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CHANGEMENT CLIMATIQUE-CARAIBES: Les femmes des Caraïbes sont plus victimes des orages

    Patricia Grogg

    SAINT-DOMINGUE, 07 août (IPS) – L'intégration d'une approche genre dans les politiques publiques pour combattre et s'adapter aux impacts des changements climatiques est toujours une tâche pendante dans les Caraïbes, en dépit des compétences avérées des femmes dans la gestion des risques et catastrophes.

    Les femmes, en particulier au niveau communautaire, ont tendance à diriger les réseaux formés à l'évacuation en cas de catastrophe et dans les plans d'urgence, et jouent des rôles clé dans les mesures de santé et d’abris dans les situations d'urgence.

    Mais elles figurent aussi parmi les plus vulnérables, comme en témoignent les statistiques sur les victimes des effets des événements météorologiques extrêmes.

    En 2007, l'ouragan Noël a fait 88 morts en République dominicaine, et laissé 14 personnes portées disparues et 66.000 sans-abri.

    Les statistiques officielles ne sont pas ventilées par sexe. Cependant, des études des Nations Unies ont recensé des cas de violences sexuelles contre des femmes dans les abris d'urgence, où leur charge de travaux domestiques devient aussi plus lourde.

    En Indonésie, au Sri Lanka et en Inde, le tsunami du 24 décembre 2004 a tué quatre fois plus de femmes que d'hommes dans plusieurs régions, selon une enquête réalisée par Oxfam. Une raison de cette situation était que les femmes dans ces régions étaient souvent incapables de nager ou de grimper sur un toit ou un arbre, ce qui signifiait qu'elles ne pouvaient pas s'enfuir. Une autre raison était qu’elles sont restées dans leurs maisons pour prendre soin de leurs enfants et autres parents.

    Les experts conviennent que les changements climatiques entraîneront des ouragans plus intenses et plus fréquents ainsi qu’une grave sécheresse et des inondations. Cette menace à la vie des gens et à la sécurité alimentaire fait qu’il est encore plus urgent d'aborder la gestion des risques et l'adaptation aux changements environnementaux dans une perspective de genre.

    Mais "l'intégration d'une perspective de genre dans ces processus exige que les politiques publiques soient basées sur une évaluation et une reconnaissance des inégalités entre hommes et femmes ainsi qu’entre les classes sociales dans la société", a déclaré Lourdes Meyreles, une chercheuse à la Faculté latino-américaine des sciences sociales (FLACSO) en République dominicaine.

    Dans une interview avec IPS, cette experte a dit que les facteurs qui augmentent la vulnérabilité des femmes sont liés aux désavantages auxquels elles sont confrontées concernant l'accès aux ressources qui sont fondamentales pour l'adaptation aux changements climatiques, telles que la propriété foncière, la possibilité d'obtenir un prêt, ou la participation à la prise de décisions pour la répartition des ressources essentielles comme l'eau.

    "Bien que ce soient les femmes qui gèrent cette ressource essentielle, elles ne sont pas nécessairement présentes dans la prise de décisions à ce sujet", a souligné Meyreles. "Corriger cette inégalité est un défi fondamental pour la politique publique".

    Elle a dit qu’une conséquence importante de la prise en compte d'une perspective de genre dans les structures institutionnelles impliquées dans la gestion des risques de catastrophes et l'adaptation aux changements climatiques, serait que cette approche soit intégrée dans tous les aspects de l'élaboration des politiques sur la question: les estimations antérieures, la conception, la mise en œuvre et l'évaluation.

    "Pour réaliser cela, un changement de mentalité, une volonté politique et une reddition des comptes sont nécessaires", a déclaré cette sociologue, qui a admis qu'aucun progrès évident n’a été fait dans ce sens en République dominicaine ou dans le reste des Caraïbes, une région qui est particulièrement vulnérable aux phénomènes météorologiques extrêmes.

    Meyreles a insisté qu'une approche genre efficace soit basée sur l'intégration des femmes "dans les mécanismes de gestion des risques de catastrophes et d'adaptation aux changements climatiques", ce qui signifie la prise en compte des aspects spécifiques des hommes et des femmes impliqués dans ces processus.

    Dans ce sens, a-t-elle ajouté, ce qu’il faut, c’est une analyse des vulnérabilités des hommes et des femmes par rapport aux changements climatiques, et aussi de leurs capacités, pour intégrer plus tard cette évaluation dans les actions d'adaptation. "La question de l'accès différencié aux ressources naturelles ainsi que leur utilisation et de leur préservation doit être un élément central".

    Elle a déclaré: "La détermination du rôle des femmes et des hommes dans l'agriculture et la sécurité alimentaire ainsi que la gestion du littoral, des forêts, et de l'eau, est essentielle pour les politiques qui guident les processus d'adaptation à avoir une perspective de genre et à pouvoir créer des mécanismes efficaces, inclusifs et équitables".

    Concernant la situation des femmes en République dominicaine face au risque de catastrophes, l'experte de la FLACSO a indiqué qu'elle est semblable à celle de toute la population de 10 millions d’habitants dans cette nation insulaire des Caraïbes, où la majorité de la population vit dans des "zones urbaines hautement vulnérables aux menaces hydrométéorologiques, sismiques et autres".

    "Le fait qu'une grande proportion de femmes soient chefs de ménages et vivent dans les régions les plus pauvres du pays les met dans des positions d’une vulnérabilité plus grande que bon nombre d'hommes", a-t-elle affirmé. (FIN/IPS/2012)

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