Home » Afrique, Developpement, Droits de L'Homme, Headlines, Politique, Reportage d'Afrique »

CAMEROUN: Les fermiers trouvent justice dans le projet 'Fair Fruit'

    By Monde Kingsley Nfor

    DOUALA, 27 mars (IPS) – Les producteurs de fruits à Njombe, une petite ville de la région côtière du Littoral, au Cameroun, ont appris une leçon de vie sur "la fabrication de la limonade à partir des citrons" – ou plutôt "des fruits secs à partir des fruits" lorsque leurs terres leur avaient été arrachées par le gouvernement et louées à une entreprise agricole internationale.

    En 1998, 34 producteurs de fruits ont perdu 70 hectares de leurs terres au profit de la Plantation du Haut Penja (PHP), une filiale de la Compagnie fruitière, une société française, à laquelle le gouvernement camerounais avait loué 4.500 hectares de terre pour cultiver des bananes.

    Mais en 2003, grâce à l'aide et aux prêts du Réseau pour la lutte contre la faim (RELUFA), une organisation non gouvernementale (ONG) locale, les agriculteurs ont pu acheter des terres agricoles à Njombe. L'ONG a également aidé les fermiers, avec des prêts, pour acheter des engrais et des produits chimiques, et les a organisés en une coopérative appelée Groupe d'initiative commune (GIC) – Espérance.

    Bika Sadi est l'un des agriculteurs qui cultive des bananes, ananas et de la papaye sur sa nouvelle terre et les vend à l'entreprise de fabrication de fruits secs que RELUFA a créée en 2009.

    "Nous fournissons nos produits au projet de fruits secs à des prix fixes. Un kilogramme de papaye fraîche est vendue à moins de 20 cents sur le marché local, mais le projet l’achète à 31 cents. Et un kilogramme de banane et d'ananas frais se vend à 10 cents sur le marché local, mais le projet les achète à 24 cents", a expliqué Sadi à IPS.

    L'initiative, appelée projet 'Fair Fruit', vend des ananas, mangues, bananes et de la papaye séchés au four. Mais elle est née de tentatives infructueuses de la part des agriculteurs d’obtenir un dédommagement pour la perte de leurs terres.

    Les fermiers ont convoqué la PHP devant la Haute cour de Wouri à Douala en 2005, et après cinq comparutions devant le tribunal pendant plus de trois ans, l’entreprise et les agriculteurs sont parvenus à un règlement à l'amiable en 2008. Toutefois, seuls 28.000 des 120.000 dollars promis lors des négociations ont été versés aux fermiers.

    Un an plus tard, 'Fair Fruit' a été créé. L'emballage de fruits secs est clair sur les raisons de l'entreprise. L'étiquette indique: "Fair Fruit est développé par des agriculteurs camerounais qui ont été forcés de quitter leurs terres par une société transnationale cherchant à établir ses vastes plantations. Les fruits sont cultivés et récoltés de manière simple et respectueuse de l'environnement et vendus à des conditions justes".

    Daniel Mahatma, un producteur local de fruits à Njombe, dirige ce projet qui emploie 10 personnes pour travailler dans la petite usine de transformation construite par le RELUFA.

    "Les travailleurs de cette usine gagnent 2,50 dollars par jour pour cinq heures de travail, ce qui est un revenu modeste pour un jeune qui a le reste de la journée pour d'autres activités", a expliqué Mahatma à IPS.

    Les fruits séchés sont emballés puis distribués aux supermarchés, hôtels et aux aéroports.

    "Nous vendons également le produit aux acheteurs potentiels à travers des foires commerciales et salons agro-pastoraux", a indiqué à IPS, Michelle Danleu, directrice commerciale et du marketing de 'Fair Fruit'.

    Les bénéfices ont été réinvestis dans le projet et serviront à financer une deuxième phase.

    Dans un pays où un nombre croissant de petits fermiers ont été forcés de quitter leurs terres, l'expansion du projet pourrait aider beaucoup d’autres agriculteurs comme ceux de Njombe.

    "Fair Fruit… pourrait aussi raconter l'histoire d'autres agriculteurs marginalisés à travers le Cameroun", a affirmé à IPS, Jaff Bamenjo, le coordonnateur adjoint du RELUFA.

    "Nous sommes préoccupés par la nouvelle vague d'investissements dans les terres ainsi que l'impact négatif sur la production alimentaire locale et l'accès des communautés rurales à la terre", a ajouté Bamenjo.

    Selon un rapport publié en 2012 par l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, intitulé "Appui à la politique d'investissement, profil des investissements agricoles étrangers au Cameroun", l’afflux général d’investissements directs étrangers au Cameroun était moins de 113 millions de dollars dans les années 1990, mais a atteint 337 millions de dollars en 2009.

    Bien qu'il n'existe pas de chiffres officiels sur l'investissement agricole étranger au Cameroun, le rapport note qu’environ 48 pour cent de la population du Cameroun dépend de l'agriculture pour vivre.

    Même le ministère de l'Agriculture et du Développement rural est préoccupé par le nombre de grandes plantations agricoles dans le pays qui ont poussé les petits agriculteurs à quitter leurs terres.

    "Les grandes plantations ont un effet négatif non seulement sur la production alimentaire locale et l'approvisionnement, mais elles ont aussi une incidence sur l'économie sociale de la localité où elles existent", a indiqué à IPS, Collette Ekobo, l'inspectrice agricole au ministère de l'Agriculture et du Développement rural.

    "En plus du fait que la plupart des fermiers locaux sont généralement expulsés des terres agricoles, il est interdit, dans la plupart des cas, aux agriculteurs de cultiver près des limites des plantations, de peur qu'ils ne volent dans les champs de plantation", a-t-elle ajouté.

    comment closed

    Tag Cloud

    Africa Centrale Asia/Pacifico Culture, Religion, Sport East Africa Education Energy Global Affairs Orient Peace and conflict Population, Refugies Science, Technologie Southern Africa Spécial Culture,Religion et Genre Travail West Africa