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CHINE-TIBET: Le mouvement de protestation tibétain se généralise

    PEKIN, 15 février (IPS) – Le nombre d’immolations par le feu et de protestations véhémentes qui ont touché les régions tibétaines de Chine occidentale ces dernières semaines ne semble pas être sur le point de diminuer alors que le pays peine toujours à se relever de la crise tibétaine la plus grave depuis les émeutes de 2008.

    Trois bergers tibétains se sont immolés par le feu en signe de protestation contre la répression chinoise, a rapporté sur son blog la militante et auteure résidant à Pékin, Tsering Woeser. Une jeune religieuse s’est également immolée en scandant des slogans contre le gouvernement.

    Radio Free Asia a rapporté que les trois bergers appelaient à la paix et au retour au Tibet du Dalaï-Lama. Cependant, le gouvernement chinois a démenti cette affaire.

    Si ces cas d’immolation sont confirmés, ces trois bergers seront les premiers citoyens à avoir eu recours à cette pratique, jusqu’à présent le fait de moines et de religieuses, ce qui démontre à quel point le mécontentement — qui s’est propagé du clergé à la population — est fort.

    Lundi, un moine de 19 ans, Lobsang Gyatso, s’est également immolé par le feu dans le comté d’Aba (province du Sichuan). Selon des groupes de défenseurs des droits de l’homme, les policiers auraient sciemment battu le moine en éteignant les flammes. On ne sait pas si le jeune homme a survécu.

    Samedi, une religieuse tibétaine de 18 ans, Tenzin Choedron, s’est également immolée dans la préfecture d’Aba. Le porte-parole de l’agence de presse Xinhua a confirmé que la religieuse du couvent de Mamae est décédée sur le chemin de l’hôpital.

    Son décès suit celui, la semaine dernière, d’un autre jeune homme âgé de 19 ans, ancien moine du monastère de Kirti situé dans le comté de Ngaba (Sichuan). Ce décès porte à 20 le nombre de cas d’immolation pour l’année 2011.

    Selon Tsering Woeser, les trois bergers se sont immolés dans le comté de Seda (Sichuan) le vendredi 3 février. Des trois hommes, un seul serait décédé et les deux autres seraient sévèrement blessés.

    Des cas similaires ont été recensés dans le comté de Seda, à la fin du mois dernier, alors que les forces de l’ordre tiraient sur les manifestants. Le nombre de victimes n’a pas été confirmé, mais certains groupes de défense des droits de l’homme parlent de deux morts, tandis que d’autres affirment que 11 personnes ont été tuées.

    Les chiffres exacts sont difficiles à vérifier étant donné que les journalistes et les groupes de défenseurs des droits humains ont été exclus de la zone et que les autorités ont coupé les connexions internet et le téléphone afin de contenir l’agitation. D’autres manifestations ont eu lieu dans les comtés de Luhuo et de Rangtang, également situés dans la province du Sichuan.

    Xinhua, qui accuse les « forces outremer » de tenter de « colporter des rumeurs », a rapporté que deux manifestants ont été abattus par des policiers dans des cas de légitime défense après que des manifestants violents ont pris d’assaut des bureaux de police.

    Robert Barnett, étudiant tibétain à l’université de Columbia, pense que les manifestations de plus en plus nombreuses et les cas d’immolation attestent de la généralisation des troubles.

    « Auparavant, les manifestations n’avaient lieu que dans les grandes villes et rassemblaient des représentants de la classe moyenne inférieure, mais aujourd’hui l’on assiste à des rassemblements de fermiers et de nomades venant de la campagne, ainsi que d’étudiants. Ce ne sont plus seulement des moines », a expliqué Barnett à l’agence IPS.

    « Beaucoup plus de citoyens parlent aujourd’hui ouvertement d’indépendance ou agitent le drapeau du Tibet (proscrit par la République populaire de Chine en 1959). Peut-être les gens sont-ils plus audacieux ou le nationalisme est-il plus répandu », a-t-il ajouté.

    Des mesures de sécurité drastiques ainsi que l’augmentation de l’intrusion des forces de l’ordre dans les monastères (qui occupent une place centrale dans les communautés tibétaines) ont été, pour beaucoup de Tibétains, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

    Le monastère de Kirti, foyer du moine Rinzin Dorje qui s’est immolé la semaine dernière, vient de célébrer son « festival de la Grande Prière » (Monlam Chenmo en tibétain) qui a lieu du 25 janvier au 8 février et qui rassemble des locaux prenant part au rituel de danse, à la prière et au déroulement des parchemins religieux.

    Selon un rapport de la campagne internationale pour le Tibet (ICT), la sécurité avait été renforcée dans le cadre des festivités. L’ICT a cité des moines de Kirti exilés à Dharamsala, en Inde, qui ont affirmé qu’environ 400 policiers s’étaient déguisés afin de s’infiltrer dans le monastère durant le festival.

    « Les citoyens de Ngaba ont été fouillés, interrogés et harcelés où qu’ils aillent et où qu’ils se trouvent. Dès le matin du 8 février, les habitants étaient arrêtés, fouillés et questionnés un par un alors qu’ils se rendaient dans le comté de Ngaba. Les rues étaient remplies de soldats, de policiers et de forces spéciales », ont indiqué les moines.

    Avant le Nouvel An chinois, plus d’un million de drapeaux chinois et de portraits des dirigeants communistes ont été distribués par le gouvernement régional aux monastères tibétains, aux écoles et aux habitants.

    Les répressions préventives du gouvernement, la surveillance accrue et les intrusions des forces de l’ordre dans la vie quotidienne des habitants démontrent une réponse tout autre du gouvernement aux récentes protestations dans le village chinois de Wukan. Lorsque les villageois ont contesté la corruption endémique et les saisies de terres à la fin de 2011, le gouvernement avait organisé une résolution pacifique.

    « Je crains que si les mesures actuelles demeurent inchangées il y ait une vague d’immolations et de répressions de la part du gouvernement chinois. Il est encore plus inquiétant de penser à des conséquences plus graves telles qu’un massacre potentiel de la population. Il est clair que les Tibétains sont prêts à se battre et ne baisseront pas les bras », a déclaré à l’agence IPS, Kanyag Tsering, moine de Kirti exilé à Dharamsala.

    Le moine a ajouté que « les Tibétains ont dû endurer les injustices les plus insupportables ainsi que la cruauté discriminatoire et les oppressions, jour après jour, mois après mois, année après année, jusqu’à ce qu’ils fassent le choix de se révolter de cette manière (immolations et manifestations). Récemment, un Tibétain m’a dit : “même si tous les Tibétains à Ngaba doivent s’immoler ou être tués, nous n’aurons aucun regret” ».

    « Les habitants se demandent si le gouvernement écoute leurs revendications ou s’il fait la sourde oreille », a conclu Barnett. « Chose inquiétante : si l’État continue à intervenir de manière agressive, la situation pourrait s’envenimer et il sera peu probable d’aboutir à une solution dans un avenir proche ».

    (FIN/IPS/2012)

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