000 FCFA (environ 320 dollars), alors que sur le marché, la variété traditionnelle est achetée autour de 130.000 FCFA (245 dollars) la tonne. C’est donc très bon à prendre", estime Kaboré.Le ministère de l’Agriculture et de l’Hydraulique rachète aux producteurs – encadrés et suivis par ses techniciens – leurs productions, pour les revendre à un prix social sur le marché.Kaboré avait dépensé trois millions FCFA (5.660 dollars) en 2010 pour l’engrais, l’ensemencement, le conditionnement des récoltes et les salaires des ouvriers. Après les charges, la vente de ses 50 tonnes lui a rapporté un bénéfice de quatre millions FCFA (7.547 dollars), affirme-t-il.Il a indiqué avoir sollicité en 2011 les services d’un encadreur agricole retraité contre un payement de 943 dollars environ. Kaboré a pu vendre 55 tonnes de maïs et dégager un bénéfice de 5,1 millions FCFA (9.000 dollars).Mais il n’a pas oublié une dette de 7.547 dollars auprès d’une caisse populaire, avec comme garantie, son terrain à Ouagadougou. Chaque année et pendant trois ans, il paie 1,5 million FCFA (environ 2.830 dollars) pour rembourser le prêt.De son côté, Kabré reste aussi optimiste. Après avoir récolté 90 tonnes de maïs en 2010 et 100 tonnes en 2011, il a acquis cette année, pour un million FCFA (1.886 dollars), cinq hectares où il espère récolter 55 tonnes. "Sur les deux ans de culture, j’ai pu économiser six millions FCFA (11.320 dollars). Je vais m’équiper et aider mon petit frère à s’engager aussi", dit-il à IPS.En plus du Bondofa, il existe une dizaine de variétés de semences résultant de la recherche à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles. "C’est une filière qui est très importante pour le développement agricole, parce que si nous voulons parvenir à l’autosuffisance alimentaire, il faut avoir des semences de qualité et renforcer les capacités des producteurs", explique André Bationo, chercheur en sciences agronomiques à l’Université de Ouagadougou.Pour le gouvernement burkinabé, l’autosuffisance alimentaire passe par la disponibilité des semences de qualité. Mieux, "l’ambition est d’explorer les voies et moyens d’ériger le pays en exportateur de semences dans la sous-région", déclare Robert Ouédraogo, directeur général des productions végétales au ministère de l’Agriculture.Toutefois, comme la plupart des producteurs, Kabré et Kaboré ont besoin de plus de moyens pour produire davantage et diversifier leurs cultures. Ils envisagent d’acquérir des superficies plus grandes dans le sud-est du pays, pour en faire des fermes modernes. Il faudra un investissement de 40 millions FCFA (75.470 dollars) pour le premier, tandis que le second est à la recherche de 50 millions FCFA (94.340 dollars)."La terre ne ment pas; si tu as les moyens, elle ne te trahira pas", souligne Kabré qui n’a pas hésité à débourser deux millions FCFA (3.773 dollars) pour inscrire, cette année, son fils Jacob dans une école d’agronomie au Ghana voisin. Il dit vouloir faire de lui l’héritier d’un "futur empire semencier".

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