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BURUNDI: La réconciliation sans la justice?

    By Esdras Ndikumana*

    BUJUMBURA, 1 août (IPS) – Sept ans après la fin de la guerre civile au Burundi, une Commission vérité et réconciliation doit être mise en place. Mais en voulant imposer le pardon, le gouvernement risque de raviver les tensions qui ont déchiré le pays.

    Il y a quelques semaines, le gouvernement burundais a enfin envoyé au Parlement un projet de loi pour instaurer une Commission vérité et réconciliation (CVR). Un acte attendu par les Burundais, depuis la signature de l’accord de paix d’Arusha en 2000, qui a ouvert la voie à la mise en place d’une justice transitionnelle dans le pays.

    Cette Commission devrait couvrir les crimes commis depuis l’indépendance du pays en 1962, jusqu’à la fin de la guerre civile en 2006.

    Si cette annonce apparaît comme une véritable avancée démocratique, elle suscite beaucoup d’inquiétude parmi la société civile. «Ce projet de loi a été écrit sans que le gouvernement ne nous consulte, ni les Nations Unies, qui sont pourtant en discussion avec le pouvoir sur cette question depuis de nombreuses années», s’insurge Pacifique Nininahazwe, président du Forum pour la conscience et le développement.

    La préoccupation est d’autant plus grande que, selon l’activiste, «le contenu de ce projet va à l’encontre des vœux exprimés par la population lorsqu’elle a été consultée à ce sujet en 2009». A l’époque, plus de 80 pour cent des Burundais avaient approuvé la mise en place d’une CVR, mais également la création d’un tribunal spécial chargé de juger les exactions commises pendant la même période. Une doléance qui n’a pas été entendue jusqu’ici.

    Héritage postcolonialD’après Nininahazwe, le pouvoir actuel redoute les verdicts de potentiels procès, car «certains de ses membres ont du sang sur les mains». Il faut dire que l’héritage postcolonial est lourd: depuis l’indépendance, l'histoire du Burundi est jalonnée par des massacres interethniques entre la majorité hutue (85 pour cent de la population) et la minorité tutsie (14 pour cent), longtemps au pouvoir.

    De 1993 à 2006, le pays a connu un terrible conflit interne, qui a fait 300.000 morts et ruiné son économie. Une guerre fratricide déclenchée par l’assassinat du premier président hutu élu, Melchior Ndadaye, lors d’une tentative de coup d’Etat de l’armée dominée alors par la minorité tutsie.

    En 2005, le gouvernement a changé de main pour être dirigé par un parti issu de l’ex-principal mouvement rebelle hutu: le Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie (CNDD-FDD).«Le CNDD-FDD est né comme un mouvement d’autodéfense de la population, parce qu’un crime grave venait d’être commis par l’armée, il ne sera donc pas le premier sur le banc des accusés», assure son porte-parole, Onésime Nduwimana. «On parle de crimes commis sur des dizaines d’années, les responsables se trouvent partout. Une justice punitive risque de crisper la société et de nous replonger dans la crise».

    Mais pour la société civile et la plupart des partis d’opposition, c’est au contraire cette absence de justice qui risque de faire basculer à nouveau le pays dans la violence. Au Burundi, chacune des deux principales ethnies, les Hutus et les Tutsis, est convaincue qu’elle a été «la victime» des crimes de l’autre à un moment ou à un autre. Donc toutes deux exigent que leurs bourreaux soient punis.

    Impunité«Mais certains membres du CNDD-FDD me l’ont dit: créer un tribunal spécial, c’est se mettre la corde au cou pour se pendre», confie Léonce Ngendakumana, président de l’Alliance démocratique pour le changement (ADC-Ikibiri), une grande coalition de l’opposition. Pour lui, «il n’y aura pas de justice tant que ce parti sera au pouvoir».

    Les précédentes démêlées judiciaires des membres du gouvernement semblent lui donner raison. A commencer par le sommet de l’Etat. Le président burundais Pierre Nkurunziza, ancien chef rebelle au sein du CNDD-FDD, a été condamné à mort, au plus fort de la guerre civile, pour la pose de mines antichars à Bujumbura. Mais il a été blanchi par la justice en 2009, dans des circonstances toujours dénoncées par l’opposition.*(Esdras Ndikumana est journaliste au Burundi et a écrit pour 'InfoSud', une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d’un accord de coopération entre InfoSud et IPS).

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