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CAMEROUN: Les robinets se sont asséchés

    By Ngala Killian Chimtom

    YAOUNDE, 12 jan (IPS) – Mama Rosalie, une habitante du quartier Damas à Yaoundé, la capitale du Cameroun, traîne les pas dans un sentier sinueux et étroit, allant chercher de l’eau dans une petite rivière assez loin, avec un récipient de 20 litres d’eau dans sa main droite.

    Il est familier de voir, à travers l’Afrique, des femmes et des enfants faire de longues distances à la recherche de l'eau. Mais Mama Rosalie n’imaginait pas qu’elle et ses six enfants feraient, comme les autres, ce trajet quotidien."Il y a plus de cinq mois que les tuyaux qui se trouvent dans ma maison se sont asséchés. Maintenant, je dois parcourir cinq kilomètres chaque jour pour aller chercher de l'eau dans cette vallée", dit-elle à IPS.Le ministre de l’Energie et de l’Eau, Basile Atangana Kouna, qui est également directeur général de la CAMWATER (Société des eaux du Cameroun), déclare qu'il y a plusieurs raisons pour lesquelles des quartiers comme ceux de Mama Rosalie ont perdu leur approvisionnement en eau."La ville de Yaoundé, avec ses plus de trois millions d’habitants, a besoin d’une fourniture quotidienne de 311.000 mètres cubes d’eau", affirme Atangana Kouna, "mais l’usine de traitement d’Akomnyada qui alimente la ville a une capacité de production journalière de 100.000 mètres cubes seulement".Le ministre a déclaré à IPS que ce déficit s'expliquait par le fait que depuis ces 20 dernières années, aucun investissement n'a été fait dans le secteur de l'eau au Cameroun, et que les infrastructures d’eau existantes ont été négligées.Selon Atangana Kouna, le manque d'investissement dans les infrastructures de l'eau était dû aux programmes d'ajustement structurel imposés par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international qui ont pratiquement gelé les dépenses gouvernementales."En outre, le flux d'eau dans le fleuve Nyong dont dépend l'usine de traitement diminue, tandis que la population de la ville augmente constamment", indique Joseph Kemogne, chef du service distribution de la CAMWATER."Le système actuel n’a pas tenu compte du fait que la ville allait se développer si rapidement", souligne Kemogne, expliquant que puisque davantage de gens affluent vers la capitale, il devient de plus en plus difficile d'amener l'eau dans des régions plus hautes comme Damas, même si au début l'eau avait coulé dans les tuyaux de ces quartiers.Il a par ailleurs affirmé à IPS que la baisse des niveaux d’eau dans le fleuve Nyong est essentiellement due au détournement des eaux des fleuves pour des projets d'irrigation dans les zones arides du nord du Cameroun, mais aussi par le phénomène inquiétant des changements climatiques.Selon le Programme des Nations Unies pour le développement, la précipitation annuelle moyenne au Cameroun a baissé de 2,9 mm par mois depuis 1960.Toutefois, la défaillance dans la fourniture d’eau en milieu urbain, s'est avérée rentable pour certains. Des habitants de Damas comme Pierre Kwekam transportent aujourd’hui des chargements d’eau par camion, à partir d'un puits artésien public situé à environ 10 km à Obobogo, pour vendre dans son propre quartier."Chaque jour, je gagne environ 10.000 francs CFA (environ 20 dollars) de la vente de l’eau", dit-il à IPS en souriant. "Mais l'objectif principal n’était pas de réaliser un profit", ajoute-t-il promptement.Kwekam vend 20 litres d'eau à 100 FCFA, l’équivalent de 20 centimes de dollar. Ses clients se plaignent que cela est trop cher, mais ils ont peu de choix. "L'eau c’est la vie, et même s'il vendait un bidon de 20 litres à 200 FCFA (40 cents), nous l’achèterions toujours", déclare Jessica Mdzeka, une autre habitante de Damas.La réponse d'urgence du gouvernementDepuis octobre 2011, une commission mixte, créée par le président Paul Biya, distribue de l'eau à 17 quartiers de Yaoundé – y compris Damas – qui ont été sévèrement touchés par la crise de l'eau. La commission est composée des représentants de la brigade des sapeurs-pompiers, de la police, du conseil municipal de Yaoundé et de la CAMWATER."Nous avons établi un calendrier journalier pour distribuer de l’eau dans ces quartiers vivant la crise de l'eau", explique Hervé Samnick, capitaine de la brigade des sapeurs-pompiers.

    "Nous ciblons deux ou trois quartiers tous les jours, leur fournissant au total 120 mètres cubes d'eau". Il déclare que l'équipe de distribution retourne dans chaque quartier après quatre ou cinq jours pour le réapprovisionner.Les habitants semblent être généralement satisfaits des mesures d'urgence. Beaucoup ont acheté des récipients supplémentaires afin de pouvoir stocker plus d'eau chaque fois que la commission fait des approvisionnements."Chaque fois que la commission vient, je veille à ce que tous les récipients dans ma maison, qui contiennent environ 170 litres, soient remplis", indique Mdzeka. "Ce n'est certainement pas suffisant pour satisfaire les besoins de ma famille pendant les trois ou quatre jours que nous devons attendre avant que la commission revienne, mais la situation aurait pu être pire si aucun approvisionnement n’avait été fait du tout".Le ministère de l’Energie et de l’Eau estime que d'ici à 2015, Yaoundé aura besoin d'une fourniture quotidienne de 400.000 mètres cubes d’eau. Le gouvernement envisage de construire l’usine de Mefou avec un financement de la Banque africaine de développement. Mais cela ne fournira que 50.000 à 60.000 mètres cubes d'eau supplémentaires par jour.Les travaux de réparation de l’usine de traitement d'Akomnyada conduiront à une production supplémentaire de 35.000 mètres cubes, mais la production totale atteindra seulement 185.000 mètres cubes – ce qui signifie qu'il y aura toujours un déficit journalier de 200.000 mètres cubes.Face à cette situation désastreuse, le gouvernement a lancé un mégaprojet de 885 millions de dollars pour acheminer par tuyau l’eau du fleuve Sanaga vers Yaoundé. Cela devrait entraîner une production journalière d'eau située entre 300.000 et 400.000 mètres cubes; ce qui, ajouté à l'approvisionnement existant, satisfera largement les besoins de la capitale du pays.

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