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CAMEROUN: Les autorités craignent une famine à la suite des inondations

    By Anne Mireille Nzouankeu

    YAOUNDE, 5 oct (IPS) – Les inondations dans le nord du Cameroun pourraient faire baisser d’environ 50 pour cent la production nationale de riz, affirme Robert Nyonse, le directeur général adjoint de la Société d’expansion et de modernisation de la riziculture de Yagoua (SEMRY), dans l'Extrême-Nord du pays.

    Jean Daïssissou, habitant de la commune de Maga dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, fait partie des 20.000 personnes victimes des inondations dans cette partie du pays. «L’un des problèmes cruciaux ici est la rareté de l’eau potable», souligne Daïssissou à IPS.

    Daïssissou est installé sur le site de Farahourou, où les 2.500 sinistrés ne disposent que de deux puits d’eau aménagés, selon les statistiques recueillies par une mission conjointe du système des Nations Unies dans ce pays d’Afrique centrale.

    Selon le rapport de cette mission, les régions de l’Extrême-Nord et du Nord du Cameroun sont les plus touchées par les inondations, avec «près de 60.000 personnes sinistrées dont 40.200 dans le Nord et 20.000 dans l’Extrême-Nord. Parmi ces 60.000 sinistrés, 31.200 sont des femmes et 12.000 des enfants en dessous de cinq ans».

    Selon des chiffres donnés fin-septembre par le ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, les inondations ont fait 12 morts et un disparu dans la région du Nord.

    Au plan économique, «le spectre de la famine plane sur toute la région. Les champs et les réserves alimentaires sont inondés. Le bétail est emporté par les eaux», déclare Zigla Wandi, le maire de Maga, l’une des communes les plus touchées.

    Il n’y a pas encore de chiffres exacts sur les superficies agricoles touchées par les inondations. Mais Nyonse, le directeur général adjoint de la SEMRY, l’entreprise étatique qui produit l’essentiel du riz cultivé au Cameroun, est lui aussi pessimiste.

    «Notre domaine agricole s’étend sur 11.200 hectares. Nous avons une capacité de production de 120.000 tonnes de riz paddy par an, mais à cause des infrastructures vieillissantes, nous ne produisons que 60.000 tonnes par an depuis 1990, une quantité qui ne suffit pas à nourrir la population locale», explique Nyonse à IPS.

    «Les récoltes de la campagne rizicole de la saison sèche ont été emportées par les eaux. Celles de la saison des pluies ont été inondées sur pied. Dans le meilleur des cas, nous ne pourrons produire que 30.000 tonnes de riz cette année», dit-il.

    Au plan sanitaire, Dr Etoundi Mballa, médecin urgentiste et des catastrophes au ministère de la Santé publique qui s’est rendu sur les sites de recasement, explique à IPS: «Nous sommes en situation de catastrophe. Le principal risque est celui du réveil des épidémies, notamment celle du choléra dans une région qui a déjà connu, ces deux dernières années, de grosses épidémies de choléra».

    En fait, des pluies diluviennes ont commencé le 13 août dans la région de l’Extrême-Nord, et il pleut toujours dans la région. Selon le service

    météorologique de la SEMRY, la moyenne annuelle de la pluviométrie dans la zone de Yagoua est de 700 à 800 millimètres. Mais actuellement, l’eau tombée a déjà dépassé 1.000 mm.

    Cette région du Cameroun, qui fait partie du Sahel, est soumise à une forte sécheresse sur une bonne partie de l’année, suivie d’une courte saison de pluies qui dure entre deux et trois mois. De plus, une partie de la région est construite dans une sorte de cuvette entourée de montagnes, ce qui explique une évacuation difficile des eaux.

    Pour protéger la population et le périmètre agricole, l’Etat camerounais a construit en 1979 une digue-barrage de 85 kilomètres sur la rive gauche du fleuve Logone. Un lac de retenue d’eau et une digue-barrage de 27 km ont également été aménagés sur le fleuve Maga. Ces digues permettent de retenir de l’eau lorsqu’il y en a en abondance, et de redistribuer cette eau aux agriculteurs pour irriguer leurs champs pendant la saison sèche.

    Cette année, à cause d’une pluviométrie abondante, la zone-cuvette n’a pas pu évacuer le surplus d’eau qu’elle a reçu, et les digues qui commencent à vieillir se sont fissurées. De plus, le Tchad voisin a lui aussi construit une digue plus haute que celle du Cameroun sur le fleuve Logone qui sépare les deux pays.

    Le Tchad ayant, lui aussi, connu une forte pluviométrie, le surplus d’eau qu’il a reçu a été rejeté du coté camerounais. La conjonction de ces différentes situations a entrainé une inondation qui touche déjà quatre régions sur les dix que compte le Cameroun.

    Le Cameroun a reçu de l’aide alimentaire et matérielle de quelques donateurs come les Etats-Unis et l’Espagne. Paul Biya, le chef de l’Etat camerounais, a ordonné le déblocage de 1,5 milliard francs CFA pour les besoins les plus urgents.

    Il a également annoncé d’autres mesures parmi lesquelles la restauration de la digue de Maga et la construction d’une digue-route de 330 km pour favoriser la canalisation des eaux vers le lac Tchad.

    A ce jour, les pluies continuent et les besoins augmentent. «Mais rien n’est annoncé pour le dédommagement des populations. Nous avons tout perdu, nous voulons de l’argent pour reconstruire nos maisons et recommencer nos activités économiques», souligne Aboukar Oumarou, le porte-parole des sinistrés.

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