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CAMEROUN: La malnutrition devient inquiétante

    By Dorine Ekwè

    YAOUNDE, 15 juil (IPS) – Au centre de nutrition thérapeutique du service pédiatrique de l’Hôpital régional de Garoua, dans la région Nord du Cameroun, l’ambiance n’est pas très joyeuse en ce mois de juillet. Ici, la plupart des enfants souffrent de malnutrition sévère.

    Alors que pour certains de ces enfants, il n’y a aucun espoir de recouvrer la santé, pour d’autres par contre, c’est avec le sourire que le personnel médical annonce aux parents que leur enfant sera sauvé.

    Le personnel médical a recensé en juin 31 enfants malnutris dans ce centre, dont six sont décédés, un guéri et 21 transférés dans d’autres hôpitaux. Le 5 juillet, il n’en restait que trois, a constaté IPS.

    Le petit Ahmadou Ahidjo était parmi les trois et avait des chances d’être sauvé malgré son état inquiétant. A un an, l’enfant présente des signes de malnutrition chronique et de kwashiorkor: des œdèmes aux bras, aux jambes et au visage, les cheveux clairsemés et secs… Une nouvelle que sa mère, Aïcha*, enceinte de six mois, a accueilli avec soulagement.

    Mais, cette jeune femme d’une trentaine d’années a été répudiée par son mari pour avoir conduit leur enfant à l’hôpital. Pourtant, selon Aïcha, ils ne sont pas issus d’une famille pauvre.

    «Quelques mois après la naissance de l’enfant, je suis tombée enceinte. J’ai dû le sevrer, mais son père ne souhaitait pas que je lui donne du lait artificiel. Mais au même moment, il m’a déconseillé de continuer d’allaiter l’enfant et m’a demandé de le nourrir avec de la bouillie de maïs et du sel gemme», déclare Aïcha à IPS.

    «J’ai voulu refuser, mais mon mari a insisté. J’ai fini par céder et, quelque temps plus tard, j’ai remarqué que l’enfant était fatigué et que sa peau s’affinait. J’en ai parlé à ma mère qui m’a dit que c’étaient des signes de malnutrition», explique-t-elle. «Contre l’avis de mon mari, j’ai emmené l’enfant à l’hôpital. Ici, les docteurs m’ont dit que je suis arrivée juste à temps. Je rends grâce à Dieu».

    Maïmouna, 60 ans, n’a pas eu cette chance pour sa petite-fille Haouwa. A six ans, elle était le dernier enfant à mourir dans ce centre en juin. Le visage ridé de la grand-mère éplorée assise devant leur case reflétait la fatigue et le désappointement.«Nous sommes 16 dans la case et c’est difficile de se nourrir. La petite n’a pas pu supporter la famine», raconte Maïmouna. «On m’a conseillé de lui donner de l’eau sucrée pour lui donner des forces. C’est ce que sa mère et moi avons fait pendant deux semaines. Seulement, elle est décédée le lendemain de notre arrivée à l’hôpital», explique-t-elle à IPS.

    Selon l’étude la plus récente de l'Institut national de la statistique (INS) publiée en octobre 2011, 33 pour cent des enfants de moins de cinq ans sont touchés par la malnutrition chronique au Cameroun, et 14 pour cent d'entre eux souffrent de malnutrition sévère.

    La Direction de la santé communautaire au ministère de la Santé publique, estime que la malnutrition est étroitement liée à la complexité du climat camerounais. Dans les régions de l’Adamaoua, du Nord et de l'Extrême-Nord – une zone sèche et semi-aride -, la pauvreté associée au déplacement massif des réfugiés tchadiens et centrafricains, a déjà entrainé la dégradation de l'état nutritionnel d’une large proportion d'enfants camerounais et de réfugiés, indique le ministère.

    Les régions de l’Extrême-Nord et du Nord ont le taux de malnutrition infantile le plus élevé à travers le pays, dû au manque de nourriture en période de soudure (mi-juin à fin-août), mais aussi à la faible variété des aliments consommés par les populations, tels que le mil et le sorgho. Toutefois, la malnutrition reste présente sur l’ensemble du pays, affirme Inès Lezama, spécialiste en nutrition au bureau du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) au Cameroun.

    Mais les habitants des principales villes camerounaises ont du mal à croire que la malnutrition existe dans leur pays.

    Céline Essengue, membre de l’association 'Enfants Cameroun', explique à IPS ce qu’elle pense de la situation: «Le Cameroun est reconnu comme un pays 'd’autosuffisance alimentaire'. Ce qui veut dire que le pays n'a pas besoin d'importer de denrées alimentaires car il produit suffisamment pour nourrir sa population… C’est la pauvreté qui empêche la population camerounaise d'avoir accès à une alimentation variée et équilibrée».

    Donc, quand on parle de malnutrition, le Cameroun n’apparaît pas toujours en première ligne, estiment les nutritionnistes. Toutefois, selon l’INS, 44 pour cent des enfants souffrant de malnutrition chronique dans la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale, vivent au Cameroun.

    Pour 2013, l’UNICEF estime que 57.616 enfants de moins de cinq ans présentent un risque de souffrir de malnutrition aigüe sévère dans les régions du Nord et de l’extrême-Nord du pays, et que 145.000 enfants de moins de cinq ans auront un retard de croissance.

    Interrogé sur la malnutrition, Dr Sa’a, directeur de la Promotion de la santé au ministère de la Santé, a déclaré aux journalistes: «La quantité ne saurait se confondre avec la qualité, car l'obésité est aussi un signe de malnutrition». Selon lui, la «malnutrition infantile est également due au fait que très peu d’enfants sont soumis à un allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois de leur naissance».

    L’UNICEF, en coopération avec le gouvernement, travaille dans 19 centres de nutrition thérapeutique, pour prévenir des cas de complications.

    Dr Joel Ekobena, pédiatre à l’hôpital de district de Garoua, explique à IPS que dans ces centres, «C’est davantage de la prévention que nous faisons. Nous éduquons les mères de sorte qu’elles puissent reconnaître les premiers signes de malnutrition et… emmener les enfants le plus tôt possible en consultation…»Mais l’accès aux soins pose aussi problème: 23 des 43 districts de santé dans le Nord et de l’Extrême-Nord du pays manquent de personnel qualifié. Selon l’INS, les deux régions comptent 92 médecins pour une population globale de 5.530.643 habitants.*Le nom a été changé pour protéger son identité.

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