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CHANGEMENT CLIMATIQUE: La fin des potagers des femmes mauriciennes

    By Leevy Frivet*

    PORT-LOUIS, 26 déc (IPS) – L'agriculture a été depuis la nuit des temps un moyen de subsistance dans un monde féroce, notamment sur le continent africain. Elle a été aussi un moyen pour les femmes de nourrir leurs enfants et leurs familles en général.

    Les femmes représentent 70 pour cent de la population mondiale qui vit au-dessous du seuil de pauvreté, leurs moyens de subsistance dépendant fortement de l’agriculture et de la pêche dans les zones côtières.

    En Afrique subsaharienne, 70 à 80 pour cent de la production alimentaire des ménages dépend des femmes, la proportion étant de 65 pour cent en Asie et de 45 pour cent en Amérique latine et dans les Antilles.

    Pourtant, les femmes ne sont pas favorisées pour l'accès aux terres. Sur l’Ile Maurice, l'agriculture, à l'exception de la canne à sucre, n'est pas un pilier de l'économie, mais sa pratique a fait vivre plusieurs générations quand le pays était encore sous-développé. C'était une tradition pour chacune de ces courageuses femmes d'avoir un potager et un petit verger dans leur jardin, explique Yolande, une octogénaire habitant Palma.«Qu'elles furent propriétaires ou locataires, toutes les femmes avaient un potager. Cela faisait partie du décor de la cour d'une maison. Les légumes qu'elles plantaient, elles les revendaient et elles partageaient souvent l’argent entre voisins. C'était une façon de survivre pendant les moments durs, d'avoir au moins quelque chose à manger», déclare Yolande.

    «Mais de nos jours, ce n'est plus le cas. On dit souvent que c'est le développement qui en est la cause mais moi, je pense que c'est aussi le climat. Il a changé. La pollution a tout influencé. Par exemple, je suis née à Quatre-Bornes et il ne se passait jamais une semaine sans que la ville ne soit arrosée par la pluie une fois par semaine», indique-t-elle.

    Elle ajoute: «Maintenant, c'est fini. C'est soit la sécheresse ou les inondations. Cela a découragé des femmes comme moi à jardiner. On ne cultive plus rien car ce n'est pas la peine. C'est une perte de temps. On ne sait même plus quand la pluie va tomber et cette chaleur devient invivable, même à Quatre-Bornes. Le fait que je ne cultive plus de légumes, en particulier des brèdes, je dépense un minimum de 1.000 roupies tous les mois pour les acheter au marché, et cette dépense m’appauvrit».C’est le même son de cloche du côté de Baie du Tombeau, un village à la périphérie de la capitale mauricienne, Port-Louis. Linzy, une mère célibataire de trois enfants, travaille dans une usine de textile. Ses revenus ne suffisent pas pour élever ses enfants. «Autrefois, on avait un potager. Il y avait des fruits et des légumes mais maintenant, tout cela est fini. La sécheresse nous fait du mal, moi, ma famille et mes plantes, enfin du moins ce qu'il en reste. Le climat n'est plus le même. Il est devenu méconnaissable», raconte-t-elle.Baie du Tombeau est un village où de nombreuses femmes allaient pêcher des pieuvres le soir et cette pêche assurait, pour une famille, de quoi manger ou obtenir de l’argent de la vente des fruits de leur pêche.

    «La mer est aujourd’hui polluée, tout comme l'air et rien n'est équilibré. Avant, on pouvait prendre dix ou quinze pieuvres en une nuit mais maintenant, c'est fini, rien à part des algues», explique Georgette, une quinquagénaire originaire de Rodrigues, une île autonome appartenant à l’Ile Maurice.

    «Même à Rodrigues, le changement climatique a tout chamboulé. On vit les pires sécheresses depuis des décennies et on ne s'en sort plus. On n'a pas de travail, pas d'argent, ni d'encadrement et on dit toujours que le soleil se lève pour tout le monde mais aujourd'hui, même cela n'est plus sûr avec ces problèmes de changements climatiques», affirme-t-elle.Le changement climatique a affecté la vie de nombreuses femmes à Maurice, a fait disparaître leurs potagers et, dans certains cas, les a exposées à un manque de nourriture saine. L’Ile Maurice est devenue un pays d'importation, ne produisant que très peu de denrées de base. Même si le gouvernement voudrait bien atteindre

    l'autosuffisance alimentaire, il rencontrerait, comme obstacle, les effets du changement climatique.Saraswatee, une habitante de Les Mariannes, en a fait les frais avec ses bêtes. «J'ai pris un emprunt pour faire l'élevage de moutons. Le climat instable a causé la mort de plusieurs d'entre eux et finalement, nous nous sommes ruinés, mon fils et moi, dans cette affaire». Beaucoup d'autres femmes entrepreneuses comme Saraswatee ont connu les mêmes peines.

    Déjà défavorisées en tant que femmes et pauvres, même la nature semble avoir choisi son camp pour les pénaliser…*(Leevy Frivet est journaliste à Maurice et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).

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