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CENTRAFRIQUE: La violence contre les civils est à son paroxysme

    By Edith Drouin-Rousseau

    NATIONS UNIES, 20 août (IPS) – Pendant que Michel Djotodia prêtait serment comme nouveau président de la République centrafricaine (RCA) le 18 août, la Séléka, la coalition de groupes rebelles qu'il dirigeait et qui l’a aidé à renverser le gouvernement le 23 mars, continuait de piller et de tuer des civils.

    Figurant déjà parmi les nations les plus pauvres du monde, ce pays enclavé d'Afrique centrale a vu sa crise humanitaire s'intensifier en juillet puisque les attaques de la part de la Séléka se sont multipliées dans les régions en dehors de Bangui, la capitale de la RCA.

    L’ordre a été partiellement rétabli dans la capitale puisque la communauté internationale a convaincu Djotodia de faire marche arrière et de changer son titre pour devenir président par intérim puis de créer un conseil de transition pour organiser des élections dans 18 mois.

    Des éléments incontrôlés de cette coalition rebelle se sont par conséquent retranchés dans les provinces pour continuer "comme d’habitude". Le résultat a été un pic sans précédent des violences contre les civils, en particulier dans le nord.

    Des communautés ont commencé à prendre des armes contre les groupes armés, provoquant encore de pires châtiments et représailles. La division interne au sein de la Séléka a également favorisé l'exacerbation de la crise, avec plusieurs affrontements qui surviennent.

    Comme la crise a été portée à l'attention du Conseil de sécurité des Nations Unies le 14 juillet, Valerie Amos, sous-secrétaire générale pour les affaires humanitaires, a prévenu: "La République centrafricaine n'est pas encore un Etat raté, mais a le potentiel de le devenir si des mesures rapides ne sont pas prises".

    Des organisations non gouvernementales et agences des Nations Unies ont été forcées de réduire leur personnel à l'intérieur du pays lorsque les affrontements ont commencé et elles, avec la population civile, étaient ciblées par la Séléka.

    "Nos bureaux ont été pillés et saccagés au point où nous devons commencer à zéro, et [il] nous faut beaucoup de temps pour mobiliser les ressources pour faire cela", a déclaré à IPS, Amy Martin, chef du bureau de l'Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

    Une population vivant dans la peurEn dehors de Bangui, les rebelles agissent en toute impunité puisque l’Etat de droit a disparu avec les responsables du gouvernement. Les tribunaux et bureaux sont violemment pillés, et les policiers se cachent dans des tenues civiles de peur d'être pris pour cibles par la Séléka.

    Un certain nombre de villages sont devenus des villes fantômes depuis que les rebelles y sont passés, avec des écoles, hôpitaux et des maisons désertés. Les quelques personnes qui restent se cachent dans les buissons, vivant dans des conditions insalubres et vulnérables aux maladies telles que le paludisme.

    La montée des tensions dans le nord a déplacé 4.000 personnes le long de la frontière tchadienne, et 206.000 Centrafricains ont été déplacés depuis le début du conflit.

    Selon le dernier rapport de l'OCHA, 1,6 million des 5,1 millions d'habitants de la RCA sont maintenant considérés comme "vulnérables".

    Lors d'une session du Conseil de sécurité consacrée à la RCA le 14 août, le sous-secrétaire général pour les droits de l'Homme, Ivan Šimonovi, a énuméré de nombreuses exactions en cours, y compris des exécutions extrajudiciaires, des exécutions sommaires, des détentions arbitraires, la torture, les disparitions forcées, les violences basées sur le genre et le viol, et le recrutement d'enfants soldats.

    Beaucoup d’organisations humanitaires se sont retirées pour la sécurité à Bangui, bien que certaines ONG telles que Médecins sans frontières (MSF) et la Croix-Rouge n'aient jamais quitté les provinces, mais ont plutôt réduit leur personnel lorsque l'insécurité était à son paroxysme. Maintenant, elles réhabilitent leurs installations et envoient de nouveaux agents sur le terrain.

    Le 10 août, des agents de l'ONU ont également commencé à être redéployés dans toutes les régions du pays. Cependant, toute la capacité sera atteinte lorsque les fonds seront suffisants et que l'Etat sera sécurisé.

    Un conflit qui ne "passe" pas bienLe financement a toujours été un problème en RCA, avant même le coup d’Etat du 23 mars. Etant une ancienne colonie française, le pays est encore perçu comme un "problème français", a expliqué à IPS, Lewis Mudge, un chercheur à 'Human Rights Watch' (HRW).

    En plus de la faiblesse du profil international de la RCA, plusieurs donateurs étrangers ont retiré leur aide au pays, craignant que leur argent ne finisse dans de mauvaises mains. Les pertes ont été concentrées dans le volet de l'aide au développement, un domaine jugé moins "urgent" que l'aide humanitaire.

    "En ce moment, nous arrivons à une intensité très élevée en termes de violations des droits humains, [mais] nous n'avons pas de moyens pour nous soutenir", a déclaré dans une interview à IPS, Joseph Bindoumi, président de la Ligue centrafricaine pour la défense des droits de l'Homme (LCDH), qui a été touchée par les coupes.

    Toutefois, les donateurs humanitaires traditionnels de la RCA n'ont pas supprimé ni réduit leur aide, a indiqué Martin à IPS. Leurs dons ont plutôt stagné alors que la demande s’est accrue.

    Sur les 195 millions de dollars US nécessaires pour faire face à la crise, 32 pour cent inégalement réparti de ce financement a été réuni. Des abris d'urgence et un redressement précoce n'ont pas reçu un seul centime, tandis que l'eau, l'assainissement et l'hygiène ont obtenu seulement huit pour cent du montant nécessaire.

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