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CAMEROUN: Une ville souffre de l’afflux des réfugiés centrafricains

    By Monde Kingsley Nfor

    GAROUA-BOULAI, Cameroun, 20 mars (IPS) – Abdul Karim est arrivé à Garoua-Boulaï, une ville frontalière dans l’est du Cameroun, à partir du district de Yaloke, en République centrafricaine (RCA), à la fin de février dans le cadre du plus grand afflux de réfugiés au Cameroun.

    En février, environ 30.000 réfugiés – le plus grand nombre depuis le début de la crise en RCA en mars 2013 – ont traversé la frontière pour entrer au Cameroun, selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Et la petite ville frontalière de Garoua-Boulaï a du mal à satisfaire les besoins fondamentaux des réfugiés et des habitants de la localité.

    Depuis leur arrivée, Karim et 32 membres de sa famille, partagent une tente du HCR de 50 mètres carrés, dans un camp de réfugiés temporaire appelé Pont-Bascule, à Garoua-Boulaï.

    "Je suis ici avec mes deux femmes, mes enfants, les enfants de mon frère et ma mère. Nous avons quitté la RCA sans quelque chose. Nous dépendons uniquement du HCR pour nos besoins", a-t-il déclaré à IPS.

    Karim et des milliers d'autres réfugiés attendent que le HCR au Cameroun les enregistre et leur trouve des endroits pour vivre. Selon les travailleurs humanitaires du HCR, plusieurs citoyens originaires du Tchad et du Nigeria qui étaient en RCA et avaient fui les violences sont actuellement à Garoua-Boulaï.

    Les violences entre les musulmans alliés à la Séléka et les milices chrétiennes d'autodéfense anti-Balaka ont tué deux mille personnes et déplacé un quart des quatre millions d'habitants du pays depuis que les rebelles de la Séléka ont monté un coup en mars 2013. On estime que près de 130.000 réfugiés centrafricains sont actuellement au Cameroun.

    Le nombre de personnes fuyant la RCA augmente tous les jours. Chaque jour, des centaines de camions porte-conteneurs en provenance de l’Aéroport international de Douala, au Cameroun, vont en RCA par l’autoroute de Garoua-Boulaï. Et chaque jour, près d'une centaine de camions reviennent à Garoua-Boulaï, transportant essentiellement des réfugiés musulmans brutalisés par la milice chrétienne anti-Balaka.

    "Plus de 100 camions sont revenus de la RCA avec des réfugiés hier [17 mars] et certains arrivent déjà aujourd'hui. C’est le cas depuis février", a expliqué à IPS, Ngotio Koeke, le commandant de l'armée camerounaise à Garoua-Boulaï.

    Adamu Usman, un chauffeur de camion, a dit à IPS: "Nous transportons beaucoup de réfugiés chaque fois que nous déchargement les camions et retournons au Cameroun à partir de Bangui [la capitale de la RCA]".

    "Je ne peux pas estimer le nombre de réfugiés que mon camion transporte mais il pourrait avoisiner une centaine de personnes".

    Il a expliqué que lors de son récent voyage en RCA, il a vu certaines des tragédies les plus navrantes.

    "Une femme enceinte à bord de mon camion a soudainement commencé à avoir des douleurs du travail et a perdu son bébé avant que nous n'arrivions au Cameroun", a déclaré Usman.

    Il a indiqué que lorsqu’ils sont arrivés à un barrage anti-Balaka et ont été contraints d'arrêter "les jeunes hommes anti-Balaka sont entrés dans le camion" et sont partis peu de temps après sans harceler personne parce qu'ils ont vu "cette femme couchée dans le sang avec son bébé mort".

    La plupart des réfugiés sont des Mbororo indigènes originaires de l’ouest et du nord de la RCA qui ont été ciblés par des groupes de miliciens à cause de leur richesse et de leur bétail.

    "Nous ne savions même pas ce que la Séléka était, mais aujourd’hui, nous sommes ceux qui souffrent. Ce n'est pas juste que tous les musulmans soient haïs. Nous ne ressemblons même pas aux musulmans tchadiens en RCA mais ils continuent de nous attaquer", a indiqué à IPS, un réfugié Mbororo nommé Abdul.

    Abdul dit que même si les violences cessent, il ne retournera pas chez lui.

    "Je n'ai rien. J'ai laissé derrière un troupeau de bovins. Je ne le récupérai pas si jamais je retourne".

    Alors que les adultes dans le camp s'inquiètent de l'avenir incertain qui les attend avec leurs familles au Cameroun, les enfants peuvent être vus en train de rester près de leur mère, partageant les repas dans des plateaux communs, tandis que d'autres jouent, profitant de leur nouvel environnement et ayant de nombreux camarades.

    Mais la situation à Garoua-Boulaï est loin d'être idyllique. Le maire de la ville, Esther Yaffo Ndoe, a confié à IPS que leur petite communauté n'a pas la capacité pour faire face aux réfugiés.

    "Garoua-Boulaï est une ville ayant une population de seulement 40.000 habitants, mais aujourd'hui, nous avoisinons 80.000 personnes à cause de la crise en RCA … Les besoins actuels de la ville en termes de santé, de la nourriture et d’abri dépassent la capacité de l'administration locale et des organismes d'aide. Les réfugiés restent dans le site temporaire pendant plus de deux mois aujourd'hui, attendant d'être transférés", a déclaré Ndoe.

    Elle a affirmé qu’au milieu de l'afflux de réfugiés, il devenait difficile pour les gens du coin de survivre "puisque les rares ressources disponibles sont désormais partagées avec les réfugiés".

    Les aliments sont devenus rares et les prix des biens et services augmentent. Il y a eu une flambée des prix des aliments de base comme le riz et le maïs. Un kilogramme de riz qui coûtait un dollar, se vend aujourd’hui à 1,50 dollar. Le maïs a augmenté de 80 cents pour atteindre un dollar par kilogramme.

    Mais Ndoe s’est plainte que la présence des réfugiés a augmenté l'insécurité et aussi la délinquance juvénile dans la ville.

    Buba, 24 ans, un agriculteur local et un conducteur de moto à Garoua-Boulaï, a déclaré à IPS que son champ avait été vandalisé par certains des réfugiés.

    "Les bois que j'ai utilisés pour faire la clôture de mon champ ont été partiellement détruits par les réfugiés. Mon champ est maintenant exposé au bétail [qui mange la culture]. Certains des réfugiés récoltent des cultures précoces dans les champs des gens".

    Cependant, bon nombreux de réfugiés s’engagent dans le petit commerce, vendant de bois de chauffage et des produits alimentaires de base à leurs collègues réfugiés et à la population locale pour survivre.

    Mais la santé des réfugiés est également une préoccupation puisque beaucoup ont des problèmes liés à la malnutrition, la diarrhée, les troubles gastro-intestinaux et le paludisme, selon Médecins sans frontières (MSF).

    "Jusqu'à ce que les réfugiés soient installés dans des camps et aient accès à l'eau potable, à l'assainissement, à des vivres et à un abri, il existe aussi le risque d'épidémies de choléra, de la rougeole et du paludisme. Ces risques sont grands puisque les pluies ont commencé et faut la vaccination", a expliqué à IPS, Jon Irwin, chef de mission de MSF au Cameroun.

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