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BURKINA FASO: Une guerre est déclarée aux sachets plastiques

    By Brahima Ouédraogo

    OUAGADOUGOU, 9 déc (IPS) – En participant à la campagne de collecte des sachets plastiques abandonnés dans la nature, engagée par le gouvernement du Burkina Faso, "notre action sert à réduire leur nombre…en les récupérant pour ensuite les valoriser", affirme Safiatou Sylla coordonnatrice d’un groupement de femmes.

    Le groupement d’intérêt économique/action pour la protection de l’environnement, basée à Ouagadougou, la capitale burkinabè, a sélectionné 150 femmes pour la collecte des sachets plastiques et 50 autres pour le tri, explique Sylla à IPS.

    "Nous contribuons ainsi à embellir la ville en la débarrassant de ces sachets qui s’accrochent sur les arbres et autres fils électriques; on rend la ville propre tout en contribuant à améliorer les conditions de vie des femmes", ajoute Sylla. "C’est une action de développement que nous menons".

    "Cependant", ajoute Sylla, le gouvernement doit s’assurer qu’il n’y a plus de sachets qui entrent dans le pays ou encourager les emballages biodégradables, sinon ce sera peine perdue".

    Certains gagnent un peu d’argent dans cette lutte contre le "péril plastique". "Je vais acheter à manger à mes enfants ou faire autre chose comme le commerce avec l’argent que je vais gagner pendant la campagne de collecte", affirme Alizèta Sawadogo, une résidente du quartier Kiloin, au nord de Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso.Pour encourager les populations à se débarrasser des sachets plastiques, le ministère de l’Environnement et du Développement durable achète à 75 francs CFA (environ 15 cents US) le kilogramme de sachets, et 20 millions de FCFA (environ 40.000 dollars ont été mobilisés pour cette première opération."L’objectif est d’améliorer le cadre de vie, mais aussi les conditions de vie des couches défavorisées car ce sont des femmes d’un certain âge qui s’intéressent à cette activité", déclare à IPS, Mamadou Cissé, directeur de la propreté de la ville de Ouagadougou.Selon Cissé, quelque 10.000 tonnes de sachets plastiques, sur les 27.000 tonnes produites annuellement à Ouagadougou, ont été collectées en quelques semaines au cours de cette campagne qui a débuté le 21 novembre dernier.La lutte contre le péril plastique fait partie de la phase pilote d’un projet d’appui au développement durable qui concerne, dans un premier temps, les régions du Sahel, du centre nord, les communes du centre-ouest du Burkina, et la capitale, selon le ministère de l’Environnement.Une stratégie de valorisation des déchets, adoptée depuis 1996, permet la transformation des déchets plastiques pour fabriquer des chaises, des seaux des pavés, et des granulés à travers le développement de "métiers verts"."On donne une valeur marchande aux déchets qui ne sont plus quelque chose que nous pouvons éliminer de façon classique. C’est la preuve que la lutte contre la pauvreté peut s’appuyer sur une meilleure valorisation des déchets", estime Samuel Yéyé, conseiller technique au ministère de l’Environnement.L’objectif ultime des autorités est la réduction de la production des déchets plastiques à travers l’interdiction des sachets plastiques d’une épaisseur inférieure à 30 microns car ils sont les plus volatiles et les plus utilisés. Les autorités visent également à instaurer une taxe sur des sachets plus épais et à faire la promotion d’emballages alternatifs comme ceux en papier qu'on trouve déjà dans certains magasins.

    La prolifération des déchets plastiques est favorisée, entre autres, par la consommation massive des sachets d'emballages plastiques liée à la croissance rapide des villes (sept pour cent par an pour la seule ville de Ouagadougou) et à l'acquisition facile de ces sachets par la population, souligne le ministère de l’Environnement.Selon le ministère, 31 pour cent des habitants de Ouagadougou, qui génèrent par an 300.000 tonnes d’ordures ménagères (environ 800 tonnes produites par jour), jettent des sachets usés dans la nature; 28 pour cent autres ne disposent pas de poubelles chez eux et 58 pour cent n'ont pas de bacs à ordures de la municipalité dans leurs quartiers.Par ailleurs, environ 30 pour cent de la mortalité du bétail est attribué aux sachets plastiques suite à leur ingestion par les animaux qui les avalent, indique le ministère des Ressources animales.De même, les pluies et les eaux de ruissellement auxquelles s’ajoute l’utilisation des déchets domestiques comme fertilisant dans l’agriculture périurbaine, favorisent la sédimentation des sachets qui s’insèrent dans la composition des sols, pour réduire leur fertilité et entraînant également une insuffisance de l’alimentation de la nappe phréatique, selon le ministère de l’Environnement.En outre, selon feue Wangari Mathaai, ancienne vice-ministre kenyan de l'Environnement et Prix Nobel de la Paix 2004, il existerait un lien entre le paludisme et les sachets plastiques. En effet, des sachets abandonnés peuvent se remplir d'eau de pluie et offrir un nid idéal pour la prolifération des moustiques porteurs de la maladie.En Afrique, quelques pays mènent déjà la lutte contre les sachets plastiques, dont le Rwanda et l’Afrique du Sud, selon le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Le Rwanda a interdit l'importation des plastiques d'une épaisseur inférieure à 100 microns, à coup de campagnes de sensibilisation à travers le pays. Cette mesure aurait déjà entraîné une disparition des sachets plastiques noirs dans Kigali, la capitale rwandaise.

    Toujours selon le PNUE, l'Afrique du Sud a interdit les sachets plastiques d'une épaisseur inférieure à 30 microns et a introduit une taxe sur le plastique dont une partie des recettes est versée à une entreprise chargée de les recycler.

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