Home » Afrique, Developpement, Economie et Travail, Headlines, Reportage d'Afrique »

CAMEROUN: Des pygmées bakas troquent leurs droits de vote contre l’alcool

    By Ngala Killian Chimtom

    YAOUNDE, 26 sep (IPS) – Lorsque Daniel Mgwape, un homme baka à Mindourou, dans la région de l'Est du Cameroun, avait envie de boire de l’alcool local communément appelé 'kitoko', il a pris simplement sa carte d'électeur biométrique pour aller voir le tenancier du bar de village.

    Le commerce entre les Bakas – historiquement appelés pygmées – se fait essentiellement par le troc plutôt qu’au moyen d’un échange financier. Mgwape a échangé sa carte d'électeur contre deux "sachets" de cet alcool, d'une valeur dérisoire de 200 francs CFA – moins d'un demi-dollar. Les cartes seraient achetées auprès des Bakas à des fins de fraude électorale.

    "A quoi sert ce bout de papier par rapport à une boisson qui me garde génial?", a plaisanté Mgwape quand on lui a demandé pourquoi il a échangé sa carte d'électeur contre l'alcool. Il a affirmé que les Bakas ont leur propre organisation sociale et politique, ajoutant qu'il croyait que "les élections soi-disant modernes sont juste une autre façon par laquelle les Bantous veulent nous exploiter".

    Les Bantous désignent les 300 à 600 groupes ethniques en Afrique qui parlent des langues bantoues, répartis depuis le Cameroun à travers l’Afrique centrale et orientale jusqu’en Afrique australe.

    Un peu plus de cinq millions d'électeurs inscrits dans ce pays d'Afrique centrale de 22 millions d’habitants sont retenus pour voter lors des élections législatives et municipales du 30 septembre. Mais il semble maintenant que les Bakas peuvent ne pas faire partie du processus.

    "Les élections ne nous ont jamais rien donné – pas d’hôpitaux, ni vivres, rien. Nous sommes toujours obligés de parcourir de longues distances avant d’obtenir de gibier, cueillir des fruits, du miel et des tubercules ainsi que du poisson", a-t-il déclaré à IPS avant d’avaler cet alcool fort et se diriger dans la forêt, une lance à la main.

    C'est une tendance croissante chez les Bakas et l’organe chargé des élections nationales – Elections Cameroun (ELECAM) – est préoccupé.

    Lors d'une visite récente dans la région, le révérend Dieudonné Massi Gams, un membre du conseil d’ELECAM, a indiqué aux Bakas qu'une seule voix perdue pourrait être désastreuse pour le bien-être du pays et des Bakas eux-mêmes.

    Les Bakas indigènes sont un peuple de chasseurs-cueilleurs qui vivent dans les forêts tropicales du sud-est du Cameroun. Ils sont au nombre 45.000 environ dans la région, et dépendent des fruits sauvages, du gibier et des tubercules pour leur survie.

    Avec peu d'accès aux services de santé, à l'éducation et à l'eau potable, les Bakas se retrouvent fréquemment marginalisés.

    Le tenancier du bar, James Chika, a déclaré que les cartes étaient achetées par des politiciens qui espéraient les remettre à des partisans qui voteraient en leur faveur.

    "Je reçois les cartes auprès des Bakas en échange de 'kitoko', puis je les vends aux politiciens qui affirment qu'ils les distribueront à leurs partisans afin de leur permettre de voter plusieurs fois dans les élections législatives et municipales du 30 septembre", a expliqué Chika à IPS.

    Le principal parti d'opposition du pays, le 'Social Democratic Front' (SDF), a adressé une pétition à ELECAM au sujet ce qu'il qualifie de "falsification des cartes d'électeur", citant la ville de Kumba, dans la région du Sud-Ouest du Cameroun, où plus de 1.000 cartes d'électeur falsifiées ont été découvertes.

    John Fru Ndi, le leader du SDF, a allégué que des responsables gouvernementaux étaient impliqués dans cette arnaque.

    "Des ministres sont venus de Yaoundé et achètent des cartes d'électeur auprès des gens. Nous disons que nous ne tolérerons aucun jeu flou encore. Nous faisons cela parce que nous voulons la justice avant, pendant et après les élections. Et la justice amènera la paix", a-t-il déclaré à IPS.

    Mais le professeur Elvis Ngolle Ngolle, un membre du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), au pouvoir depuis 1985, a affirmé à IPS que son parti n'avait pas besoin d'utiliser des moyens peu orthodoxes pour gagner les élections.

    Soulignant ce qu'il appelle "le leadership sage du président Paul Biya", Ngolle Ngolle a déclaré que le parti au pouvoir avait fait du Cameroun l'envie de ses voisins, et un havre sûr pour des investisseurs.

    "Les électeurs voient beaucoup de développement en cours et leurs voix pour le RDPC n'ont pas besoin d'être achetées", a-t-il expliqué.

    Toutefois, les deux hommes ont regretté que les Bakas en particulier ne semblent pas comprendre pourquoi ils devraient voter en premier lieu.

    "C’est regrettable que, au lieu d’éduquer ces gens sur l'importance du scrutin, des responsables du RDPC exploitent leur ignorance pour truquer les élections", a déclaré Fru Ndi.

    Thaddeus Menang, directeur des opérations électorales à ELECAM, a admis que des tentatives de la part des gens, pour obtenir plus d'une carte d'électeur, ont été détectées à travers le pays.

    "Nous avons rencontré des cas où les mêmes électeurs se promènent avec plusieurs cartes d’identité, et qui, sur la base de ces nombreuses cartes ID, se font enregistrer à plusieurs endroits. Et quand vous voyez au début un cas comme cela, il est difficile de déterminer qu’il est en double", a indiqué Menang aux journalistes.

    "Mais c'est ce que la biométrie essaie de nous aider à régler. Avec le [nouveau] système d'enregistrement biométrique des électeurs, ces cas ont été réduits au minimum".

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa