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CAMEROUN: Une entreprise américaine accusée d’éco-blanchir 'l’accaparement des terres'

    By Carey L. Biron

    WASHINGTON, 7 sep (IPS) – Des groupes de défense de l'environnement accusent 'Herakles Farms', une entreprise agricole basée à New York, de continuer avec des plans pour une plantation de 73.000 hectares de palmiers à huile et une raffinerie dans le sud-ouest du Cameroun malgré l'absence d'une autorisation du gouvernement.

    Les critiques ajoutent que l’entreprise poursuit son avancée en dépit de deux injonctions judiciaires, et d’une grande opposition des communautés locales.

    Le mercredi, 5 septembre, l'Institut d’Oakland et Greenpeace, deux organisations de défense de l'environnement basées ici aux Etats-Unis, ont publié un rapport suggérant que ce projet, situé dans ce qui est décrit comme un point chaud de la biodiversité entre quatre importantes zones de préservation, pourrait négativement affecter jusqu'à 45.000 personnes.

    Ces groupes préviennent que ce projet, qui est lié au 'Blackstone Group', un groupe d'investissement massif, représente l'avant-garde d'une nouvelle "ruée vers la terre" en Afrique par des entreprises occidentales.

    "Herakles affirme être engagée à améliorer la sécurité alimentaire et la situation humanitaire au Cameroun, mais nous avons constaté que ceci est totalement une fraude. En effet, ils sont sur le point de détruire les moyens de subsistance de milliers de personnes", a déclaré mercredi, dans un appel médiatique, Frédéric Mousseau, l’auteur du rapport.

    "De même, Herakles prétend bénéficier d’un appui local, mais nous avons constaté que ceci est un mensonge flagrant. Enfin, l'affirmation selon laquelle cette terre est une forêt secondaire et dégradée est trompeuse. En effet, de grandes portions n'ont même jamais été exploitées".

    Ce projet, supervisé par une filiale d’Herakles appelée 'SG Sustainable Oils Cameroon' (SGSOC), est encore à un premier stade, composé actuellement de trois grandes pépinières. "Nous attendons maintenant une décision officielle du gouvernement camerounais pour aller au-delà de ces pépinières", indique Mousseau. "Alors, il s'agit d’un moment important – le projet peut être toujours stoppé".

    La réaction contre la SGSOC a pris de l’ampleur la semaine dernière, suite à la notification du 24 août selon laquelle Herakles retirait le projet faute d’une conformité formelle avec un ensemble de lignes directrices sur les industries respectueuses de l'environnement appelées la Table ronde sur l'huile de palme durable (RSPO).

    Pour expliquer cette décision, Herakles, qui se décrit comme "engagée à aborder les questions complexes de la sécurité alimentaire grâce à des initiatives d'agriculture durable", a indiqué que sa demande pour la RSPO était pendante, tout en notant qu'elle "répondait à un besoin humanitaire catastrophique", au Cameroun.

    Aucune approbation formelleLa légalité des pépinières du projet a été déjà remise en cause. Bien que la SGSOC ait signé un accord de 99 ans avec le gouvernement en 2009, la loi camerounaise exige que l'utilisation de telles vastes étendues de terre ait un consentement présidentiel direct.

    Etant donné qu'un tel décret n'a pas encore été pris, des activistes suggèrent que la SGSOC n'avait aucune base légale sur laquelle commencer à détruire au bulldozer les forêts et les champs de cacao et maraîchers dont dépendent des communautés locales.

    Un juge local a déposé deux injonctions contre les actions de la société, mais selon des observateurs locaux, l’entreprise a refusé d'obtempérer.

    "Non seulement ils ne veulent pas se conformer à la loi existante, mais aussi l'entreprise a clairement tourné le dos aux pratiques durables", souligne Samuel Nguiffo, un avocat et directeur du Centre pour l'environnement et le développement, à Yaoundé, la capitale du Cameroun.

    "La structure gouvernementale dans notre pays est très faible, alors nous demandons aux Etats-Unis de stopper l'entreprise", dit-il.

    Des responsables d’Herakles affirment qu'ils ont bénéficié de l’appui des communautés pour le projet, mais les récits de témoins oculaires estiment que ce soutien est au mieux inégal.

    "Lorsque l’entreprise est venue ici, ils ont dit que ce projet avait été (déjà) autorisé par le président du Cameroun… Alors, nous nous sommes simplement tus", a déclaré aux chercheurs de l'Institut d’Oakland pour un nouveau documentaire, Edward Ndomo, le président du conseil local traditionnel. "Nous n'avons jamais tenu de pleines réunions avec la société".

    Marie Meboka Boya, une députée représentant la zone dans laquelle les pépinières ont été construites, a indiqué aux chercheurs qu'elle pense que l'entreprise a adopté une "approche d’achat", offrant de petites sommes d'argent ou de nourriture contre un certain soutien local.

    "A partir de la réaction de la communauté et de l'attitude douteuse de l'entreprise", dit-elle, "je sais qu'il n'y a pas un véritable accord".

    La ruée vers l’AfriqueLe projet Herakles est l'un parmi un grand nombre de nouveaux accords fonciers conclus avec des investisseurs étrangers en Afrique. Et malgré l’importance de sa taille, il n'est pas le plus grand – au Congo, par exemple, un accord d'un million d'hectares a été discuté.

    "Il y a tellement d'Européens et d'Américains en quête de nouvelles terres en Afrique maintenant que nous craignons qu'une ruée vers la terre ne soit imminente", déclare Rolf Skar de Greenpeace.

    Parce que le Cameroun est un nouveau grand producteur d'huile de palme, beaucoup de personnes estiment maintenant que ce qui se passe avec l'accord d’Herakles pourrait créer un précédent pour l'ensemble du continent.

    "Si nous confirmons le mauvais accord que nous avons maintenant, toutes les entreprises qui viennent auront aussi un mauvais marché comme celui d’Herakle", affirme Nguiffo.

    "Le Cameroun et les pays voisins connaissent actuellement une forte demande pour la terre, et des accaparements de terres à cette échelle sont très nouveaux pour nous – c'est effrayant. Franchement la structure gouvernementale dans notre pays est très faible, alors nous demandons aux Etats-Unis de stopper l'entreprise".

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